Le temps, l’existence

Le temps, l’existence

Nous sommes conscients du fait que nous sommes mortels, pourtant jusqu’à l’instant de notre mort nous agissons comme si nous étions immortels.

Nous faisons des projets vers un futur dont nous ne sommes pas certains et nous revenons vers notre passé pour en saisir le sens dans notre présent.

Notre existence est-elle une fuite en avant, hors du présent parce qu’on le vit, du passé parce qu’il n’est plus et hors du futur car il n’est pas encore ?

I-           La meilleure attitude :

a-  Le carpe diem

Le carpe diem : cette expression est tirée des vers d’Horace, poète Latin qui s’inspire des philosophies Epicuriennes et Stoïciennes. Cela signifie littéralement, «  cueille le présent », elle sous entend : n’aie aucune confiance en l’avenir qui est incertain et ne t’inquiète pas de la mort. Elle illustre la position Hédoniste mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas de profiter de l’instant présent sans limites. Il y a toujours dans l’Epicurisme, une idée d’ascèse : la recherche d’un plaisir ordonné, raisonné qui cherche à éviter le déplaisir et en même temps la suprématie du plaisir sur la raison. Cette expression est reprise au 16ème siècle par Ronsard qui écrit dans les sonnets à Hélène : «  cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie ». La meilleure attitude consiste donc à vivre au présent, le savourer de manière mesurée pour éviter de mettre en danger notre existence.

b-  L’instant

On pourrait penser que les Epicuriens et Stoïciens nous conseillent donc de vivre dans l’instant. Cependant comment peut-on vivre l’instant présent puisque nous avons une conscience continue du temps ? Le présent est passage, au cours duquel l’instant vécu est déjà au passé. Du coup notre présent devient un souvenir. C’est notre mémoire qui nous permet d’avoir le sentiment de la durée. Comme le souligne Henri Bergson, le temps de notre existence est l’ensemble des émotions et sentiments intérieurs symbolisés ici par l’exemple de l’eau sucrée. Il faut attendre que le sucre fonde pour boire l’eau sucrée signifie que pour nous connaître, avoir conscience de soi, nous devons prendre conscience de la complexité de ces états intérieurs imprévisibles et multiformes. Cela nécessite de garder en mémoire la succession des évènements dans la durée.

c-  La durée

Eric Kandel, Neurobiologiste qui a reçu le prix Nobel de physiologie et Médecine en 2000 pour ses découvertes à propos de la mémoire. Au cours des années cinquante au 20ème siècle, on découvre une petite région du cerneau qui est indispensable à la mémorisation : l’hippocampe. Il cherche à découvrir les processus à l’œuvre en observant un mollusque : l’aplysie car le cerveau humain est trop complexe. Il se demande s’il est capable de se souvenir et il décrit deux formes de mémoires : à court terme et à long terme. La mémoire à court terme dépend d’un renforcement des réseaux de neurones alors que la mémoire à long terme dépend de la création de nouvelles connections neurologiques. Par exemple : lorsqu’on apprend à jouer du piano on renforce les réseaux neurologiques correspondants au mouvement des doigts. Mais lorsqu’on mémorise un morceau de musique on crée des nouveaux liens dans notre cerveau. On modifie notre cerveau. De plus, ces deux formes de mémoire renforcent notre identité car nous avons bien le sentiment d’une familiarité, nos souvenirs sont authentiques, il s’agit bien de nous.  Tout souvenir est empli d’une charge émotionnelle. Marcel Proust, décrit ce phénomène avec le souvenir de la madeleine trempée dans le thé chez sa tante lorsqu’il était enfant dans A la recherche du temps perdu, premier livre Du côté de chez Swann. «  à l’instant même ou la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause » La meilleure attitude consiste donc à être attentifs à ces émotions qui accompagnent nos instants de vie car elles nous renvoient au sentiment d’une temporalité continue et intérieure qui fonde notre identité.

Cependant comment avons-nous la notion de la succession des évènements dans la durée de notre existence ?

II-        L’expérience du  temps

a-  L’intuition à priori : Kant

Emmanuel Kant a compris dans Critique de la raison pure, que l’on n’a l’expérience de la durée que parce que l’on a l’intuition à priori du temps et de l’espace et celle-ci est la condition de possibilité de toute expérience et perception. Il anticipe au 18ème siècle les découvertes de la neurobiologie dont nous venons de parler.

b-  La nécessité d’oublier : Nietzsche

Friedrich Nietzsche, souligne qu’il ne nous serait pas possible de vivre au présent si nous n’étions pas capables d’oublier. Le souvenir et l’oubli sont les deux conditions de l’existence consciente. Il rejoint ici Sigmund Freud dans Cinq leçons de psychanalyse qui insiste sur l’existence d’une activité inconsciente du psychisme qui consiste à refouler les souvenirs. Lorsque cette activité n’est pas suffisamment active, la personne souffre de névrose : elle est malade des souvenirs qu’elle n’arrive pas à oublier, son passé interfère avec son présent et elle est incapable de faire des projets d’avenir. D’où le phénomène de dépression.

c-  L’existence est choix et projet : Sartre

Selon Jean Paul Sartre dans L’existentialisme est un humanisme , l’homme n’est que ce qu’il fait. Il porte la responsabilité entière de son existence c’est pourquoi il oscille entre angoisse et désespoir. Il sait qu’il ne peut compter sur aucune aide extérieure, sur aucun Dieu, c’est pourquoi il est souvent de mauvaise foi. Il manque de sincérité, il est malhonnête, inauthentique, factice. Les humains portent un masque, ils donnent aux autres l’image de la personne qu’ils auraient aimé être mais qu’ils n’ont pas été. Pour Sartre, l’humanisme c’est la dignité, c’est assumer ses choix c’est en cela que les êtres humains existent. Ils sont alors responsables de leurs actes et dignes de ceux-ci.

Ils vivent au présent et peuvent remonter la chaîne de causalité de leurs actions dans le passé et en assumer les conséquences dans le future.

 

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