EXPLICATION DE TEXTE DE FREUD SUR LA CULTURE

CORRIGE FREUD LA CULTURE

QUESTION 1 :

Dégagez l’idée centrale et les étapes de l’argumentation

Lj’idée centrale de ce texte est la suivante : la culture est la mise en place d’interdits qui empêchent l’expression de la violence dans la société pour éviter sa dissolution.

Les étapes de l ‘argumentation sont les suivantes :

L’auteur dans un premier temps énonce sa première idée sous forme hypothétique : L’interdit du meurtre est un acte culturel qui a l’intérêt de rendre possible la vie en communauté.

Le premier argument pour défendre cette idée est le suivant : Le meurtre provoque la vengeance des proches de la victime d’une part et attise la violence des autres d’autre part.

La conséquence de cet argument est la suivante : le meurtre entraîne le meurtre et l’auteur de la violence serait supprimé.

Puis Freud envisage l’hypothèse selon laquelle l’auteur de la violence serait exceptionnellement fort et prudent même dans ce cas il ne ferait pas le poids face au groupe.

Il conclut en rappelant la nécessité de l’hypothèse de l’union de tous autour de lois  ou de la culture comme facteur de civilisation.

QUESTION 2

EXPLIQUEZ /

« Si une telle union ne se constituait pas, la pratique du meurtre se prolongerait indéfiniment »

Cette phrase est la dernière hypothèse du texte qui rappelle la première : l’interdit du meurtre est un acte culturel qui a l’intérêt de rendre possible la vie en communauté

Le premier mot de la première hypothèse est : «  la culture ». Donc on doit comprendre ici que l’union en question est celle que permet la réunion du groupe autour de lois qui fondent les habitudes et les comportements du groupe.

Freud parle ici de «commandement ».

On sait que Moïse a écrit les dix commandements dont il a eu la révélation dans l’ancien testament. Autrement dit Freud fait ici allusion au premier commandement religieux: « tu ne tueras point ».

Cela signifie que Freud signale que les premières sociétés se sont constituées par l’union de tous autour de Lois morales qui reliaient tous les membres d’un groupe. C’est ce qu’on appelle une religion c’est à dire l’action par laquelle un groupe se relie autour de règles et de lois qui forment les us et coutumes et un ensemble de rites permettant de conserver cette union.

En effet l’auteur par cette phrase, sous entend que  si cette union ne se constituait pas la société serait menacée de dissolution car le meurtre règnerait sans partage.

Autrement dit il sous entend une violence sans limite de l ‘être humain.

On peut justifier cette idée dans le texte à partir de ce que dit l’auteur dans son premier argument : le meurtrier s’attirerait la vengeance des proches et l’envie des autres. Qu’est ce qu’il veut dire par là ?

Son acte génèrerait la haine de la famille  d’une part mais il génèrerait un exemple que les autres pourraient imiter car la réalité de la condition humaine est bien : un inclination à la violence qui ne demande qu’à être stimulée.

En conséquence on peut en déduire avec Freud que la naissance de la culture est nécessaire à la survie de l’espèce humaine étant donné ce fond de violence originel. Celle ci consiste d’abord en l’union de tous autour de règles qui permettent de refouler cette violence c’est donc la religion qui est la première forme de culture.

QUESTION 3 : ESSAI

LE RESPECT DE LA VIE D’AUTRUI N’EST-IL JUSTIFIE QUE PAR L’INTERET COMMUN ?

La notion de respect est une valeur morale, on parle de respect de la dignité de la personne. On s’interroge ici au sujet du respect de la vie d’autrui. C’est à dire de l’autre que soi même en tant qu’il est un être vivant et à ce titre on ne peut pas lui retirer la vie sans attenter à sa dignité. C’est à dire que cette vie là est unique comme la notre propre. On se demande si l’on peut justifier ce respect c’est à dire argumenter en faveur de sa valeur uniquement lorsqu’il s’agit de l’intérêt commun ou bien à d’autres sujets. La question est alors de savoir lesquels.

Or  comme nous avons dit que le respect implique la dignité de la personne, la question devient : est ce que l’on respecte la vie d’autrui uniquement dans la perspective de l’intérêt de tous ou bien est ce que l’on doit aussi le respect à l’individu pou lui même, pour sa personne ?

I-                Réponse à la question dans le texte de Freud.

1-     Enoncé de la thèse de Freud : La culture est la mise en place d’interdits qui empêchent l’expression de la violence dans la société pour éviter sa dissolution.

2-     Explication : dans cette perspective, le respect de la vie de chacun est motivé par la survie du groupe( voir l’explication de la phrase.)

3-     Cependant, la vie d’une personne ne vaut-elle pas pour elle même avant d’être la cause du déchaînement de la violence ?

 

II Réponse de Hobbes et Rousseau

1-     Cette idée se rapproche de celle de Hobbes pour lequel les hommes étant méchants, les lois et un état fort permettent la survie de l’espèce. Cependant la vie en société ne génère-t-elle pas la violence ne serait ce que par la promiscuité et la nécessité de cohabiter ?

2-     Rousseau explique que l’origine de la violence est la vie en société qui corrompt les individus car l’homme est naturellement bon. On doit donc en conséquence respecter chaque personne pour cette bonté naturelle. C’est l’unique valeur véritable, les valeurs sociales sont corrompues aussi on doit changer la société pour qu’ elle soit plus juste.

3-     Ce changement doit passer par le respect de la personne et de sa liberté car la volonté générale est composée de la somme des volontés particulières. Donc le respect de chacun existe en vue de l’intérêt général. Cependant dans cette généralité chacun perd son propre intérêt comment est-il possible de respecter la volonté de chacun en même temps que l’intérêt de tous ?

 

II-              L’intérêt général et l’intégrité de la personne.

1-     L’intégrité de la personne est importante car son respect permet de comprendre le degré de liberté qui règne dans un système politique.

2-     Prenons l’exemple du système politique nazie, les individus n’avaient plus de vie privée, seul comptait le Reich. C’est ce qui a rendu possible l’annihilation systématique de millions de personnes au nom de l’intérêt général des membres du Reich.

3-     Donc le respect de la personne a une valeur pour lui même. Car la personne est comme le dit Kant susceptible d’être éduquée. Chacun possède le potentiel pour devenir meilleur. Chacun peut se discipliner pour obéir aux règles de la vie en commun. Développer la prudence face à l’agressivité potentielle des autres. Ce sont donc les qualités morales de chacun qui méritent le respect pour elles mêmes car elles indiquent l’autonomie et la dignité des hommes pour eux mêmes dans leur singularité.

CONCLUSION

Le respect de la vie d’autrui n’est donc pas seulement justifié par l’intérêt général mais aussi par la valeur  et l’intégrité de chacun dans sa capacité à être autonome et libre, digne de vivre à côté des autres.

 

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ARISTOTE AMITIE

Aristote, philosophe de l’antiquité, nous pose ici une question fondamentale : Peut-on se connaître soi même sans l’aide d’autrui ?

Il y répond en disant que nous avons besoin du rapport à un ami pour nous connaître. Les grandes lignes de son argumentation se présentent ainsi :

Tout d’abord il met en avant un paradoxe, se connaître est un plaisir et c’est difficile, puis pour sortir de ce paradoxe, il propose une analogie entre l’action de se contempler dans un miroir et celle de regarder un ami ; pour conclure, il réfère à l’homme autosuffisant et le convoque à procéder de la même façon s’il tient à apprendre à se connaître.

Le problème philosophique de ce texte provient de la contradiction apparente entre la question de se connaître soi même et la référence à autrui pour mener à bien cet apprentissage mais plus profondément, on peut se poser la question suivante : est ce que la conscience de soi par l’intermédiaire d’autrui au sein d’une relation en miroir signifie que la connaissance de soi est dépendante de l’autre ? Dans ce cas l’injonction à se connaître soi même n’aurait plus de sens. Ou plutôt qu’est ce qui se noue dans la relation d’amitié qui nous nous permet de revenir vers soi et de mieux se connaître ?

Se connaître soi même est l’injonction de l’oracle de Delphes à Socrate, elle caractérise ce que le philosophe doit chercher avant tout. C’est donc la question fondamentale de la philosophie, pourtant cette question semble tellement anodine, ne nous connaissons pas nous même depuis notre venue au monde sans avoir besoin d’y penser ?

