Hannah Arendt – le travail

Le travail

Introduction

L’auteur de ce texte extrait de «  La condition de l’homme moderne » est Hannah Arendt philosophe du vingtième siècle. Le thème de ce texte est le travail, la thèse qu’il soutient est la suivante : L’automatisation fruit du progrès technique et  la division du travail provoquent une perte de sens de l’activité humaine et du sens de son existence.

Les grandes lignes de l’argumentation ou plan du texte s’articule ainsi : tout d’abord, elle expose l’opinion commune au sujet de l’automatisation : elle libèrerait les hommes. Puis elle énonce le paradoxe : cette libération aboutit au désœuvrement. Pour argumenter sa thèse elle propose deux points, d’une part le travail égalise les hommes et d’autre part le travail désintéressé disparaît au profit du travail lucratif. Pour finir elle énonce les conséquences de cette situation.

Le problème que ce texte soulève pourrait se formuler ainsi : Est que l’automatisation de la production va dans le sens d’une libération des hommes ou plutôt vers celui de son asservissement ?

Développement :

Le texte démarre sur la notion d’ « avènement » qui a une connotation religieuse, on parle de l’avènement du messie. On pourrait donc penser que l’automatisation sauverait les hommes d’une condition antérieure avec laquelle il y aurait une rupture. On peut avancer l’hypothèse selon laquelle, elle fait référence aux conditions du travail antérieures au Fordisme qui né aux Etats Unis au début du vingtième siècle a transformé les conditions du travail et de la consommation dans les sociétés occidentales. On connait les descriptions de la condition ouvrière du dix neuvième siècle Emile Zola dans l’Assommoir, décrit l’horreur de la vie ouvrière et la déchéance des individus qui de l’enfance à la mort sont soumis au travail, « asservis à la nécessité ». Même s’il est salarié, rémunéré l’humain  est maltraité et sa condition est réduite à celle d’une brute qu’illustre le personnage d’Auguste Lantier le mari de Gervaise. Il ne reste après le travail qu’à se livrer à des activités de survie, manger, dormir, se reproduire. C’est pourquoi les Rougon-Macquart sont marqués par l’alcoolisme. Ils tentent d’oublier le non sens de leur existence, le fait qu’il « ne sait plus rien»Du coup, ce qui apparaissait comme une libération pour l’opinion commune n’en serait pas une. Comment peut- on comprendre ce paradoxe ? D’une part le travail au sein des chaînes liées à l’automatisation libère les hommes d’un «  fardeau ». Elle améliore les conditions du travail qui sont moins dures physiquement «  libère des chaînes du travail »et les salaires ont augmenté permettant aux ouvriers du vingtième de consommer et de vivre mieux. Mais d’autre part, ce mieux être est ambigu car les ouvriers n’en profitent pas pour  développer leur culture comme le faisaient les anciens bourgeois du dix neuvième siècle qui se sont enrichis grâce à la colonisation. Au contraire leurs activités ne sont pas « enrichissante » sur le plan humain, culturel mais seulement sur le plan matériel. Ils gagnent plus de moyens d’acquérir des objets (des meubles et robots de toute sorte) mais ils ne se dépassent pas vers le développement d’une activité intellectuelle «  activités plus hautes ». Ils ne vont pas jusqu’au bout du combat pour se libérer des besoins du corps, de la survie car cela seul « vaudrait la peine de gagner cette liberté ». C’est seulement ainsi qu’on devient humain et pas seulement soumis à son appartenance à l’espèce, à sa condition biologique. Du coup leur existence perd son sens, elle n’a pas de direction, d’élévation vers un sens abstrait : vers ce qui donnerait le sens de la vie.

Il nous faut comprendre comment nous en sommes arrivés là ?

