Hannah Arendt – le travail

Le travail

Introduction

L’auteur de ce texte extrait de «  La condition de l’homme moderne » est Hannah Arendt philosophe du vingtième siècle. Le thème de ce texte est le travail, la thèse qu’il soutient est la suivante : L’automatisation fruit du progrès technique et  la division du travail provoquent une perte de sens de l’activité humaine et du sens de son existence.

Les grandes lignes de l’argumentation ou plan du texte s’articule ainsi : tout d’abord, elle expose l’opinion commune au sujet de l’automatisation : elle libèrerait les hommes. Puis elle énonce le paradoxe : cette libération aboutit au désœuvrement. Pour argumenter sa thèse elle propose deux points, d’une part le travail égalise les hommes et d’autre part le travail désintéressé disparaît au profit du travail lucratif. Pour finir elle énonce les conséquences de cette situation.

Le problème que ce texte soulève pourrait se formuler ainsi : Est que l’automatisation de la production va dans le sens d’une libération des hommes ou plutôt vers celui de son asservissement ?

Développement :

Le texte démarre sur la notion d’ « avènement » qui a une connotation religieuse, on parle de l’avènement du messie. On pourrait donc penser que l’automatisation sauverait les hommes d’une condition antérieure avec laquelle il y aurait une rupture. On peut avancer l’hypothèse selon laquelle, elle fait référence aux conditions du travail antérieures au Fordisme qui né aux Etats Unis au début du vingtième siècle a transformé les conditions du travail et de la consommation dans les sociétés occidentales. On connait les descriptions de la condition ouvrière du dix neuvième siècle Emile Zola dans l’Assommoir, décrit l’horreur de la vie ouvrière et la déchéance des individus qui de l’enfance à la mort sont soumis au travail, « asservis à la nécessité ». Même s’il est salarié, rémunéré l’humain  est maltraité et sa condition est réduite à celle d’une brute qu’illustre le personnage d’Auguste Lantier le mari de Gervaise. Il ne reste après le travail qu’à se livrer à des activités de survie, manger, dormir, se reproduire. C’est pourquoi les Rougon-Macquart sont marqués par l’alcoolisme. Ils tentent d’oublier le non sens de leur existence, le fait qu’il « ne sait plus rien»Du coup, ce qui apparaissait comme une libération pour l’opinion commune n’en serait pas une. Comment peut- on comprendre ce paradoxe ? D’une part le travail au sein des chaînes liées à l’automatisation libère les hommes d’un «  fardeau ». Elle améliore les conditions du travail qui sont moins dures physiquement «  libère des chaînes du travail »et les salaires ont augmenté permettant aux ouvriers du vingtième de consommer et de vivre mieux. Mais d’autre part, ce mieux être est ambigu car les ouvriers n’en profitent pas pour  développer leur culture comme le faisaient les anciens bourgeois du dix neuvième siècle qui se sont enrichis grâce à la colonisation. Au contraire leurs activités ne sont pas « enrichissante » sur le plan humain, culturel mais seulement sur le plan matériel. Ils gagnent plus de moyens d’acquérir des objets (des meubles et robots de toute sorte) mais ils ne se dépassent pas vers le développement d’une activité intellectuelle «  activités plus hautes ». Ils ne vont pas jusqu’au bout du combat pour se libérer des besoins du corps, de la survie car cela seul « vaudrait la peine de gagner cette liberté ». C’est seulement ainsi qu’on devient humain et pas seulement soumis à son appartenance à l’espèce, à sa condition biologique. Du coup leur existence perd son sens, elle n’a pas de direction, d’élévation vers un sens abstrait : vers ce qui donnerait le sens de la vie.

Il nous faut comprendre comment nous en sommes arrivés là ?

Tous les hommes ont été soumis à la condition du travail salarié de manière collective. Ils sont dans une «  société égalitaire ». Mais au lieu d’organiser le bonheur pour la collectivité, la solidarité, réunit les hommes par la contrainte : c’est un « moyen de gagner sa vie » comme si on n’avait pas sa vie entre ses mains. Cela signifie que le travail tel qu’il a été organisé dans le système économique qui a soutenu le progrès technique aliène les hommes. Il supprime un aspect de l’humain auquel les Grecs avaient pensé dans leur système : le loisir. Les hommes pour développer leurs facultés ont besoin de loisir. C’est ainsi qu’ils peuvent travailler pour créer des œuvres qui resteront dans la culture et témoigneront de leur quête intellectuelle, du sens qu’ils ont donné à la vie. Le loisir ne consiste pas à ne rien faire comme on le croit aujourd’hui, au contraire, il permet d’augmenter la culture, de l’élever spirituellement. C’est de cette élévation que parle l’auteur à propos de «  hiérarchie politique ou spirituelle ». Penser ce qui pourrait améliorer la condition humaine, par les connaissances, le bien public, la plaisir esthétique. Comme elle  le signale, il y a peu de personnes qui sont encore intéressées par cette activité. Ils sont «  solitaires », ceux qui peuvent aujourd’hui «  considérer ce qu’ils font comme des œuvres ». Ceux qui s’interrogent sur les effets de leurs actions sur les générations futures, ceux qui ont un intérêt pour autrui, pour la durabilité de leur action et des bonnes conditions de la vie sur terre pour nos descendants.

Quelles sont les conséquences de tout cela ?

Notre système politique et économique n’a pas réfléchi d’une part aux conséquences de l’automatisation. Il n’y aura pas assez de travail pour tous « travailleurs sans travail ». Mais surtout nous avons oublié de penser que le travail peut être autre chose qu’une aliénation. Il peut être un épanouissement de soi dans le lien qu’il nous permet de nouer avec les autres. Ce n’est pas cette valeur qui est défendue dans nos sociétés de consommation. Nous sommes «  une société de travailleurs ». Nous sommes aliénés et malheureux de cette unique perspective, on le voit bien auprès de la jeunesse, comme si l’avenir faisait peur et avec raison. On ne sait plus quoi faire, car il ne reste rien à faire que de s’aliéner. L’humanité risque de dépérir, de perdre ce qui fait le sens de la vie : l’espoir, les idées pour un avenir meilleur, l’amour pour des valeurs plus hautes «  restaurer les autres facultés de l’homme »que la satisfaction de nos petits désirs médiocres : consommer le dernier téléphone portable par exemple réduit notre « être » à un simple « avoir ». Et instaure dans le lien social l’envie, la jalousie. C’est pourquoi «  on ne pourrait rien imaginer de pire ». Une société fondée sur l’envie, et la jalousie donne la perversion ultime à laquelle le vingtième siècle s’est livré par l’extermination d’une partie de l’humanité. Soit par jalousie ou par rejet de la religion (personnes de religion juive), ou des manières de vivre (gitans ou tziganes) ou des choix sexuels (homosexualité). Nos ainés ont organisé la destruction automatisée de ces êtres humains de manière rationnelle par la division du travail, avec un cynisme affreux puisque sur le fronton des camps de travail on pouvait lire «  le travail libère ».