Aristote poursuit, il est à la fois difficile et c’est un très grand plaisir que de se connaître. En quoi consiste donc la difficulté à se connaître soi même ? Et pourquoi mettre en place ce paradoxe ?

Il est vrai que si nous y pensons à deux fois, si nous y réfléchissons, nous pouvons nous apercevoir que nous avons des opinions sur nous mêmes. Par exemple nous nous croyons courageux et lorsque la vie nous met face au danger : nous fuyons. Nous sommes peureux. Il peut y avoir une contradiction entre ce que  nous pensons que nous sommes  et nos actions. Se connaître soi même est difficile. Mais lorsqu’il arrive que nous soyons confirmés dans notre pensée sur nous même par nos actions, alors nous éprouvons le plaisir qui naît de la confiance en soi et en notre jugement.

Mais, et Aristote fait ici une objection, se connaître n’est pas la même chose que se contempler soi même. Quelle est la signification de cette opposition entre contempler et connaître ?

Se contempler est se regarder dans un miroir, ce mot implique une certaine satisfaction mais aussi une admiration de soi même. C’est donc un plaisir de se regarder comme dans un miroir. Dans la contemplation on est dans l’autosatisfaction. On ne trouve que des raisons de continuer à s’aimer soi même. C’est à dire qu’au fond on est dans la situation de Narcisse qui est tellement repris dans cet amour de soi qu’il s’y noie. Autrement dit, la contemplation ne nous apporte pas la connaissance mais l’autosuffisance et l’orgueil. On ne peut arriver à partir de là à la connaissance de soi, qui demande l’épreuve de la réalité. Mais elle est toujours facteur de désordre, de contradiction, par le fait qu’elle apporte de quoi surprendre toutes nos prévisions.

La preuve nous dit Aristote, on peut l’apercevoir dans la manière avec laquelle nous adressons à autrui des reproches. Qu’est ce que reprocher quelque chose à quelqu’un ? Dans quelles conditions naissent les reproches ?

Reprocher quelque chose à quelqu’un, c’est tout d’abord avoir éprouvé un sentiment de colère ou de mécontentement à partir de ce qu’autrui a fait ou justement n’a pas fait. Ce reproche naît de l’insatisfaction par rapport à autrui, dans la relation que l’on tisse avec lui. Or nous dit Aristote, si nous faisons des reproches c’est parce que nous ne prenons pas conscience du fait que ce sont nos erreurs qui provoquent notre insatisfaction. C’est à dire que c’est  parce que nous n’avons pas agi de la manière avec laquelle nous aurions aimé agir que lorsque nous voyons en l’autre la même action nous la mettons en avant à ses yeux, nous la lui faisons apprendre de manière à le faire culpabiliser de nous avoir offensé. Comme nous nous sentons coupables vis à vis de nous mêmes. Mais nous ne voyons jamais cela clairement, nous sommes aveuglés continue Aristote. Notre auto contemplation par le plaisir qui s’en dégage illumine notre regard de plaisir et d’amour de soi, nous devenons indulgents. Nous oublions de noter la distance entre nos idées et nos actions. Ou bien nous sommes durs avec nous mêmes, exigeants et avons s la passion de la vérité et de la rectitude, nous essayons d’établir une adéquation entre l’image que nous avons de nous mêmes et nos actions. Aussi nous sommes essentiellement mécontents de nous mêmes et transportons ce mécontentement dans la relation à autrui. En somme nous ne pouvons dans l’attitude de la contemplation de soi, déborder sur une faculté de juger qui soit droite et juste. En conséquence d’une manière analogue à celle décrite en ce qui concerne l’attitude narcissique, la meilleure chose que nous avons à faire est de détourner nos regards du miroir dans lequel nous nous contemplons pour les tourner vers notre ami.

C’est à dire que nous devons nous décentrer, quitter l’attitude égocentrique pour chercher dans le rapport à autrui ce que nous sommes. Pourquoi procéder de cette manière ?

Est ce que la conscience de soi par l’intermédiaire d’autrui au sein d’une relation en miroir signifie que la connaissance de soi est dépendante de l’autre ? Dans ce cas l’injonction à se connaître soi même n’aurait plus de sens. Ou plutôt qu’est ce qui se noue dans la relation d’amitié qui nous nous permet de revenir vers soi et de mieux se connaître ?

Parce que cet ami est un autre soi même. C’est à dire qu’il est le même que soi mais à distance de soi, comme soi il est un humain. C’est pourquoi on peut aussi le contempler avec le même amour dont nous sommes capables pour nous mêmes mais la distance qu’il existe entre l’ami et soi même, permet de faire naître le recul nécessaire à la réflexion parce que dans ce trajet de la réflexion de soi à l’ami en miroir, il y a un troisième terme et c’est notre ami. C’est à dire que l’on peut mettre nos opinions sur nous mêmes à l’épreuve de la réalité.

Nous ne pouvons donc éprouver le plaisir de nous connaître nous mêmes que lorsque nous procédons à cette recherche par l’intermédiaire d’un tiers. Sinon nous sombrons dans la difficulté c’est à dire dans les contradictions insurmontables car elles se noient dans l’indifférenciation de la passion et de l’aveuglement. Nous ne pouvons produire aucun savoir sur nous mêmes, seulement des opinions, des croyances. Nous restons seul avec nous même, autosuffisants mais leurrés par nous mêmes, par notre attitude narcissique.

C’est un point qui vaut la peine d’être soulevé, car au fond l’ami est quelqu’un en qui on peut avoir confiance mais il est un autre soi même. Il est différent de moi, mais comme moi il est humain, il peut se tromper. Mais nous répondrait sans doutes Aristote, cette erreur provient de notre regard et ne peut donc être corrigé que par notre jugement.

La relation de transfert qui correspond à la relation en miroir décrite par Aristote, permet la distance nécessaire à l’analyse et la faculté d’exercer son jugement. La faculté de prendre ses propres décisions en retrouvant la confiance en soi qui naît de ce que l’on se connaît mieux soi même.

Apprendre à se connaître soi même est la suprême difficulté soulevée pas la philosophie mais c’est aussi le plus grand plaisir qui nous soit donné, car cela donne la confiance nécessaire à l’action et la prise de décision. Mais paradoxalement se connaître si même n’est possible que dans l’amitié qui permet de se décentrer, de mettre une distance entre no croyances sur nous mêmes et la réalité de nos actions, par l’intermédiaire de l’admiration que l’on porte à un ami.

SARTRE – La Honte

SARTRE

INTRODUCTION

Ce texte est un extrait de L’être et le Néant, titre de la thèse de philosophie qu’a soutenu Jean Paul Sartre en 1942. Son objet est la définition de l’existentialisme comme  nouvelle philosophie de l’engagement qu’il développe à la suite de Martin Heidegger.

A ce titre, il s’intéresse dans ce texte au thème du désir , il y soutient la thèse selon laquelle : chacun de nous n’existe que dans une relation à l’autre à partir de laquelle se nouent des liens de reconnaissance réciproques ou de désirs croisés qui définissent l’humaine condition.

Les grandes lignes de l’argumentation de cette thèse s’élaborent en quatre temps : tout d’abord l’auteur décrit un phénomène de l’expérience vécue ou immédiate. Puis il introduit le regard de l’autre dans celle ci et du même coup le sentiment de honte comme une seconde expérience celle de la condition humaine. Il s’interroge alors sur le mécanisme de ce sentiment, dont autrui apparaît comme catalyseur. Pour finir il définit la nature de la relation établie avec l’autre : le désir de reconnaissance est l’origine de la honte et le fondement de la condition humaine.

 

Le problème que soulève ce texte peut se formuler ainsi : est ce que d’après Sartre les hommes sont réciproquement assujettis par leurs désirs de reconnaissance ou bien sont -ils libres ?