Tous les hommes ont été soumis à la condition du travail salarié de manière collective. Ils sont dans une «  société égalitaire ». Mais au lieu d’organiser le bonheur pour la collectivité, la solidarité, réunit les hommes par la contrainte : c’est un « moyen de gagner sa vie » comme si on n’avait pas sa vie entre ses mains. Cela signifie que le travail tel qu’il a été organisé dans le système économique qui a soutenu le progrès technique aliène les hommes. Il supprime un aspect de l’humain auquel les Grecs avaient pensé dans leur système : le loisir. Les hommes pour développer leurs facultés ont besoin de loisir. C’est ainsi qu’ils peuvent travailler pour créer des œuvres qui resteront dans la culture et témoigneront de leur quête intellectuelle, du sens qu’ils ont donné à la vie. Le loisir ne consiste pas à ne rien faire comme on le croit aujourd’hui, au contraire, il permet d’augmenter la culture, de l’élever spirituellement. C’est de cette élévation que parle l’auteur à propos de «  hiérarchie politique ou spirituelle ». Penser ce qui pourrait améliorer la condition humaine, par les connaissances, le bien public, la plaisir esthétique. Comme elle  le signale, il y a peu de personnes qui sont encore intéressées par cette activité. Ils sont «  solitaires », ceux qui peuvent aujourd’hui «  considérer ce qu’ils font comme des œuvres ». Ceux qui s’interrogent sur les effets de leurs actions sur les générations futures, ceux qui ont un intérêt pour autrui, pour la durabilité de leur action et des bonnes conditions de la vie sur terre pour nos descendants.

Quelles sont les conséquences de tout cela ?

Notre système politique et économique n’a pas réfléchi d’une part aux conséquences de l’automatisation. Il n’y aura pas assez de travail pour tous « travailleurs sans travail ». Mais surtout nous avons oublié de penser que le travail peut être autre chose qu’une aliénation. Il peut être un épanouissement de soi dans le lien qu’il nous permet de nouer avec les autres. Ce n’est pas cette valeur qui est défendue dans nos sociétés de consommation. Nous sommes «  une société de travailleurs ». Nous sommes aliénés et malheureux de cette unique perspective, on le voit bien auprès de la jeunesse, comme si l’avenir faisait peur et avec raison. On ne sait plus quoi faire, car il ne reste rien à faire que de s’aliéner. L’humanité risque de dépérir, de perdre ce qui fait le sens de la vie : l’espoir, les idées pour un avenir meilleur, l’amour pour des valeurs plus hautes «  restaurer les autres facultés de l’homme »que la satisfaction de nos petits désirs médiocres : consommer le dernier téléphone portable par exemple réduit notre « être » à un simple « avoir ». Et instaure dans le lien social l’envie, la jalousie. C’est pourquoi «  on ne pourrait rien imaginer de pire ». Une société fondée sur l’envie, et la jalousie donne la perversion ultime à laquelle le vingtième siècle s’est livré par l’extermination d’une partie de l’humanité. Soit par jalousie ou par rejet de la religion (personnes de religion juive), ou des manières de vivre (gitans ou tziganes) ou des choix sexuels (homosexualité). Nos ainés ont organisé la destruction automatisée de ces êtres humains de manière rationnelle par la division du travail, avec un cynisme affreux puisque sur le fronton des camps de travail on pouvait lire «  le travail libère ».

Le pire qu’il puisse nous arriver est la destruction de l’homme par l’homme car il se prend ainsi pour de la matière première à transformer dans le cycle du travail et de la consommation. Destruction liée au fait qu’on ne sait plus quel est le sens de la vie, on ne reconnaît plus l’importance de l’humain en face de soi. On n’est pas éveillé parce qu’il pourrait faire  d’original, « considérer ce qu’ils font comme des œuvres ». Nous ne nous concentrons pas sur la recherche de ce qui pourrait transformer durablement nos sociétés pour que nos enfants soient heureux et que nous soyons vraiment à égalité au niveau de la possibilité de nous élever intellectuellement. Nous ne finançons pas suffisamment de projets qui pourraient transformer le monde plutôt que produire de nouveaux biens de consommation pour enrichir une minorité.

Conclusion

Ce texte met en avant les paradoxes des sociétés actuelles et dénonce les risques d’une destruction de l’homme. Cependant, il donne les clés pour l’espoir en mettant l’accent sur le nouvel axe que pourrait prendre notre existence si elle lâchait le mode de la production pour celui de la création d’œuvres durables.

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