Le pire qu’il puisse nous arriver est la destruction de l’homme par l’homme car il se prend ainsi pour de la matière première à transformer dans le cycle du travail et de la consommation. Destruction liée au fait qu’on ne sait plus quel est le sens de la vie, on ne reconnaît plus l’importance de l’humain en face de soi. On n’est pas éveillé parce qu’il pourrait faire  d’original, « considérer ce qu’ils font comme des œuvres ». Nous ne nous concentrons pas sur la recherche de ce qui pourrait transformer durablement nos sociétés pour que nos enfants soient heureux et que nous soyons vraiment à égalité au niveau de la possibilité de nous élever intellectuellement. Nous ne finançons pas suffisamment de projets qui pourraient transformer le monde plutôt que produire de nouveaux biens de consommation pour enrichir une minorité.

Conclusion

Ce texte met en avant les paradoxes des sociétés actuelles et dénonce les risques d’une destruction de l’homme. Cependant, il donne les clés pour l’espoir en mettant l’accent sur le nouvel axe que pourrait prendre notre existence si elle lâchait le mode de la production pour celui de la création d’œuvres durables.

COURS SUR LE MANUEL D’EPICTETE

«  je fus l’esclave Epictète, au corps tout estropié Pauvre comme Iros (mendiant dans l’Odyssée) et cher aux immortels. »

INTRODUCTION

L’auteur Arrien :

Né à Nicomédie vers 85 ap JC dans l’empire Romain, (Turquie), il est homme d’état et philosophe. Il essaie de concilier sa philosophie et son travail.

Aux environs de l’année 108, il s’expatrie en Grèce pour suivre l’enseignement d’Epictète banni de Rome par l’empereur Domitien. Il rassemble les notes sur cet enseignement dans les Entretiens, et écrit le Manuel , pour un certain Messalinus.

Epictète :

Né en Phrygie, à Hiérapolis ( Turquie), vers 50 ap JC. Il était esclave d’Epaphrodite secrétaire de Néron. Epaphrodite torturait Epictète, la légende  raconte qu’alors qu’il lui tordait la jambe Epictète lui dit sans frémir : «  attention tu vas la casser » puis lorsque ce fut le cas : «  je t’avais bien dit qu’elle casserait ». Cette petite histoire illustre le Stoïcisme du philosophe. Il est mort vers 130.

Le Stoïscisme :

Epictète suivit l’enseignement de Musonius qui était Stoïcien. Ce mouvement de pensée philosophique existait depuis 350 ans. Zénon de Cittium avait fondé la première école à Athènes.

Les trois principes du Stoïcisme :

1-    Il n’y a de bien que le bien moral :

La conséquence en est qu’il n’y a de mal que le mal moral. Cette idée avait été énoncée par Socrate : « Pour l’homme de bien il n’y a pas de mal possible, qu’il soit vivant ou mort » ( Apologie de Socrate) Autrement dit rien ne peut nuire à l’homme de bien on trouve  à la fin du manuel, une citation à méditer qui illustre cette idée : «  Anytos et Mélétos peuvent me mettre à mort,  mais non me nuire » Cela signifie que l’intention de faire le bien est une valeur absolue, on donne une grande valeur au désintéressement. Cette position s’oppose à celle des Epicuriens pour lesquels toute action est liée à la quête d’un intérêt ou d’un plaisir : elle est égoïste.

Avec le désintéressement l’action accède au niveau transcendant de l’universalité de la raison et de la nature. L’homme atteint le bonheur loin de l’inquiétude de celui qui cherche à satisfaire égoïstement ses désirs par l’acquisition de bien matériels et qui meurt avant d’y être arrivé.

Le seul bien que l’on puisse acquérir est immatériel : il est moral. C’est l’homme de bien qui l’obtient,  il devient invulnérable. Le mal est moral il dépend de nous de le commettre. Le bien et le mal sont moraux, on se trompe lorsqu’on dit qu’on est malheureux parce qu’on est victime de maladie ou de la mort d’un proche. Les malheurs ne sont pas mauvais, ils ne dépendent pas de nous : ils sont extérieurs, indifférents.

La division la plus importante du Stoïcisme est la suivante :

Les choses sont

Bonnes ou mauvaises                                             ni bonnes ni mauvaises

Moralement                                                           indifférentes

Selon Epictète

Choses qui dépendent de nous                               Choses qui ne dépendent pas de nous

2-  Toute l’activité humaine se fonde sur le jugement

Epictète distingue trois moments de l’activité intellectuelle : la représentation, le jugement et l’assentiment. Ce sont nos jugements qui nous font souffrir. La raison peut être tordue : la rationalité ne garantit pas contre l’erreur et l’ignorance. Ce qui compte est un savoir non pas théorique mais droit : libéré de l’égoïsme et l’intérêt. L’axiome Socratique : «  nul n’est méchant volontairement » illustre cette position car les hommes désirent bien faire  mais ils se trompent sur le sens, la définition de ce qui est bien.

3-   La nature est cohérente avec elle-même.

Pour les Stoïciens tout être vivant tend à conserver son existence. C’est cette tendance qui est rationnelle, logique. L’univers entier est organisé pour se conserver soi même : c’est en cela qu’il y a de la rationalité dans la nature, de la cohérence. Les Stoïciens parlent d’un programme interne (raison séminale) qui organise le développement de tout ce qui existe (la nature). Il y a donc un destin. Cette idée fonde celle de l’éternel retour. Il y a création éternelle et tout revient éternellement identique à soi même puisque tout est parfait. Sénèque dira «  toujours vouloir la même chose, toujours refuser la même chose ».

 

I-        Le plan du Manuel

On y trouve quatre thèmes fondamentaux :

1-    La distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous : chap 1 et 2

Elle va organiser tous les autres chapitres du Manuel. En appliquant cette distinction à toutes nos actions et désirs, nous pourrons reconnaître ce qui dépend de nous et savoir ce dont nous sommes  responsables. C’est-à-dire de nos jugements et de l’usage de nos représentations.

2-   La discipline du jugement : L’usage de nos représentations détermine nos actions et nos désirs : désir : chap 3 à 6

Les chap 3 et 4 proposent de définir ce que représente exactement l’objet du désir ou de l’action «  souviens-toi de te dire quelle est sa vraie nature ». Nous sommes responsables de nos jugements et de nos représentations ( exple de la baignade à la piscine) « ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses ». Puis il parle de la mort qui n’est rien pour nous, c’est l’idée : la représentation que nous en avons qui nous terrorise.