Sartre introduit le sujet de sa recherche à partir d’une référence à l’expérience vécue. En effet, il renvoie à « un geste maladroit ou vulgaire ». Cependant, dans ce premier moment de l’expérience vécue, ce geste n’a aucune connotation. Comme le dit l’auteur : «  il colle à moi ». C’est  à dire qu’il  y a un mouvement purement physique, indéterminé, mécanique. L’auteur relève bien qu’il « ne juge ni ne blâme ». Cela veut dire que ce qu’il décrit est une situation, qui ne concerne que lui : «  pour soi », qu’il vit à l’état animal pourrait-on dire, de l’homme qui se retrouve dans son corps seul à seul avec tous les frémissements de celui ci, de sa vitalité et son organicité. Ces mouvements renvoient peut être même à des réflexes impossibles à contrôler, comme ceux de la digestion par exemple. Dans cet état l’homme existe comme tout être vivant dans un milieu ou à partir d’une condition déterminée à laquelle il ne peut échapper. La condition du vivant organique, conditionné par ce corps à agir et à réagir en fonction de lui.

Mais ce premier état de l’existence est bientôt suivi d’un second état : celui de l‘humaine condition. Le héros de la première expérience est bientôt rejoint par un autre homme. Un alter ego. Le simple fait de se retrouver e ncompagnie d’un autre déclenche la prise de conscience: «  je réalise » nous dit l’auteur. Cela veut dire que notre personnage entre dans la réalité de sa condition. En quoi consiste celle ci ? On peut dire qu’elle consiste tout d’abord à faire naître des sentiments. En effet, l’auteur parle de la « honte ». Le geste dont il parlait au départ devient «  vulgaire ». Il change de statut, il est coloré d’un jugement moral. Ce que point ainsi l’auteur est sans doutes la condition de tout homme dans la relation avec ses semblables. N’oublions pas que l’auteur a écrit une pièce célèbre dans laquelle un de ses héros dit : «  l’enfer c’est les autres »Ici cependant ce texte est un extrait de sa thèse : l’être et le néant. C’est un livre dans lequel il expose les principes d’une philosophie existentialiste. On peut donc présupposer que cet exemple a valeur de généralité. L’auteur parle à la première personne du singulier non pas pour désigner une expérience particulière mais pour indiquer l’expérience universelle de tout homme sujet de ses actions dans la relation avec les autres. On peut remarquer qu’il indique celle ci à partir de deux étapes. La première renvoie à l’expérience vécue de manière brute. C’est «  la chose elle même » telle qu’elle est comme nous l’avons dit «  pour soi » c’est à dire dénuée de la coloration du jugement et de la norme sociale. Et la deuxième renvoie au sujet social, conditionné par une éducation morale pour laquelle ce qui vient du corps doit être habillé de valeurs pour être mis en commun. Un geste vide d’intentions est renvoyé par le regard de l’autre. Qu’est ce que cela donne ? La honte. Quelle est son origine, la mécanique de l’ élaboration de cette émotion ?

C’est à cette explication que l’auteur se consacre par la suite. Il produit tout d’abord une dénégation : la honte n’est pas le produit d’une réflexion. Que veut-il dire par là ?

La réflexion est un phénomène de retour sur soi à partir d’une distance qui permet de porter un regard objectif sur soi même. Il y a donc deux êtres en un : soi et soi même. Cette attitude a été définie par Socrate dans le Gorgias. Pour se connaître soi même l’homme doit s’efforcer de s’accorder avec soi même, c’est de cet accord que naîtra la possibilité de se voir objectivement, de comprendre avec lucidité quelle est la raison de nos actions et de nos sentiments.

Il est évident qu’ici, le sentiment de la honte n’est pas vécu comme une connaissance objective, il est ressenti comme un état de passivité. C’est pourquoi l’auteur utilise l’image du catalyseur pour nous aider à comprendre ce qu’il veut dire. Ce mot renvoie à l’expérience scientifique. C’est ainsi que nous pouvons en déduire que Sartre a la volonté de nous expliquer la mécanique des passions à l’origine du sentiment de la honte. En effet au cours d’une expérience en chimie, un catalyseur a pour effet d’accélérer le processus en développement : de le précipiter. Si on reprend cette idée, on doit comprendre que la présence d’autrui catalyse ou précipite l’individu dans l’état de honte. C’est un phénomène quasi instantané. : immédiat et non réfléchit. Car réfléchir implique le temps nécessaire à la prise de recul qui permet de porter ce regard objectif ou comme le dit l’auteur qui permet de prendre conscience de soi. Il est vrai que si l’on se remémore la manière avec laquelle Descartes a élabora le Cogito, le doute méthodique est le temps qu’il a fallu pour atteindre l’évidence ou la prise de conscience de l’existence de la pensée.

Dans le cas qui nous intéresse : le sentiment de la honte, il y a une médiation : «  autrui est le médiateur entre moi et moi même ». C’est l’autre qui porte la conscience de soi. Il la transmet. On dit bien que les médias transmettent des informations. Ici c’est la même chose, autrui transmet la conscience morale : il nous la renvoie. C’est son « apparition » qui est le moteur de ce phénomène, autrui lance un regard qui transforme l’autre en objet de celui ci. Il y a une relation de sujet à objet au sein de laquelle, c’est une personne qui devient passive pour autrui. C’est alors qu’est possible la passion de la honte : la naissance du sentiment.

C’est à ce moment que l’auteur propose une nouvelle distinction entre deux significations : l’image vaine et la reconnaissance de soi dans le regard de l’autre.

Comment comprendre cette distinction ? Si l’auteur insiste c’est pour nous faire comprendre que même si l’autre déclenche le phénomène de la honte, il ne le fait pas intentionnellement. C’est à dire qu’il ne juge pas de manière réflexive. Si c’était le cas, il produirait à la suite de ce jugement, une connaissance pour lui même ou image : une représentation. Or dans ce cas, l’autre serait responsable de celle ci, la notion d’imputabilité utilisée par l’auteur renvoie à cette idée d’une image dont l’auteur est le concepteur en son âme et conscience. Or c’est « l’agacement ou la colère » qui serait le résultat de cette production qui vient de l’autre. Ces sentiments sont plus actifs que la honte, lorsqu’on est agacé, on réagit à ce quelqu’un nous dit et on manifeste de la nervosité. De même pour la colère, c’est une décharge d’agressivité envers autrui qui a pour origine un différent clairement énoncé ou installé. L’auteur donne un exemple, celui d’un « mauvais tableau ». Il renvoie à l’idée d’une discorde, à propos d’un élément tangible, la « laideur ou la basesse » représentées en image et empruntant le visage de soi. Dans ce cas, l’image renvoie à une typologie des caractères partagée, c’est à dire faisant l’objet de codes ou normes de comportement à l’intérieur desquels chacun se reconnaît. Comme si, il y avait identification à partir d’une comparaison. Là aussi, cela prendrait du temps. Mais ce n’est pas cela qui se passe, le sujet de la honte est « atteint jusqu’aux moelles ». Les moelles, dsignet l’intérieur des os. C’est donc une atteinte profonde et non de surface. C’est une affection, l’individu est affecté, comme blessé au plus profond de lui même dans son corps osseux, sa structure, ce qui le soutient. C’est ce qui lui permet de se tenir debout sur la terre face aux autres qui est ébranlé. On pourrait dire que c’est sa dignité. Or tout un chacun désire être considéré par l’autre avec dignité. C’est la base de la relation humaine civilisée. C’est à dire qui prend en compte la possibilité pour l’autre d’émettre son opinion à propos de ce que l’on pense de lui. Chacun peut se défendre, parce qu’il a dans l’esprit de tous la possibilité d’exercer sa liberté. Il est digne de respect dit-on, on veut dire en somme qu’il mérite une distance qui laisse la place à cette liberté et réciproquement.

Mais dans ce cas,cette distance n’existe pas, cependant ce n’est pas parce que l’autre ne la donne pas, c’est parce que c’est la passivité qui s’installe à la place de soi dans la conscience immédiate. Du coup il y a conscience de quelque chose et cette chose c’est soi même. Tout comme il y a désir, puisque le désir apparaît alors comme une tendance, ou une intention qui se solde par un échec puisque désirer c’est ici accepter d’être passif dans le regard de l’autre. C’est donc un élan qui ne va pas jusqu’au bout de lui même puisqu’il est arrêté par l’image de soi empétré, figé, dans le regard de l’autre. Mais cette fixation n’est pas le fruit d’une relation réciproque de désirs partagés, au contraire c’est le fruit de la rencontre fortuite de regards croisés. L’auteur signale ici une contingence des sentiments. Ils n’ont aucune raison d’être, ils ne sont pas déterminés.

Pour répondre au problème posé, on peut dire que l’état d’émotion qui saisit celui qui a honte le prive de sa liberté d’agir, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas sortir de cet état. Cependant cet exemple nous permet de comprendre ce qu’est le désir, à la fois une tendance fondée sur l’existence immédiate, vivre c’est désirer rester en vie. Mais cela se fait sans raisonner, sans réfléchir. Cette tendance peut nous prendre au piège de l’autre si nous n’y prenons pas garde,si nous ne replaçons pas l’autre dans le système de relations sociales qui nous conditionne réciproquement. C’est à dire dans l’ensemble des valeurs et des représentations qui sont les normes de la vie en société. Car ainsi celles ci nous protègent de la profondeur de nos émotions, elle nous permettent de rester à la surface et d’échanger réciproquement des reconnaissances conditionnées par ces normes comme la reconnaissance sociale par exemple.

Conclusion

En réponse au problème posé nous pouvons dire que les hommes sont décrits comme assujettis réciproquement par leurs désirs de reconnaissance, lorsqu’ils sont soumis à leurs émotions. La thèse existentialiste défend l’idée selon laquelle l’home est d’abord ce qu’il se fait, il est fondamentalement libre. Il est libre de changer les déterminismes mais il doit pour que cela soit possible : réfléchir. L’abandon à la spontanéité du sentiment et de l’émotion le trouve plutôt pris dans le filet de l’autre.

 

 

PLATON – LE BANQUET

 1-   Présentation du thème :

Le thème du banquet est l’amour. Dans ce livre Platon soutient une position originale : l’amour permet d’accéder à la science, à l’être et à la vérité. Ce sera le discours de Diotime qui défendra cette position.

2-   Présentation des protagonistes :

La mise en scène de ce dialogue consiste à confronter des personnages plutôt que des opinions sur l’amour. Ils sont six dont : Phèdre, Pausanias, Eryximaque, Agathon, Aristophane, Alcibiade  et Socrate.

Phèdre : Il inspire le thème de la discussion : l’amour. C’est un vieil ami de Socrate, il est déjà le protagoniste d’un dialogue qui porte son nom et sur le même thème. C’est un personnage très spirituel et enthousiaste, mais il est naïf et souvent dupe des sophistes qui maîtrisent la rhétorique.

Pausanias : Il est l’amant d’Agathon. C’est un homme cultivé, imbu de lui-même.

Eryximaque : Il est médecin et passionné par son métier parfois jusqu’au ridicule.

Agathon : C’est en l’honneur de sa victoire au  concours dramatique que les convives se réunissent pour la seconde nuit consécutive. Aristophane le présente comme très efféminé et pédant. Platon le présente comme un jeune et beau rhéteur.

Aristophane : Grand auteur comique de l’antiquité, il a ridiculisé Socrate dans la pièce qui s’intitule : les nuées. On dit que le procès  de Socrate en est la conséquence. Le ridicule a généré l’impopularité et Socrate a été condamné pour impiété à boire la cigüe.

Alcibiade : C’est un homme politique dont les décisions n’ont pas favorisé l’essor d’Athène. Il est fantasque, séduisant, sur de lui et démesuré dans ses propos. C’est un ami et un admirateur de Socrate, mais il n’a pas su s’élever vers la vérité par cet amour.

Socrate : Il rapporte le discours de Diotime, dont le métier de sage femme se rapproche de la maïeutique. Le premier aide à la naissance  des êtres vivants et le deuxième à la conscience de la vérité et donc à la philosophie.

3-   Résumé du Banquet :

Préambule : 174a-178a Apolodore fait le récit du banquet donné en l’honneur d’Agathon le poète tragique. Socrate y a participé et les amis d’Apolodore veulent savoir ce qui s’est dit sur l’amour.

 

Le discours de Phèdre : 178a-180b : l’amour est le plus ancien des dieux et celui qu’on doit vénérer le plus car il engendre les nobles actions, les actions contées dans les épopées d’Homère. Phèdre donne les exemples d’Alceste qui meurt à la place de son époux et d’Achille qui se sacrifie par amour pour son ami Patrocle.

Le discours de Pausanias : 180c-185c : L’amour est double, cette duplicité est représentée par celle de la déesse  Aphrodite qui peut être céleste ou vulgaire. Il fait allusion à l’amour pédérastique qui est controversé à cette époque à Athènes. Selon lui, si l’amour porté au jeune homme est tourné vers le développement de la vertu, il est louable.

Intermède 1 : 185c-185e : le hoquet d’Aristophane. Elément comique qui est un clin d’œil vers son métier.

Le discours d’Eryximaque : 186b-188d : Il reprend la nature double de l’amour pour expliquer comment l’amour régit les contraires aux niveaux physiologique, astronomique, musical et religieux.

Le discours d’Aristophane : 189a-192c : Le mythe de l’androgyne. (voir le cours sur le désir)

Intermède2 : 193e-194e : Propos ironiques de Socrate qui a peur de ne pas être à la hauteur de ces beaux discours.

Discours d’Agathon : 195a- 197e : Il propose un éloge des qualités du dieu de  l’amour qui favorise par ses vertus : ( justice, tempérance, courage) la créativité.

Intermède 3 : 198a-199b : Socrate critique les discours précédents sur l’amour car ils ne cherchent pas à savoir qui il est.

Socrate et le discours de Diotime : 199b-209e :

Tout d’abord avec Agathon, ils conviennent de la définition de l’amour comme manque.

Puis il est défini par Diotime comme un intermédiaire entre le divin et l’humain : c’est un démon.

Mythe de la naissance d’Eros, fils de Poros et Pénia.( voir le cours sur le désir)

Eros est aussi entre  science et ignorance, il est désir du beau et du bien : désir d’immortalité.

Puis Diotime propose l’analogie à l’enfantement pour symboliser la naissance à la connaissance de soi que permet le désir. Du désir pour le corps à l’élévation de l’âme.

Eloge de Socrate par Alcibiade : 212c-272c : Il fait un portrait complexe de  Socrate qui est à la fois un séducteur et en même temps très distant. Il est endurant et  courageux. Il feint l’ignorance et  c’est un savant. En fait il incarne parfaitement l’amour lui-même et sa duplicité.

 

Epilogue : 223b-223d : Arrivée de nouveaux convives passablement éméchés, la discussion cesse.

 

4-   Le discours de Diotime : un écho des cinq premiers discours.

Les protagonistes du Banquet décident de faire l’éloge de l’amour plutôt que de s’adonner à la boisson. C’est l’occasion de faire preuve d’érudition pour chacun et Platon se moque par l’intermédiaire de ces personnages des discours Sophistiques  de son époque. Diotime reprendra les thèmes des discours pour les placer dans une perspective philosophique.

A partir de la valeur éducative de l’amour défendu par Phèdre, Diotime montre que l’amour est à l’origine des actions héroïques qui marquent l’histoire des hommes et sont immortalisées par les récits.

Du discours de Pausanias, elle retient la progression de l’amour physique à l’amour spirituel ou amour en soi. Car l’idée du beau est le but de l’enseignement du maître à l’élève ou maïeutique.

Du discours d’Eryximaque, elle révèle le point commun entre  la puissance universelle de l’amour et le désir d’immortalité qu’il exprime.

Partant du niveau inconscient du désir souligné par Aristophane, elle montre que le désir n’est pas un retour vers le passé mais un dépassement de soi.

Elle reprend l’aspect méthodique du discours d’Agathon pour montrer non pas qu’éros est parfait mais qu’il est un intermédiaire entre les hommes et les dieux, un moyen de nous élever de l’humain vers le divin, du sensible à l’intelligible.