3-   La discipline du désir et de l’action : Exercer les trois activités de l’âme conformément à la raison et à la nature dépend de nous : assentiment aux jugements ; désir et tendance à agir) chap 7 à 11 ; 14 à 21 ; 26 à 28 ; action : 30 à 45

4-   Les conseils aux progressants : chap 12 et 13 ; 22 à 25 ; 46 à 53

 

II-        Les exercices philosophiques, les trois domaines à exercer :

Ce qui est remarquable dans le Manuel, est qu’il propose tout au long des chapitres des exercices qui permettent de devenir philosophe. Il y a trois domaines à exercer pour cela :

1-    Le domaine des désirs et aversions : il vaut mieux distinguer clairement ce qui dépend de nous dans les deux cas sinon nous serons malheureux, frustrés si nous n’avons pas ce que nous désirons ou si nous avons ce que nous voulions éviter. Ce domaine correspond à la physique, puisque l’apprenti philosophe doit accorder sa volonté  avec la nature.

2-   Le domaine de la tendance, l’impulsion à l’action : savoir ce qu’il faut faire, ce qui est le mieux étant donné les circonstances permet d’agir rationnellement, de manière ordonnée et sans négliger ce qui est important pour soi. Ce domaine correspond à celui de l’éthique et la morale, car il s’agit de mettre en œuvre les « devoirs » être.

3-   Le domaine de l’assentiment à nos jugements : pourvoir remettre en question nos opinions nous permet d’éviter les erreurs dans la vie et dans nos raisonnements. Ce domaine correspond à celui de la logique puisqu’il s’agit d’être sur de ses jugements.

A-  Le lien avec Platon :

Dans la république, il propose une tripartition du corps et des besoins, de l’âme et des vertus,  et des métiers. Cette division ternaire fonde une hiérarchie sociale et une  division du travail au sein de la quelle, pour Platon la raison est toujours bonne, elle  impose la loi aux désirs et aux émotions car ils peuvent être responsables du mal.

La tête : la raison sa discipline ou vertu donnera la sagesse du jugement ; les gouvernants et philosophes

Le cœur : la colère sa discipline ou vertu donnera le courage d’agir ; les guerriers

Le sexe : le désir sa discipline ou vertu donnera la tempérance des désirs ; les artisans et commerçants

Pour Epictète, c’est la raison qui est divisée en trois parties : le jugement, l’impulsion et le désir. Elle peut donc être bonne ou mauvaise selon son choix de vie.

B-  Le choix de vie :

Prohairesis en grec, c’est la liberté fondamentale qui caractérise les êtres humains. C’est «  ce qui dépend de nous » pour les Stoïciens, ce dont nous sommes responsables, nous sommes libres de nos jugements, nos désirs, nos actions. Nous pouvons choisir notre attitude morale, le sens de notre vie et les buts que nous poursuivons. Même dieu ne peut nous obliger à agir encore moins les despotes ou les autres. Mais ce choix peut être perverti, mauvais, la raison ou principe directeur peut se tromper dans l’usage des représentations.

C-  Le bonheur :

La distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas fonde une règle de vie pratique, concrète. Car selon nos choix, nous serons heureux ou malheureux.

Cette distinction permet celle du moi et du non moi. Elle permet de définir deux causalités : intérieure et extérieure, du coup cet exercice apporte le bien moral. Parce qu’on passe du moi individuel confondu avec son corps et les choses extérieures à la prise de conscience du moi transcendant, conscient de sa liberté. Le moi s’oppose à tout ce qu’il n’est pas et accède à un point de vue universel : raisonnable. C’est ce que les Stoïciens appellent : logos ou la cohérence avec le tout du Cosmos. Tout ce que le philosophe pense est mis en perspective avec cette totalité dont il est une partie. Cette partie est le choix qu’il fait de son orientation morale celui-ci est identique à la raison universelle qu’il accepte. «  Voulant que les choses arrivent comme elles arrivent ». Ces exercices sont  une ascèse car ils impliquent des renonciations. Pour être philosophe on doit renoncer à l’ambition et aux possessions matérielles on choisit entre la pureté morale et le tourment des désirs c’est la condition du bonheur car il consiste dans la paix émotionnelle, la liberté, et l’invulnérabilité. Le bonheur réside dans le pouvoir  que nous avons sur nos représentations.

D-  La clause de réserve et la prévision des maux

La clause de réserve ou hupexhairesis, est un exercice de la discipline de l’action. Il s’agit de se dire dans un discours intérieur avec soi même qu’il est possible que l’on rencontre des obstacles au cours de nos actions. Ceux-ci pourront peut être même l’empêcher. Le Stoïcien prévoit ces obstacles tout en s’efforçant d’atteindre son but. Cela lui permet de rester calme lorsqu’il rencontre des obstacles car il ne cherche pas à s’approprier quoi que ce soit mais à vivre en conformité avec la nature autrement dit c’est l’intention de bien agir qui compte ou la fin qui est aussi le choix de vie et non le but.

De même, il peut prévoir à l’avance les évènements  qui peuvent arriver et le blesser affectivement. Il doit distinguer à propos des objets et des personnes qu’il aime ce qu’ils sont objectivement et subjectivement. Il se détachera ainsi intérieurement de ce à quoi il est attaché : il se préparera au malheur. On trouve les exemples de la poterie  et de la famille. Aphorisme 3 p 9 «  savoir user des représentations «  dis-toi « c’est un être humain que j’embrasse » ainsi, quand cet être sera mort, tu n’auras pas l’âme troublée ». C’est un exercice progressif qui en passant des objets aux personnes habitue le moi à se détacher de tout pour se préparer à la mort et être libre.

LA NOTION D’INCONSCIENT PSYCHIQUE EST-ELLE CONTRADICTOIRE ?

CORRIGE PLAN DE DISSERTATION

LA NOTION D’INCONSCIENT PSYCHIQUE EST-ELLE CONTRADICTOIRE ?

INTRODUCTION

La notion interroge une notion, c’est à dire une connaissance élémentaire. Autrement dit ce qui n’a pas été précisé, analysé. Cette notion est celle d’inconscient psychique. Elle est problématique car elle a deux significations : soit elle désigne une fonction soit elle désigne un manque d’attention de la conscience. On demande si cette notion est contradictoire c’est à dire si elle pose une signification et une autre en même temps ce qui ferait qu’on prononcerait une incohérence logique en l’énonçant. Au premier abord on pourrait répondre « oui » à cette question car psychisme et inconscient semblent s’opposer mais après réflexion on peut se demander si cette expression ne permettrait pas de penser l’unité du moi de manière cohérente.

La notion d’inconscient psychique nous permet-elle de donner un sens au réel et de mieux nous connaître soi même ou bien est ce qu’elle nous oriente vers l’erreur, la méconnaissance de soi ?