5-   La maïeutique : Etude des trois textes

Le discours de Diotime, met en scène le processus dialectique ascendant et descendant. Dans le banquet, la dsicussion s’élève progressivement de considérations anodines ( phèdre, Pausanias) à des considérations plus profondes ( Eryximaque, Aristophane, Agathon) sur l’amour. Diotime nous mène jusqu’au principe de l’amour : le beau. Elle pousse Socrate à s’élever de la considération pour les beautés sensibles à celle des beautés intelligibles ou idée du beau. Les effets de l’idée du beau sur la réalité sensible sont ensuite décrits à travers la beauté physique : c’est l’âme qui donne son charme au corps. La beauté morale d’une action, d’une loi, d’une science, ne vient pas d’elles même en particulier mais de l’universalité de la beauté qui les traverse. C’est le désir d’éternité en nous qui produit l’élan vers la beauté. C’est le désir qui ramène à la mémoire cette idée et donne à chacun l’inspiration, l’élan qui nous pousse à sortir de l’état de manque pour trouver en soi les ressources et chercher à s’élever, s’épanouir. Mais la conscience du manque est nécessaire pour s’améliorer si l’on se contente du plaisir de la satisfaction du désir, l’élan amoureux s’éteint et se perd. Il ne peut y avoir maïeutique et découverte de soi.

Le discours de Diotime est donc opposé à celui d’Aristophane.

 

CONCLUSION

Les théologiens ont repris le thème de l’amour qui conduit au divin avec l’avertissement d’éviter le péché qui consiste à céder à la tentation des beautés terrestres.

Le banquet n’est pas un récit mystique mais il propose une démarche rationnelle, une dialectique qui permet de différencier la philosophie de la rhétorique et de la poésie.

On apprend ainsi que la philosophie  est «  amour de la sagesse » c’est-à-dire quête, recherche de la vérité. Mais cette quête a deux aspects : elle est animée par une passion, une soif de savoir qui dépasse la raison et l’exigence d’une démarche rationnelle et méthodique.

On trouve déjà dans le Banquet de Platon l’idée d’un désir inconscient ou libido que reprendra Freud dans son œuvre.

On trouve dans ce livre la source de l’idée selon laquelle les beautés de l’art élèvent l’humain des réalités du monde vers celles de l’esprit. Il stimule le désir d’éternité et de se perfectionner : de se cultiver.

LA RAISON PEUT-ELLE OBSERVER LA NATURE SANS PRESUPPOSES ?

INTRODUCTION

Cette question nous demande d’interroger la raison dans son fonctionnement.  Celui-ci se donne d’abord comme la faculté de produire des données rationnelles. Mais que veut-on dire lorsqu’on parle ainsi ? On veut dire que l’homme cultivé, rationnel, qui a développé un certain esprit critique est capable d’une certaine objectivité lorsqu’il parle du réel. C’est-à-dire qu’il est capable de le définir tel qu’il est, sans commettre d’erreurs qui seraient liées à un manque de recul par rapport à ses désirs ou son imaginaire. S’il en commet c’est parce que ses connaissances sont limitées mais elles progresseront, c’est notre espoir puisqu’il est rationnel. Ses connaissances sont limitées parce qu’il aborde le réel à partir de sa sensibilité. Ici on nous demande de chercher à comprendre si dans son lien avec l’observation, une démarche rationnelle, scientifique, peut espérer rester objective. Quelles sont les conditions de l’objectivité de l’observation scientifique de la nature ? Telle pourrait être la reformulation de la question. Cependant, il y a un terme dans la question qui n’a pas encore été interrogé, celui de présupposés. Qu’est qu’un présupposé ? Est-ce la même chose qu’un préjugé ? C’est-à-dire : ce qui fonde un jugement mais dont on n’a pas conscience puisque c’est avant, un préalable que l’on ne remet pas en question. Du coup la notion de préjugé désigne plutôt un manque d’objectivité du savoir puisqu’on n’a pas été capable de suffisamment de recul pour voir qu’on fondait nos jugements sur des idées préconçues et non sur des idées neuves, nourries d’une connaissance de la réalité que l’on a pu prouver. Un présupposé est plutôt une hypothèse sur laquelle se fonde une argumentation, et qui a été démontré. Cependant si la question se pose c’est bien parce que même si un savoir est démontré cela ne fait pas de lui une certitude puisque toute démonstration repose sur des hypothèses. Donc on peut se demander si on peut produire une connaissance rationnelle et objective du réel par l’observation immédiate ou bien si l’observation est fondée sur des présupposés qui déterminent la rationalité de celle-ci ? Du coup cette question nous oblige à nous demander quelles sont les conditions qui permettent à un présupposé de rester rationnel et l’empêchent de devenir un préjugé ?

I-                  L’observation et L’induction

On peut produire une connaissance rationnelle du réel par l’observation immédiate. En effet, lorsque nous vivons dans la vie quotidienne, nous le faisons à partir de multiples connaissances du réel qui s’avèrent vraies et valables. Il ne fait pas de doutes pour nous le soir, que le soleil se lèvera le lendemain matin,  nous l’observons. De même toutes les actions physiques comme les déplacements que nous effectuons ou les mouvements corporels que nous réalisons sont fondés sur des rapports établis avec le réel à partir de l’observation et des sensations en général. L’expérience vécue nous donne par l’observation immédiate une connaissance suffisante de la réalité pour exister sans problèmes.
C’est bien ce que nous dit Anaximandre, en effet ce philosophe de l’antiquité Grecque, un des premiers appartenant à l’école Ionienne, développe une philosophie positiviste. C’est-à-dire, qu’il démontre que nos connaissances se fondent sur l’observation.  A partir de celle ci,  il en induit un principe : l’Apeiron ou illimité qui lui permet de dire que tout ce qui existe est le produit d’une force dynamique de division infinie qui permet à chaque chose existante d’être déterminée.  On pourrait  dire qu’il a eu l’intuition de ce que l’on appellera plus tard en biologie la division cellulaire, pour expliquer la formation du vivant.

On pourrait se demander cependant comment à partir de l’observation il est possible de former un principe tel que l’Apeiron. En effet, l’observation nous donne de multiples sensations, qui sont d’une diversité infinie c’est vrai. Mais de l’infinie diversité de l’expérience sensible comment peut-on en déduire l’unité d’un principe aussi abstrait que celui d’illimité ? Ne faut-il pas plutôt que ce principe précède l’observation et qu’il la fonde pour que celle-ci le justifie par la suite ? Autrement dit l’illimité serait le présupposé ou l’hypothèse qu’Anaximandre aurait cherché à démontrer à partir de l’observation, plutôt que l’inverse. Du coup l’observation immédiate ne l’est plus vraiment, elle est médiatisée par une supposition, qui oriente sa signification.

Lorsqu’on se pose la question de savoir si l’observation immédiate nous permet de fonder une compréhension rationnelle de la nature. On se rend compte que toute observation est déjà le fruit d’un ensemble de présupposés. C’est pourquoi on ne peut pas se satisfaire de l’idée selon laquelle on peut produire une connaissance rationnelle  du réel par l’observation immédiate, ou l’expérience vécue : elle ne suffit pas à rendre compte des connaissances de la réalité telles que nous les formons effectivement. Il nous faut donc  envisager, une deuxième hypothèse : on pourrait se demander si l’observation de la nature peut-être  fondée sur des présupposés qui en déterminent la rationalité ?

II-                La raison et la démonstration

Pour être rationnelle l’observation doit être fondée sur des connaissances qui sont de l’ordre du calcul. En effet on sait que la racine étymologique de raison est : «  ratio » ou calcul. Une observation rationnelle sera donc mesurable, avec l’aide d’un ensemble d’instruments de mesure. Mais elle doit être aussi démontrable par le calcul mathématique et on doit pouvoir en rendre compte d’un point de vue géométrique en situant l’objet observé dans l’espace et le temps si c’est un mobile dont il s’agit de rendre compte de la vitesse de déplacement. C’est bien ce que fait Newton lorsqu’il propose sa théorie de la gravitation. Celle-ci a été acceptée par la communauté scientifique parce qu’elle a été prouvée. C’est-à-dire que non seulement la théorie a pu donner une explication rationnelle à un ensemble de faits issus de l’expérience immédiate, comme celui de la chute d’un objet sur un bateau en marche. Justement,  on est loin de l’expérience immédiate lorsqu’on utilise l’ensemble théorique que nous a transmis Newton pour mesurer les phénomènes physiques qui sont à notre portée. Mais cette théorie a aussi permis de calculer la relativité des forces en œuvre dans l’équilibre gravitationnel au niveau astronomique. Donc là encore on est loin de l’expérience immédiate puisqu’on ne pourra jamais éprouver immédiatement la justesse de cette théorie.

III-               La vérité objective

C’est bien ce qu’Albert Einstein remarque dans son œuvre posthume. La vérité objective exprime la limite atteinte par un ensemble de connaissances théoriques à un moment donné de son développement. Autrement dit, on a l’idée selon laquelle, la connaissance scientifique progresse et aussi l’idée selon laquelle, elle sera toujours partielle. Einstein donne une image analogique pour nous aider à comprendre ce qu’il veut dire. L’image de la montre, on ne voit que le cadran de la montre lorsque l’on regarde l’heure, on ne voit pas l’ensemble des rouages mécaniques qui permettent de la donner. De la même manière, on ne peut pas voir l’ensemble complexe des phénomènes physiques et astronomiques qui déterminent les connaissances tirées des observations auxquelles on procède dans les sciences d’aujourd’hui. On n’en voit qu’une image donnée par des instruments par exemple les lunettes astronomiques, pour l’infiniment grand ou les microscopes électroniques pour l’infiniment petit. Donc la vérité rationnelle est plutôt une croyance nous dit-il qui est valable à un moment donné, qui est prouvée expérimentalement. Mais cela ne peut être autrement, on ne prouve c’est-à-dire qu’on n’observe que ce qu’on a élaboré dans la limite de nos savoirs techniques et scientifiques.

Cependant doit-on pour autant nommer croyances cet ensemble de connaissances scientifiques ? En effet on ne peut pas dire que l’on croit que la terre est ronde. C’est un savoir tangible, prouvé, admis et fondé. C’est d’ailleurs celui qui a permis de dépasser les préjugés issus de l’antiquité grecque et soutenus par la culture judéo-chrétienne jusqu’à ce que Galilée prouve qu’il était faux de penser que la terre était plate et au centre de l’univers grâce à l’observation à laquelle il a procédé avec sa lunette. Il y a bien des savoirs objectifs.

Les connaissances du réel sont fondées sur des présupposés qui en déterminent une compréhension objective et rationnelle. Cependant, celle-ci est partielle car la vérité absolue est inaccessible aux hommes. Mais ce n’est pas une raison pour dire que ces connaissances sont des croyances ou des vérités subjectives à la limite de l’illusion car elles sont déterminées et ont été prouvées. Comment dès lors peut-on comprendre la question posée ?

La raison observe la nature à partir de présupposés qui permettent de donner un cadre théorique à cette observation. Cependant, le risque auquel nous devons être attentifs est celui de croire que ces connaissances sont certaines car alors ces présupposés se transformeraient en préjugés. Ils empêcheraient le progrès des connaissances  scientifiques.

IV-              La vérité partielle

On a un exemple précis qui permet d’illustrer cette idée et aussi de l’argumenter, Wegener, un météorologue du début du vingtième siècle a subi à ses dépends ce retournement qui fait qu’une hypothèse scientifique devient un préjugé qui empêche la raison d’être ouverte aux nouvelles découvertes. En effet il découvre une nouvelle manière d’expliquer la répartition des continents sur la surface de la terre. Il invente l’idée de la dérive des continents. Cependant cette idée neuve, se heurte aux présupposés de l’époque. En effet on pense que ce qui pourrait expliquer la répartition actuelle des continents serait la théorie de l’effondrement. On pensait que les océans seraient le résultat d’effondrements, du coup on pouvait expliquer la continuité entre terres émergées  et immergées. Malgré le fait que l’on n’ait pu prouver cette théorie, on l’a conservée au détriment de celle de Wegener pendant encore une cinquantaine d’année. Il est vrai que celle là non plus n’avait pas été prouvée, cependant la communauté scientifique n’a pas poussé la recherche dans cette direction estimant que l’idée ne méritait pas d’être mise à l’épreuve de l’expérimentation.

On peut dire donc que les connaissances rationnelles pour progresser nécessitent à la fois une culture, un ensemble de présupposés qui guident l’observation mais doivent aussi accepter les intuitions nouvelles pour essayer de les éprouver. Sinon on court le risque de voir ces connaissances rationnelles devenir des préjugés ou des croyances figées qui empêchent le développement de la rationalité. Du coup les observations servent à justifier de notre ignorance, elles deviennent des obstacles au développement de nos savoirs. Car elles deviennent des preuves que l’on utilise pour refuser d’être lucide et rationnel. On doit donc humblement accepter que nous produisons des connaissances qui sont des vérités partielles qui changeront avec les progrès des savoirs et non des vérités absolues.

 

Conclusion

Nous avons vu que les observations doivent être fondées sur des présupposés pour être rationnelles, et que sinon elles ne donnent pas de connaissances scientifiques. Cependant, cette rationalité ne garantit pas une connaissance absolue du réel, seulement mesurable et démontrable par le calcul mathématique. C’est pourquoi on pouvait se demander si ces connaissances partielles étaient des croyances puisqu’elles ne donnent qu’une image de l’état de nos connaissances à un moment donné. Le problème consiste plutôt à prendre ces connaissances pour des certitudes, alors l’ensemble théorique patiemment élaboré passe de l’état de présupposé à celui de préjugé et menace les progrès de la raison.

Y A-T-IL QUELQUE CHOSE QUE L’EXPERIENCE NE PUISSE PAS NOUS APPRENDRE ?

ANALYSE DU SUJET :

Y A-T-IL : existe-t-il, la question porte sur la possibilité de rencontrer une réalité ou rien.

QUELQUE CHOSE : Car cette expression est très vague, elle nous oriente vers la réalité matérielle, une chose, mais peut être pas forcément : il y a quelque chose que je veux te dire… Cela peut être une idée.

Ya-t-il quelque chose ou plutôt rien, le rien renvoie à la possibilité d’un savoir absolu qui proviendrait de l’expérience. Car s’il n’y a rien que l’expérience ne puisse pas nous apprendre alors tout savoir provient de l’expérience, sans limites..

QUE L’EXPERIENCE : ici ce mot peut avoir plusieurs significations. On parle de l’expérience sensible en Philosophie. Platon en parle, Descartes, Kant, Hume, Husserl, M. M. Ponty, on sait que l’on a des éléments pour en parler.

Mais on parle aussi de l’expérience scientifique. Popper en parle, Pavlov, M.M Ponty.

Il y a aussi l’expérience vécue, celle dont on parle dans les romans. Avec les poètes on se rapproche de la notion d’expérience mystique, qui est aussi une forme d’expérience.

A cette notion s’oppose la notion de théorie.

NE PUISSE PAS : ici il est question de puissance, des limites d’un pouvoir mais aussi de possibilité. Est-il possible que … Est ce que l’on peut rencontrer dans la réalité , des domaines pour lesquels l’expérience ne suffit pas  à fonder les apprentissages, il faudra évaluer leur validité, leur cohérence, se demander s’ils peuvent être pris au sérieux.

NOUS APPRENDRE : C’est la notion d’apprentissage, qui renvoie à ce que l’on peut construire concrètement, pour s’en servir par la suite. Ce que l’on peut mémoriser, réutiliser lorsqu’on en a besoin. Ce que l’on peut maîtriser et aussi enseigner.

On met donc en question la puissance et la possibilité pour l’expérience de tout nous enseigner. C’est le fait de penser que l’expérience nous donnerait un savoir absolu, total qui est remis en question, ce sont donc ses limites. Car cela voudrait dire que l’on n’aurait plus rien à apprendre à part ce que nous donne l’expérience. Or il y a toujours quelque chose à apprendre … Car si cela n’était pas ainsi nous saurions tout. Nous serions des dieux peut être.

 

INTRODUCTION

L’expérience est une notion qui a de multiples significations. On peut parler de  l’expérience sensible en philosophie et d’expérience existentielle mais on peut parler dans la vie de tous les jours de l’expérience vécue. Dans un autre registre, ce sont les expériences scientifiques qui fondent la vérité des sciences par la preuve qu’elles apportent. Mais on sait qu’en ce qui concerne la vérité scientifique, les expériences confirment ou contredisent des théories.