PLAN

I-                LA NOTION D’INCONSCIENT PSYCHIQUE N’EST PAS CONTRADICTOIRE

Dans un premier temps nous allons examiner l’hypothèse selon laquelle cette notion n’est pas contradictoire. Mais tout d’abord il faut définir la notion.

1-     Expliquer : Définition de la notion.

a-     l’inconscient psychique est une donnée qui se présente comme une partie du psychisme, les deux mots sont associés, l’inconscient se présente comme ce qui est dans le psychisme.

b-     Quels sont les caractères du psychisme ?

C’est ce qui concerne l’esprit, les émotions, les sentiments et les pensées : Exemple : Mme Bovary de Gustave Flaubert, fait l’objet de la description de ses émotions intérieures et de ses espoirs délirants..

c-     Cela veut dire aussi que dans le psychisme il y a des pensées inconscientes.

2-     Référence philosophique : Argumenter ou justifier cette définition

a-     Réf : En effet Freud a annoncé l’existence de pensées inconscientes

b-     Exemples : le cas Elisabeth.

c-     Les pensées inconscientes proviennent du refoulement de désirs inacceptables moralement.

3-     Doute : Interroger ou problématiser

a-     Question : Si dans notre esprit il y a des pensées inconscientes est ce qu’on peut toujours dire que penser est ce qui permet de se connaître soi même et la réalité comme le dit Descartes ?

b-     Réponse argumentée : Oui, car nous pouvons faire confiance à notre raison qui s’efforce de mettre en place une méthode : le doute pour arriver à la clarté et la distinction : éclairer les données inconscientes pour leur donner un sens.

c-     Contre argument : Oui, mais pour y arriver il faut le vouloir, si on ne sait pas ce qu’il y a dans notre esprit parce que justement c’est inconscient comment le vouloir ?

Phrase de transition : la notion d’inconscient psychique n’est pas contradictoire pourtant on n’arrive pas à expliquer clairement comment on pourrait se connaître si elles forment notre psychisme.

II – L’INCONSCIENT PSYCHIQUE EST CE QU’ON NE PEUT PAS CONNAITRE

1-     Expliquer : Définir

a-     Freud dit qu’il est impossible d’avoir la volonté consciente de connaître ce qui est inconscient.

b-     Argument : L’inconscient est constitué de pulsions refoulées par la conscience et auxquelles le psychisme oppose une résistance.

c-     Exemple : le cas Elisabeth

2-     Réf philo : Argumenter :

a-     Le psychisme est un système qui fonctionne autour de trois instances : le ça, le moi, le surmoi.

b-     L’équilibre ou l’unité du moi se gagne par la lutte du moi pour maintenir cet équilibre entre les exigences du ça et les contraintes du réel.

c-     Souvent cet équilibre est menacé : névroses seule la cure psychanalytique permet son retour

3-     Douter : Interroger, problématiser :

a-     Pourquoi entreprendre un travail psychanalytique si l’inconnu est irréductiblement au sein de notre identité ? Qu’est ce qui nous prouve qu’après il n’y sera plus puisque l’inconscient est au centre du psychisme ?

b-     Le but est d’être ouvert à l’inconscience qui nous fonde pour éviter les postures d’orgueil qui peuvent avoir des conséquences irréversibles sur notre vie. Référence : Nietszche ; la conscience la plus petite partie du psychisme, explication.

c-     Qu’advient-il de notre liberté si nos actions sont guidées par notre  inconscient psychique ? Question posée par Sartre.

Phrase de transition : L’inconscient est inconnaissable de manière volontaire, seule une cure psychanalytique permettrait d’y accéder. Pour rien ne prouve que ce travail rende possible la prise de conscience de l’inconnu en nous.

III-LA NOTION D’INCONSCIENT PSYCHIQUE NOUS ORIENTE VERS L’ERREUR

1-     Définir :

a-     Sartre dit que cette notion est contradictoire car l’inconscient refoulé doit être reconnu comme non désirable par le moi donc il doit être conscient.

b-     Conséquence : il n’y pas d’inconscient psychique seulement de la mauvaise foi en nous. Nous ne voulons pas être responsables de nos actes.

c-     Nous avons du mal à assumer le pouvoir de notre conscience : le cogito, le pouvoir de connaître sans limites.

2-     Argumenter :

a-     Ce pouvoir implique la nécessité d’éprouver nos idées or on ne peut pas prouver que l’inconscient existe ou qu’il n’existe pas car il n’est pas possible de renvoyer à l’expérience : cette notion n’est pas réfutable : ce n’est pas une connaissance peut être une illusion dogmatique : Popper.

b-     On ne peut produire un savoir de l’inconscient que par ses effets, après coup : Laplanche on ne produit qu’une explication téléologique et non causale, elle instaure un ordre qui vient de l’extérieur on ne peut prouver qu’il se trouve dans le phénomène.

c-     Une connaissance doit servir à anticiper comme dans les sciences : exemple on peut prévoir lorsque l’on construit un avion l’ensemble des forces auxquelles il devra résister pour voler et celles qu’il devra déployer pour être propulsé.

3-     Réponse finale :

a-     Que faire d’une connaissance qui n’est fondée que rétrospectivement par la conscience ? Est ce utile, avantageux ?

b-     Une connaissance qui procède par la recherche des causes est utile elle permet de produire des solutions concrètes aux problèmes immédiats. Exemple : la médecine recherche la cause du désordre de la maladie à partir de l’observation des symptômes : elle donne une solution un traitement pharmaceutique ou chirurgical.

c-     Cependant : elle ne guérit pas tout, est que l’on doit dire pour autant que la médecine n’est pas utile ? Doit-on la rejeter ou bien doit-on continuer à chercher dans les voies qui sont inconnues ? Quel est notre devoir ? Doit-on laisser le malade seul face à ses désordres psychiques une fois que tous les traitements lui ont été donnés ? N’est-ce pas une démarche du même ordre que celle qui s’occupe de rechercher des contenus clairs et distincts mais qui se trouve à un stade antérieur de son développement et qui peut être donnera des savoirs insoupçonnables encore aujourd’hui  dans l’avenir ?

CONCLUSION

Lorsque nous nous avons interrogé l’affirmation selon laquelle la notion d’inconscient psychique n’était pas contradictoire nous avons trouvé que en disant cela on tombe sur le problème de la volonté comment vouloir quelque chose qu’on ne connaît pas.  Cependant lorsque nous avons examiné l’idée selon laquelle l’inconscient est inconnaissable nous sommes arrivés au risque de la perte de noter liberté d’agir. Il a fallu donc se demander si la notion d’inconscient psychique ne nous menait pas vers l’erreur. Cependant nous avons trouvé que si cette notion n’et ni réfutable, ni scientifique elle désigne peut être un domaine encore insuffisamment connu qui ne demande qu’à l’être dans l’avenir.

L’enjeu difficile à tenir c’est d’éviter l’écueil du dogmatisme dans les deux sens : celui qui rejetterait comme contradictoire cette notion parce que non scientifique  et celui de l’attitude qui consisterait à soupçonner tous ceux qui l’interrogent d’avoir des problèmes de névrose.

solidarité

Solidarité : concepts philosophiques et problèmes

 

Les trois ambivalences qui entravent la solidarité avec les  personnes vulnérables :

1-    L’ambivalence Mimétique : René Girard

2-   L’ambivalence  des émotions : David Hume

3-   L’ambivalence entre altruisme et égoïsme dans la morale : Hutchenson

 

I-        L’ambivalence Mimétique et le Bouc Emissaire selon René Girard dans « Les Origines de la Culture »

Le désir est mimétique, cette idée est confirmée par  la découverte des neurones miroirs produit des travaux du chercheur Giacomo Rizzolatti.

Comment ça marche ?

Nous avons tendance à avoir les mêmes désirs : c’est ce qui nous rapproche mais en même temps cette tendance nous divise nous entrons en rivalité par ces mêmes désirs par égoïsme et par intérêt. Ils menacent la cohésion sociale. La seule manière de se réunir à nouveau est de désigner un  coupable, une personne ou un groupe qui sera la cause du désordre. La collectivité se rassemblera contre celui-ci qui devient l’ennemi de la communauté. René Girard pense que toute culture s’est constituée à partir du sacrifice d’un bouc émissaire. C’est un meurtre collectif qui est à l’origine de celles-ci mais la communauté  ne se sent pas coupable de meurtre, elle considère que la victime a fait un don gratuit de sa personne puisqu’elle est malfaisante. Ce don c’est la réconciliation du groupe qui est le résultat de la haine de tous contre un seul.

Nous devons donc être vigilants à ce que nous entendons par solidarité : si c’est la coalition du groupe contre une minorité, alors nous sommes dans une forme de mimétisme conflictuel. Ce conflit peut mener à des tentatives de destruction des personnes vulnérables.

Comment cela est-il possible ?

II-      L’ambivalence des émotions : Traité de la nature humaine David Hume

A l’origine du lien social, il y a, nous a montré David Hume, une ambivalence de sympathie et d’orgueil qui sont les passions ou émotions qui fondent la communication. Lorsque quelqu’un exprime ses émotions nous entrons immédiatement en sympathie, nous éprouvons celles-ci comme si elles étaient les notre : nous nous les approprions. En même temps, nous comparons, nous cherchons à évaluer la quantité émotionnelle de plaisir et de souffrance de l’autre en comparaison des notre. D.H prend l’exemple d’un bateau en train de sombrer : plus il est près de nous plus nous éprouvons de la sympathie pour les naufragés mais en même temps nous éprouvons un plus grand bonheur d’être au sec.

Nous sommes inextricablement les jouets de l’ambivalence des émotions de terreur et de panique que nous partageons, imitons et celles de la joie d’être hors de danger sur le rivage.

De la même manière lorsque nous sommes confrontés aux personnes vulnérables : nous éprouvons de la peine, celle qu’elles ressentent parce qu’elles ne sont pas dans la même condition que la collectivité, ils envient le bien être collectif qu’elles désirent imiter. Mais en même temps, nous éprouvons un renforcement de notre pouvoir d’appartenir à une communauté basée sur des critères ou normes que nous partageons. Normes auxquelles la personne vulnérable ne correspond pas. Nous sommes ambivalents, en conflit au sein de nos émotions.

Quelle est l’origine de ces conflits ? Est-ce la quête égoïste de notre intérêt ?

III-    L’ambivalence Anthropologique : l’altruisme et l’égoïsme  opposition des thèses de Hutchenson et de Kant

Selon Hutchenson, nous ne pouvons pas dire que l’origine des liens sociaux est l’intérêt car nous n’avons pas intérêt à éprouver la souffrance des autres. C’est plutôt la bienveillance qui est universelle que la rivalité. Cependant, comme l’empathie que nous ressentons pour ceux qui sont vulnérables décroit avec l’éloignement nous nous sentons moins obligés de soutenir, de donner à des personnes dans le besoin qui ne font pas partie de notre famille ou de notre cercle rapproché de connaissances.

Selon Emmanuel Kant, la condition humaine est caractérisée par une insociable-sociabilité. C’est cependant la compétitivité ou insociabilité qui stimule le progrès de la cohésion sociale. C’est donc plutôt l’égoïsme et la recherche  de l’intérêt propre que l’altruisme.

IV-      Le changement de perspective : l’empowerment Guillaume Leblanc

Si  nous nous demandions : que peut donner celui ou celle qui est dans le besoin ? – Qu’il soit au chômage ou qu’il soit handicapé ou  vulnérable-

La personne vulnérable apparaît toujours comme une charge pour sa famille et pour la société. On ne se demande jamais ce qu’elle peut apporter au groupe : Pourquoi ?

L’important est de laisser un espace pour le don, dans la société, dans l’état et de la part de la personne vulnérable. La  reconnaissance réciproque de la capacité de donner permet de raffermir la cohésion sociale. Pour cela il est nécessaire de reconnaître le pouvoir de la personne vulnérable.

Mais ce n’est possible que si la personne vulnérable prend conscience de soi, est éduquée. Alors il lui devient possible de se libérer de la vision du monde de l’autre.

Les personnes vulnérables doivent prendre conscience de leurs désirs mimétiques, leurs désirs d’être comme les autres. Alors elles pourront exprimer leurs désirs et leurs besoins propres. Le problème dans l’organisation de la solidarité à l’échelle d’une société et de l’état est le suivant : ce sont ceux qui n’ont pas de besoins mais qui ressentent avec ambivalence les besoins des personnes vulnérables qui autorisent l’expression de ces besoins. Autrement dit les personnes vulnérables sont asservies aux normes de celles qui ne le sont pas : les travailleurs sociaux.

Cela peut être des relations de domination qui se mettent en place dans la société et non des relations de solidarité comme le fait remarquer Guillaume Le Blanc.  C’est à partir de ce constat que les politiques solidaires du grand Sud se sont fondées sur la notion d’empowerment : « il s’agit du processus par lequel un individu ou un groupe acquiert les moyens de renforcer  sa capacité d’agir lui permettant d’accéder au pouvoir individuel et collectif »

Une société qui veut développer la solidarité doit éduquer ses citoyens à propos de  l’ambivalence de leurs désirs. C’est l’unique façon de penser une société solidaire qui développe une réelle cohésion sociale. Une cohésion sociale qui se fonde non pas sur l’intérêt et la quête de pouvoir des uns et des autres mais sur l’action désintéressée au niveau individuel, social et politique.