De même les expériences sensibles et existentielles n’ont pas de sens si elles ne sont pas écrites ou parlées par une personne. Elles doivent donc passer à un niveau qui dépasse l’expérience à proprement parler pour donner un savoir. Si l’on ne tire pas des leçons de ce  que nous donne l’expérience vécue c’est la même chose. Donc il y a bien quelque chose qui dépasse l’expérience et nous permet d’apprendre.

Problématique :

Mais est ce que cette chose ou les connaissances théoriques, celles qui passent par l’emploi d’un langage qu’il soit parlé ou mathématique proviennent immédiatement de l’expérience ou bien sont elles sans relation avec l’expérience immédiate ? Si les enseignements que nous donnent les théories sont sans lien avec l’expérience immédiate, comment peut-on penser d’un côté les limites de l’expérience et de l’autre celles de la théorie ?

 

DEVELOPPEMENT

I-                l’expérience sensible : L’allégorie de la caverne : Platon République 7

a- les limites de l’expérience

Dans ce texte, l’auteur nous montre que l’expérience sensible ne nous apporte que des connaissances limitées. Elle nous enserre comme les chaînes des prisonniers de la caverne  dans un monde sans perspective. Nous avons des yeux de taupes, qui ne voient que des ombres, nous devons développer un autre regard sur la réalité pour la connaître : le regard de l’âme et pas seulement celui du corps, de l’expérience sensible. Pourquoi ?

b- les changements de l’expérience

Parce que d’abord l’expérience est sans cesse changeante, elle ne peut nous aider à fonder un savoir stable et vrai. Car nos expériences immédiates se déroulent de manière contingente, et non nécessaire et universelle. Pour apprendre nous avons besoin de modèles sur lesquels nous nous appuyons et à partir desquels nous revenons à l’expérience. Nous apprenons par imitation. Pour pouvoir imiter et reproduire il faut une forme stable c’est ce que Platon appelle une idée. L’expérience ne donne pas ces idées, elle donne des sensations et des sentiments.

c- les désirs et l’expérience

Puis, fonder un savoir sur la sensibilité c’est courir le risque de prendre nos désirs pour des réalités. Car ce n’est pas parce qu’une chose est agréable, qu’elle nous procure du plaisir, qu’elle est bonne. Par exemple les drogues peuvent être agréables mais elles ne sont pas bonnes. Or le savoir que nous donne notre sensibilité est orienté vers la recherche de l’agréable et pas vers la vérité. Donc on ne peut pas lui faire totalement confiance, on doit prendre en compte d’autres données pour apprendre. Est-ce l’existence et le vécu qui permettent le mieux de nous apprendre ce dont nous avons besoin pour vivre ?

II – L’expérience existentielle et l’expérience vécue

a- l’expérience vécue

L’expérience vécue renvoie aux récits que font ces voyageurs de la vie qui ont toujours quelque chose à nous raconter, des anecdotes et des aventures que l’on se plaît à écouter. Elle renvoie aussi aux récits que l’on tisse pour soi même, pour raconter sa propre histoire. Mais on se demande quelle est la part de vérité dans ce que nous disons aux autres de nous même. Lorsque nous exposons nos actions comme si elles étaient héroïques sommes nous honnêtes avec nous mêmes ? Est ce que dans la plupart des moments de notre vie nous ne sommes pas le jouet des évènements et des personnes qui nous entourent ? Comment savoir si nous avons agit librement ? Le vécu est une donnée psychologique, il renvoie à nos désirs de donner de nous une image qui produira l’admiration ou la pitié.

b- l’expérience de l’existence :

Par contre comme nous le dit. M M Ponty dans Phénoménologie de la perception nous existons. Nous sommes en relation intersubjective. Nous vivons sur la terre avec d’autres humains et de l’ensemble des désirs et des projets que nous tissons ensembles naît un monde qui nous dépasse mais dans lequel nous avons une action à mener.

Que l’on parle d’expérience sensible, vécue ou existentielle, on est obligé de définir un ensemble théorique qui nous permet de penser l’humain. On dépasse l’expérience première ou immédiate pour l’expliciter, la théoriser. Et on revient à l’expérience pour discuter la véracité de nos dires. La pensée de Platon consiste en un ensemble d’idées qui définissent la manière avec laquelle justement l’homme peut espérer dépasser l’expérience immédiate pour apprendre à produire des connaissances vraies, c’est à dire un ensemble théorique qui corresponde à la réalité. Il y a donc bien quelque chose que l’expérience ne nous donne pas et que l’on ne peut pas trouver si l’on reste dans cette expérience première. De la même façon on ne peut comprendre la pensée de  M.M Ponty si on s’arrête au vécu immédiat. Par contre on peut y revenir après avoir étudié l’ensemble théorique que ces auteurs nous proposent pour discuter la signification de  la réalité. La science ne procède-t-elle pas de manière similaire ?

III-         L’expérience scientifique

a-     L’expérience première

Dans cet ordre d’idée, on dit que la science a progressé à partir du moment ou on est revenu à l’expérience. On donne même l’histoire de Newton selon laquelle ce serait parce qu’une pomme lui était tombée sur la tête qu’il aurait découvert la théorie de la gravitation universelle. Mais est ce possible ? Comment peut-on croire une chose pareille après avoir essayé de résoudre des problèmes en sciences physiques qui impliquent l’utilisation de ces  lois ? On comprend alors immédiatement que la compréhension et l’apprentissage de ces lois demande un degré d’abstraction par rapport à l’expérience première qui est phénoménal. Les sciences modernes reposent sur des théories complexes. Le rapport entre la réalité et les lois qui la décrivent n’est pas un rapport immédiat. On doit passer par un travail de réflexion pour apprendre à les utiliser. Ce travail est-il une expérience ?

b-     la théorie et l’expérience

Si c’en est une elle est une expérience de pensée. L’expérience dans les sciences est expérimentation, elle est toujours une construction théorique. De plus elle ne nous apprend pas ce qu’est la réalité du vécu mais elle est au service de la théorie dont elle permet comme nous le dit Popper Karl dans Conjectures et réfutation ; d’évaluer le degré de validité, la résistance à l’épreuve des tentatives qui sont élaborées pour la réfuter. Cette évaluation procède par une remise en question ou discussion des hypothèses.  C’est donc aussi la théorie et le dialogue entre l’expérience et la théorie qui nous apprend ce qu’est le réel et pas seulement  l’expérience. On peut donc rapprocher cette pensée de celle de Platon pour lequel le savoir se construit à partir d’hypothèses sur lesquelles on prend appui pour élaborer des modèles de compréhension du réel.

CONCLUSION

L’expérience comme donnée immédiate nous donne un réel, mais elle ne nous permet pas de la connaître si l’on entend par là : énoncer un savoir universel. Par contre la théorie le permet et l’expérience est alors ce à quoi on retourne pour évaluer le degré de résistance des théories à l’épreuve de celle ci que ce soit dans les sciences ou dans la philosophie.

 

CORRIGE DU BAC BLANC 2 – TEXTE DE KARL MARX

CORRIGE DU BAC BLANC 2

TEXTE DE KARL MARX

1-     La thèse et les grandes lignes de l’argumentation

Le texte suivant est celui de Karl Marx auteur du 19ème siècle célèbre pour la théorie politique soutenue par  une idéologie communiste.

Le thème de ce texte est la nature et la culture,  l’art et la technique.

La thèse qu’il soutient est la suivante : il propose une comparaison entre l’homme et l’animal à propos de ces thématiques. L’homme peut adapter ses techniques aux besoins de toutes les espèces vivant sur la terre. Les animaux produisent uniquement pour survivre au contraire les hommes produisent par goût esthétique.

Les grandes lignes de l’argumentation sont les suivantes :

D’abord, l’auteur compare l’animal et l’homme au sujet de la production pour poser une distinction entre produire pour satisfaire un besoin et produire librement. D’un côté il y a unilatéralité de la production et de l ‘autre universalité.

Puis, le deuxième moment est articulé autour de la distinction entre produire et reproduire. D’un côté l’animal produit avec son corps et de l’autre l’homme produit des objets qui à la fois expriment sa touche personnelle et en même temps imitent ce qui existe à l’état naturel.