Le don doit être une possibilité réelle pour que le désintéressement existe ainsi il solidifie le lien social : on devient solidaire de la personne vulnérable parce qu’on reconnaît ce qu’elle peut apporter dans la communauté. On reconnaît sa puissance, son pouvoir de désirer se joindre au groupe, s’y inclure pour partager la responsabilité de la dette et de l’héritage des anciens.

Tout ceci est bien intangible et pourtant c’est ce à quoi nous devons porter notre attention si nous voulons éviter d’être rattrapés par l’exclusion qui est le produit de la haine collective plutôt que de la bienveillance réciproque.

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Bibliographie :

Michel Téreschenko, Un si fragile vernis d’humanité,  Banalité du mal, banalité du bien Ed de poche La découverte

René Girard Les origines de la culture Ed Hachette Littératures

David Hume Traité de la nature humaine III Ed GF

Guillaume Leblanc Que faire de notre vulnérabilité ? Ed Bayard

Emmanuel Kant Idées pour une histoire d’un point de vue cosmopolitique Ed GF

 

 

 

 

 

ARISTOTE AMITIE

Aristote, philosophe de l’antiquité, nous pose ici une question fondamentale : Peut-on se connaître soi même sans l’aide d’autrui ?

Il y répond en disant que nous avons besoin du rapport à un ami pour nous connaître. Les grandes lignes de son argumentation se présentent ainsi :

Tout d’abord il met en avant un paradoxe, se connaître est un plaisir et c’est difficile, puis pour sortir de ce paradoxe, il propose une analogie entre l’action de se contempler dans un miroir et celle de regarder un ami ; pour conclure, il réfère à l’homme autosuffisant et le convoque à procéder de la même façon s’il tient à apprendre à se connaître.

Le problème philosophique de ce texte provient de la contradiction apparente entre la question de se connaître soi même et la référence à autrui pour mener à bien cet apprentissage mais plus profondément, on peut se poser la question suivante : est ce que la conscience de soi par l’intermédiaire d’autrui au sein d’une relation en miroir signifie que la connaissance de soi est dépendante de l’autre ? Dans ce cas l’injonction à se connaître soi même n’aurait plus de sens. Ou plutôt qu’est ce qui se noue dans la relation d’amitié qui nous nous permet de revenir vers soi et de mieux se connaître ?

Se connaître soi même est l’injonction de l’oracle de Delphes à Socrate, elle caractérise ce que le philosophe doit chercher avant tout. C’est donc la question fondamentale de la philosophie, pourtant cette question semble tellement anodine, ne nous connaissons pas nous même depuis notre venue au monde sans avoir besoin d’y penser ?

Aristote poursuit, il est à la fois difficile et c’est un très grand plaisir que de se connaître. En quoi consiste donc la difficulté à se connaître soi même ? Et pourquoi mettre en place ce paradoxe ?

Il est vrai que si nous y pensons à deux fois, si nous y réfléchissons, nous pouvons nous apercevoir que nous avons des opinions sur nous mêmes. Par exemple nous nous croyons courageux et lorsque la vie nous met face au danger : nous fuyons. Nous sommes peureux. Il peut y avoir une contradiction entre ce que  nous pensons que nous sommes  et nos actions. Se connaître soi même est difficile. Mais lorsqu’il arrive que nous soyons confirmés dans notre pensée sur nous même par nos actions, alors nous éprouvons le plaisir qui naît de la confiance en soi et en notre jugement.

Mais, et Aristote fait ici une objection, se connaître n’est pas la même chose que se contempler soi même. Quelle est la signification de cette opposition entre contempler et connaître ?

Se contempler est se regarder dans un miroir, ce mot implique une certaine satisfaction mais aussi une admiration de soi même. C’est donc un plaisir de se regarder comme dans un miroir. Dans la contemplation on est dans l’autosatisfaction. On ne trouve que des raisons de continuer à s’aimer soi même. C’est à dire qu’au fond on est dans la situation de Narcisse qui est tellement repris dans cet amour de soi qu’il s’y noie. Autrement dit, la contemplation ne nous apporte pas la connaissance mais l’autosuffisance et l’orgueil. On ne peut arriver à partir de là à la connaissance de soi, qui demande l’épreuve de la réalité. Mais elle est toujours facteur de désordre, de contradiction, par le fait qu’elle apporte de quoi surprendre toutes nos prévisions.

La preuve nous dit Aristote, on peut l’apercevoir dans la manière avec laquelle nous adressons à autrui des reproches. Qu’est ce que reprocher quelque chose à quelqu’un ? Dans quelles conditions naissent les reproches ?

Reprocher quelque chose à quelqu’un, c’est tout d’abord avoir éprouvé un sentiment de colère ou de mécontentement à partir de ce qu’autrui a fait ou justement n’a pas fait. Ce reproche naît de l’insatisfaction par rapport à autrui, dans la relation que l’on tisse avec lui. Or nous dit Aristote, si nous faisons des reproches c’est parce que nous ne prenons pas conscience du fait que ce sont nos erreurs qui provoquent notre insatisfaction. C’est à dire que c’est  parce que nous n’avons pas agi de la manière avec laquelle nous aurions aimé agir que lorsque nous voyons en l’autre la même action nous la mettons en avant à ses yeux, nous la lui faisons apprendre de manière à le faire culpabiliser de nous avoir offensé. Comme nous nous sentons coupables vis à vis de nous mêmes. Mais nous ne voyons jamais cela clairement, nous sommes aveuglés continue Aristote. Notre auto contemplation par le plaisir qui s’en dégage illumine notre regard de plaisir et d’amour de soi, nous devenons indulgents. Nous oublions de noter la distance entre nos idées et nos actions. Ou bien nous sommes durs avec nous mêmes, exigeants et avons s la passion de la vérité et de la rectitude, nous essayons d’établir une adéquation entre l’image que nous avons de nous mêmes et nos actions. Aussi nous sommes essentiellement mécontents de nous mêmes et transportons ce mécontentement dans la relation à autrui. En somme nous ne pouvons dans l’attitude de la contemplation de soi, déborder sur une faculté de juger qui soit droite et juste. En conséquence d’une manière analogue à celle décrite en ce qui concerne l’attitude narcissique, la meilleure chose que nous avons à faire est de détourner nos regards du miroir dans lequel nous nous contemplons pour les tourner vers notre ami.

C’est à dire que nous devons nous décentrer, quitter l’attitude égocentrique pour chercher dans le rapport à autrui ce que nous sommes. Pourquoi procéder de cette manière ?

Est ce que la conscience de soi par l’intermédiaire d’autrui au sein d’une relation en miroir signifie que la connaissance de soi est dépendante de l’autre ? Dans ce cas l’injonction à se connaître soi même n’aurait plus de sens. Ou plutôt qu’est ce qui se noue dans la relation d’amitié qui nous nous permet de revenir vers soi et de mieux se connaître ?

Parce que cet ami est un autre soi même. C’est à dire qu’il est le même que soi mais à distance de soi, comme soi il est un humain. C’est pourquoi on peut aussi le contempler avec le même amour dont nous sommes capables pour nous mêmes mais la distance qu’il existe entre l’ami et soi même, permet de faire naître le recul nécessaire à la réflexion parce que dans ce trajet de la réflexion de soi à l’ami en miroir, il y a un troisième terme et c’est notre ami. C’est à dire que l’on peut mettre nos opinions sur nous mêmes à l’épreuve de la réalité.

Nous ne pouvons donc éprouver le plaisir de nous connaître nous mêmes que lorsque nous procédons à cette recherche par l’intermédiaire d’un tiers. Sinon nous sombrons dans la difficulté c’est à dire dans les contradictions insurmontables car elles se noient dans l’indifférenciation de la passion et de l’aveuglement. Nous ne pouvons produire aucun savoir sur nous mêmes, seulement des opinions, des croyances. Nous restons seul avec nous même, autosuffisants mais leurrés par nous mêmes, par notre attitude narcissique.

C’est un point qui vaut la peine d’être soulevé, car au fond l’ami est quelqu’un en qui on peut avoir confiance mais il est un autre soi même. Il est différent de moi, mais comme moi il est humain, il peut se tromper. Mais nous répondrait sans doutes Aristote, cette erreur provient de notre regard et ne peut donc être corrigé que par notre jugement.

La relation de transfert qui correspond à la relation en miroir décrite par Aristote, permet la distance nécessaire à l’analyse et la faculté d’exercer son jugement. La faculté de prendre ses propres décisions en retrouvant la confiance en soi qui naît de ce que l’on se connaît mieux soi même.

Apprendre à se connaître soi même est la suprême difficulté soulevée pas la philosophie mais c’est aussi le plus grand plaisir qui nous soit donné, car cela donne la confiance nécessaire à l’action et la prise de décision. Mais paradoxalement se connaître si même n’est possible que dans l’amitié qui permet de se décentrer, de mettre une distance entre no croyances sur nous mêmes et la réalité de nos actions, par l’intermédiaire de l’admiration que l’on porte à un ami.

SARTRE – La Honte

SARTRE

INTRODUCTION

Ce texte est un extrait de L’être et le Néant, titre de la thèse de philosophie qu’a soutenu Jean Paul Sartre en 1942. Son objet est la définition de l’existentialisme comme  nouvelle philosophie de l’engagement qu’il développe à la suite de Martin Heidegger.

A ce titre, il s’intéresse dans ce texte au thème du désir , il y soutient la thèse selon laquelle : chacun de nous n’existe que dans une relation à l’autre à partir de laquelle se nouent des liens de reconnaissance réciproques ou de désirs croisés qui définissent l’humaine condition.

Les grandes lignes de l’argumentation de cette thèse s’élaborent en quatre temps : tout d’abord l’auteur décrit un phénomène de l’expérience vécue ou immédiate. Puis il introduit le regard de l’autre dans celle ci et du même coup le sentiment de honte comme une seconde expérience celle de la condition humaine. Il s’interroge alors sur le mécanisme de ce sentiment, dont autrui apparaît comme catalyseur. Pour finir il définit la nature de la relation établie avec l’autre : le désir de reconnaissance est l’origine de la honte et le fondement de la condition humaine.

 

Le problème que soulève ce texte peut se formuler ainsi : est ce que d’après Sartre les hommes sont réciproquement assujettis par leurs désirs de reconnaissance ou bien sont -ils libres ?

Sartre introduit le sujet de sa recherche à partir d’une référence à l’expérience vécue. En effet, il renvoie à « un geste maladroit ou vulgaire ». Cependant, dans ce premier moment de l’expérience vécue, ce geste n’a aucune connotation. Comme le dit l’auteur : «  il colle à moi ». C’est  à dire qu’il  y a un mouvement purement physique, indéterminé, mécanique. L’auteur relève bien qu’il « ne juge ni ne blâme ». Cela veut dire que ce qu’il décrit est une situation, qui ne concerne que lui : «  pour soi », qu’il vit à l’état animal pourrait-on dire, de l’homme qui se retrouve dans son corps seul à seul avec tous les frémissements de celui ci, de sa vitalité et son organicité. Ces mouvements renvoient peut être même à des réflexes impossibles à contrôler, comme ceux de la digestion par exemple. Dans cet état l’homme existe comme tout être vivant dans un milieu ou à partir d’une condition déterminée à laquelle il ne peut échapper. La condition du vivant organique, conditionné par ce corps à agir et à réagir en fonction de lui.

Mais ce premier état de l’existence est bientôt suivi d’un second état : celui de l‘humaine condition. Le héros de la première expérience est bientôt rejoint par un autre homme. Un alter ego. Le simple fait de se retrouver e ncompagnie d’un autre déclenche la prise de conscience: «  je réalise » nous dit l’auteur. Cela veut dire que notre personnage entre dans la réalité de sa condition. En quoi consiste celle ci ? On peut dire qu’elle consiste tout d’abord à faire naître des sentiments. En effet, l’auteur parle de la « honte ». Le geste dont il parlait au départ devient «  vulgaire ». Il change de statut, il est coloré d’un jugement moral. Ce que point ainsi l’auteur est sans doutes la condition de tout homme dans la relation avec ses semblables. N’oublions pas que l’auteur a écrit une pièce célèbre dans laquelle un de ses héros dit : «  l’enfer c’est les autres »Ici cependant ce texte est un extrait de sa thèse : l’être et le néant. C’est un livre dans lequel il expose les principes d’une philosophie existentialiste. On peut donc présupposer que cet exemple a valeur de généralité. L’auteur parle à la première personne du singulier non pas pour désigner une expérience particulière mais pour indiquer l’expérience universelle de tout homme sujet de ses actions dans la relation avec les autres. On peut remarquer qu’il indique celle ci à partir de deux étapes. La première renvoie à l’expérience vécue de manière brute. C’est «  la chose elle même » telle qu’elle est comme nous l’avons dit «  pour soi » c’est à dire dénuée de la coloration du jugement et de la norme sociale. Et la deuxième renvoie au sujet social, conditionné par une éducation morale pour laquelle ce qui vient du corps doit être habillé de valeurs pour être mis en commun. Un geste vide d’intentions est renvoyé par le regard de l’autre. Qu’est ce que cela donne ? La honte. Quelle est son origine, la mécanique de l’ élaboration de cette émotion ?

C’est à cette explication que l’auteur se consacre par la suite. Il produit tout d’abord une dénégation : la honte n’est pas le produit d’une réflexion. Que veut-il dire par là ?