Le troisième moment argumentatif, est organisé autour de la différence entre produire d’après la mesure et le besoin de l’espèce et produire à la mesure de toute espèce et produire des objets humains : c’est la raison d’être de l’art : produire d’après les lois de la beauté.

Explication des phrases :

1-     L’homme affronte librement son produit

Cette phrase se situe quasiment à la fin du texte proposé aussi elle reprend de manière synthétique l’ensemble des arguments que l’auteur développe autour de la distinction entre l’homme et l’animal. Tout d’abord on peut se demander pourquoi cette distinction entre l ‘homme et l’animal ? L’homme développe une culture contrairement à l’animal qui lui produit comme le souligne l’auteur mais uniquement poussé par ses besoins. Le second mot de la phrase est étonnant, pourquoi parler d’affrontement entre l’homme et ses productions ? Si nous reprenons le cas des animaux et plus précisément des insectes comme le fait l’auteur en parlant des abeilles nous pouvons peut être mieux comprendre de quoi il veut parler. En effet, les abeilles produisent des ruches à partir des sécrétions de leur propre corps. C’est comme si elles étaient une extension de leur corps. Alors que les hommes produisent des habitations eux aussi mais pour cela ils utilisent des matières qu’ils transforment avec des outils par exemple du sable, qu’ils transforment en ciment grâce à une bétonneuse. Ainsi, ils créent ces outils parce qu’ils ne trouvent pas à l’état naturel d’abris qui soient tout prêts à satisfaire leurs besoins  ou ils ne peuvent pas les construire avec leurs mains nues. Comme le dit Aristote, «  la main devient  griffe, serre, corne ou lance » Ils doivent développer des efforts pour s’approprier ces matériaux et ces outils, ces techniques en ce sens ils affrontent ces difficultés et ils réussissent à dépasser leurs besoins, à s’en libérer par leurs productions. Ils se libèrent du besoin d’être à l’abri par la production de maisons bien chauffées. Ainsi ils peuvent choisir les matériaux, les techniques, les modèles architecturaux etc …

2-     C’est pourquoi l’homme façonne aussi d’après les lois de la beauté

Cette phrase est un approfondissement de l’idée que défend  la première phrase. En effet, cette liberté par rapport aux besoins fondamentaux est gagnée au prix de maints efforts d’appropriation des techniques pour produire tout ce dont les hommes ont besoin. Il y donc une culture qui se transmet entre les hommes pour apprendre à chaque génération cette maîtrise des techniques. On voit bien à l’école l’enseignement de celles-ci. Mais on voit aussi l’effort que ces apprentissages demandent car chaque domaine technique s’accompagne de règles qui permettent de produire un objet fini qui fonctionne, qui satisfait correctement un besoin ou plusieurs. Par exemple, en série ST2S on apprend à connaître l’organisation administrative et législative du secteur de la santé publique. Or celle-ci est complexe, elle s’accompagne de lois et décrets qui autorisent  le soutien des populations démunies par l’octroi d’allocations diverses mais en même temps celles-ci sont limitées par des conditions complexes. C’est ainsi que peut s’organiser une certaine justice sociale comme le défend John Rawls .  Chaque élève apprend à connaître ces normes pour les utiliser dans ses études ou plus tard dans son travail. Dans ce texte, l’auteur parle de lois de la beauté, c’est le même problème, les hommes produisent à partir de règles et de lois qu’ils apprennent à utiliser et à comprendre. Cette maîtrise peut même aller jusqu’à la beauté. Par exemple, il produit un bel édifice  à l’architecture complexe. Cela signifie qu’il quitte complètement le domaine des besoins pour accéder à celui du plaisir esthétique, c’est vraiment le signe de la libération des nécessités de la survie. Mais il ne nous faut pas oublier que cette liberté dépend d’apprentissages et de normes que le créateur doit respecter pour que tous les hommes puissent apprécier son œuvre.

3-     Essai : Toute production humaine est elle une production libre ?

Cette question nous interroge sur les productions humaines, cela signifie qu’elle se situe dans le domaine de la culture.  Puisque les êtres humains développent un ensemble de productions matérielles et spirituelles au cours de leur histoire. Cependant, l’axe de la question concerne la liberté de ces productions. Comme si on sous entendait que les hommes ne sont pas complètement libres de produire tout ce qu’ils veulent. C’est paradoxal car d’après l’opinion commune être libre c’est faire ce qu’on veut comment peut-on d’un côté affirmer que les hommes sont des êtres de culture et donc qu’ils peuvent choisir ce qu’ils vont devenir et de l’autre mettre en doute cette possibilité ? Quel est l’élément qui peut permettre de douter ? Est-ce le côté naturel de l’homme      mais peut-on dire que l’homme a une nature ? A quelles conditions peut-on tenir ces propos ?

I-                 L’homme est aussi un être naturel

On le voit bien dans le texte de K. Marx, l’homme est comparé avec les animaux parce qu’il est  lui aussi un être vivant. A ce titre il a des besoins qui doivent être satisfaits pour continuer à vivre sur terre. C’est justement à ce propos que la pensée de l’auteur est surprenante car pour lui, il n’est pas question d’une nature humaine qui aurait des caractères comme l’intelligence ou la bonté comme les philosophes Aristote ou Rousseau définissent les caractères de l’homme à l’état naturel. La nature des hommes concerne une manière de produire qui le différencie des animaux tout en le reliant à ceux-ci .  Car eux aussi produisent : Il y a donc une communauté de nature entre les animaux et les hommes. On peut donc comprendre que les hommes sont eux aussi des êtres vivants ayant des besoins et à ce titre, ils ne sont pas libres de vivre sur terre sans chercher à satisfaire ceux-ci comme les animaux : ils ont des contraintes eux aussi. Ils doivent produire des objets pour survivre.

Cette nécessité empêche-t-elle complètement de penser la liberté de l’homme dans sa production ?

II-               La production humaine entre besoin et plaisir

Il y a toujours un aspect des productions humaines qui répond à un besoin mais il y a aussi un aspect de celles-ci qui concerne les plaisirs. Par exemple, la tour Eiffel, a été produite pour satisfaire le besoin d’être en paix entre les deux puissances que sont la France et les Etats Unis mais elle célèbre aussi une maîtrise des matériaux et des techniques du façonnage du fer de la fin du 19ème siècle. Epoque à laquelle les hommes  d’occident sont fiers du développement de leurs industries et de leurs richesses. Ils se sentent libres.  Cette œuvre d’art symbolise ces sentiments et émotions comme le souligne Bergson à propos de l’art, l’artiste a pour vocation de produire pour le plaisir, il montre un aspect de la réalité par lequel les hommes  ont réussi à dépasser la soumission aux besoins primaires grâce à  leur industrie, leur travail, leurs efforts.

Le fait qu’il soit nécessaire de développer tant d’efforts n’est –il pas le signe d’un manque de liberté ?

III-             La   liberté ne peut être sans limites

Essayons d’imaginer ce que serait la production d’un objet  par exemple, une table, sans technique. En fait, on aurait du mal à faire tenir ensemble une structure si on ne se plie pas à des règles de fabrication, des normes diverses. Il est nécessaire d’apprendre avant de réaliser un objet qui soit fonctionnel. C’est aussi cela la culture, il y a transmission de ces normes entre les générations parce qu’elles ont fait leurs preuves. Celles-ci permettent la production d’un objet  utile et fonctionnel. De même un objet ne sera considéré comme de l’art que s’il répond aux normes de l’art d’une époque.

La liberté d’expression de l’homme apparaît dans ses productions grâce à l’apprentissage de diverses techniques et grâce à la connaissance des œuvres culturelles. Comme le souligne Hegel, l’enfant apprend à faire des ronds dans l’eau par l’exercice répété et la prise de conscience du tour de main nécessaire au lancer de la pierre et de l’effet produit par celle-ci sur la matière qu’est l’eau.

Conclusion

Les productions humaines sont des mises en forme de matières par l’intermédiaire de techniques diverses que l’artiste maîtrise cela rend possible l’inspiration et la création de nouveautés pour le plaisir esthétique. Cela ne veut pas dire que l’artiste a fait n’importe quoi tout comme être libre n’est pas faire tout ce qu’on veut mais comme le dit Rousseau c’est vivre avec les autres en respectant sa liberté et se droits : c’est le devoir du citoyen.