La réflexion est un phénomène de retour sur soi à partir d’une distance qui permet de porter un regard objectif sur soi même. Il y a donc deux êtres en un : soi et soi même. Cette attitude a été définie par Socrate dans le Gorgias. Pour se connaître soi même l’homme doit s’efforcer de s’accorder avec soi même, c’est de cet accord que naîtra la possibilité de se voir objectivement, de comprendre avec lucidité quelle est la raison de nos actions et de nos sentiments.

Il est évident qu’ici, le sentiment de la honte n’est pas vécu comme une connaissance objective, il est ressenti comme un état de passivité. C’est pourquoi l’auteur utilise l’image du catalyseur pour nous aider à comprendre ce qu’il veut dire. Ce mot renvoie à l’expérience scientifique. C’est ainsi que nous pouvons en déduire que Sartre a la volonté de nous expliquer la mécanique des passions à l’origine du sentiment de la honte. En effet au cours d’une expérience en chimie, un catalyseur a pour effet d’accélérer le processus en développement : de le précipiter. Si on reprend cette idée, on doit comprendre que la présence d’autrui catalyse ou précipite l’individu dans l’état de honte. C’est un phénomène quasi instantané. : immédiat et non réfléchit. Car réfléchir implique le temps nécessaire à la prise de recul qui permet de porter ce regard objectif ou comme le dit l’auteur qui permet de prendre conscience de soi. Il est vrai que si l’on se remémore la manière avec laquelle Descartes a élabora le Cogito, le doute méthodique est le temps qu’il a fallu pour atteindre l’évidence ou la prise de conscience de l’existence de la pensée.

Dans le cas qui nous intéresse : le sentiment de la honte, il y a une médiation : «  autrui est le médiateur entre moi et moi même ». C’est l’autre qui porte la conscience de soi. Il la transmet. On dit bien que les médias transmettent des informations. Ici c’est la même chose, autrui transmet la conscience morale : il nous la renvoie. C’est son « apparition » qui est le moteur de ce phénomène, autrui lance un regard qui transforme l’autre en objet de celui ci. Il y a une relation de sujet à objet au sein de laquelle, c’est une personne qui devient passive pour autrui. C’est alors qu’est possible la passion de la honte : la naissance du sentiment.

C’est à ce moment que l’auteur propose une nouvelle distinction entre deux significations : l’image vaine et la reconnaissance de soi dans le regard de l’autre.

Comment comprendre cette distinction ? Si l’auteur insiste c’est pour nous faire comprendre que même si l’autre déclenche le phénomène de la honte, il ne le fait pas intentionnellement. C’est à dire qu’il ne juge pas de manière réflexive. Si c’était le cas, il produirait à la suite de ce jugement, une connaissance pour lui même ou image : une représentation. Or dans ce cas, l’autre serait responsable de celle ci, la notion d’imputabilité utilisée par l’auteur renvoie à cette idée d’une image dont l’auteur est le concepteur en son âme et conscience. Or c’est « l’agacement ou la colère » qui serait le résultat de cette production qui vient de l’autre. Ces sentiments sont plus actifs que la honte, lorsqu’on est agacé, on réagit à ce quelqu’un nous dit et on manifeste de la nervosité. De même pour la colère, c’est une décharge d’agressivité envers autrui qui a pour origine un différent clairement énoncé ou installé. L’auteur donne un exemple, celui d’un « mauvais tableau ». Il renvoie à l’idée d’une discorde, à propos d’un élément tangible, la « laideur ou la basesse » représentées en image et empruntant le visage de soi. Dans ce cas, l’image renvoie à une typologie des caractères partagée, c’est à dire faisant l’objet de codes ou normes de comportement à l’intérieur desquels chacun se reconnaît. Comme si, il y avait identification à partir d’une comparaison. Là aussi, cela prendrait du temps. Mais ce n’est pas cela qui se passe, le sujet de la honte est « atteint jusqu’aux moelles ». Les moelles, dsignet l’intérieur des os. C’est donc une atteinte profonde et non de surface. C’est une affection, l’individu est affecté, comme blessé au plus profond de lui même dans son corps osseux, sa structure, ce qui le soutient. C’est ce qui lui permet de se tenir debout sur la terre face aux autres qui est ébranlé. On pourrait dire que c’est sa dignité. Or tout un chacun désire être considéré par l’autre avec dignité. C’est la base de la relation humaine civilisée. C’est à dire qui prend en compte la possibilité pour l’autre d’émettre son opinion à propos de ce que l’on pense de lui. Chacun peut se défendre, parce qu’il a dans l’esprit de tous la possibilité d’exercer sa liberté. Il est digne de respect dit-on, on veut dire en somme qu’il mérite une distance qui laisse la place à cette liberté et réciproquement.

Mais dans ce cas,cette distance n’existe pas, cependant ce n’est pas parce que l’autre ne la donne pas, c’est parce que c’est la passivité qui s’installe à la place de soi dans la conscience immédiate. Du coup il y a conscience de quelque chose et cette chose c’est soi même. Tout comme il y a désir, puisque le désir apparaît alors comme une tendance, ou une intention qui se solde par un échec puisque désirer c’est ici accepter d’être passif dans le regard de l’autre. C’est donc un élan qui ne va pas jusqu’au bout de lui même puisqu’il est arrêté par l’image de soi empétré, figé, dans le regard de l’autre. Mais cette fixation n’est pas le fruit d’une relation réciproque de désirs partagés, au contraire c’est le fruit de la rencontre fortuite de regards croisés. L’auteur signale ici une contingence des sentiments. Ils n’ont aucune raison d’être, ils ne sont pas déterminés.

Pour répondre au problème posé, on peut dire que l’état d’émotion qui saisit celui qui a honte le prive de sa liberté d’agir, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas sortir de cet état. Cependant cet exemple nous permet de comprendre ce qu’est le désir, à la fois une tendance fondée sur l’existence immédiate, vivre c’est désirer rester en vie. Mais cela se fait sans raisonner, sans réfléchir. Cette tendance peut nous prendre au piège de l’autre si nous n’y prenons pas garde,si nous ne replaçons pas l’autre dans le système de relations sociales qui nous conditionne réciproquement. C’est à dire dans l’ensemble des valeurs et des représentations qui sont les normes de la vie en société. Car ainsi celles ci nous protègent de la profondeur de nos émotions, elle nous permettent de rester à la surface et d’échanger réciproquement des reconnaissances conditionnées par ces normes comme la reconnaissance sociale par exemple.

Conclusion

En réponse au problème posé nous pouvons dire que les hommes sont décrits comme assujettis réciproquement par leurs désirs de reconnaissance, lorsqu’ils sont soumis à leurs émotions. La thèse existentialiste défend l’idée selon laquelle l’home est d’abord ce qu’il se fait, il est fondamentalement libre. Il est libre de changer les déterminismes mais il doit pour que cela soit possible : réfléchir. L’abandon à la spontanéité du sentiment et de l’émotion le trouve plutôt pris dans le filet de l’autre.