COURS SUR LE MANUEL D’EPICTETE

«  je fus l’esclave Epictète, au corps tout estropié Pauvre comme Iros (mendiant dans l’Odyssée) et cher aux immortels. »

INTRODUCTION

L’auteur Arrien :

Né à Nicomédie vers 85 ap JC dans l’empire Romain, (Turquie), il est homme d’état et philosophe. Il essaie de concilier sa philosophie et son travail.

Aux environs de l’année 108, il s’expatrie en Grèce pour suivre l’enseignement d’Epictète banni de Rome par l’empereur Domitien. Il rassemble les notes sur cet enseignement dans les Entretiens, et écrit le Manuel , pour un certain Messalinus.

Epictète :

Né en Phrygie, à Hiérapolis ( Turquie), vers 50 ap JC. Il était esclave d’Epaphrodite secrétaire de Néron. Epaphrodite torturait Epictète, la légende  raconte qu’alors qu’il lui tordait la jambe Epictète lui dit sans frémir : «  attention tu vas la casser » puis lorsque ce fut le cas : «  je t’avais bien dit qu’elle casserait ». Cette petite histoire illustre le Stoïcisme du philosophe. Il est mort vers 130.

Le Stoïscisme :

Epictète suivit l’enseignement de Musonius qui était Stoïcien. Ce mouvement de pensée philosophique existait depuis 350 ans. Zénon de Cittium avait fondé la première école à Athènes.

Les trois principes du Stoïcisme :

1-    Il n’y a de bien que le bien moral :

La conséquence en est qu’il n’y a de mal que le mal moral. Cette idée avait été énoncée par Socrate : « Pour l’homme de bien il n’y a pas de mal possible, qu’il soit vivant ou mort » ( Apologie de Socrate) Autrement dit rien ne peut nuire à l’homme de bien on trouve  à la fin du manuel, une citation à méditer qui illustre cette idée : «  Anytos et Mélétos peuvent me mettre à mort,  mais non me nuire » Cela signifie que l’intention de faire le bien est une valeur absolue, on donne une grande valeur au désintéressement. Cette position s’oppose à celle des Epicuriens pour lesquels toute action est liée à la quête d’un intérêt ou d’un plaisir : elle est égoïste.

Avec le désintéressement l’action accède au niveau transcendant de l’universalité de la raison et de la nature. L’homme atteint le bonheur loin de l’inquiétude de celui qui cherche à satisfaire égoïstement ses désirs par l’acquisition de bien matériels et qui meurt avant d’y être arrivé.

Le seul bien que l’on puisse acquérir est immatériel : il est moral. C’est l’homme de bien qui l’obtient,  il devient invulnérable. Le mal est moral il dépend de nous de le commettre. Le bien et le mal sont moraux, on se trompe lorsqu’on dit qu’on est malheureux parce qu’on est victime de maladie ou de la mort d’un proche. Les malheurs ne sont pas mauvais, ils ne dépendent pas de nous : ils sont extérieurs, indifférents.

La division la plus importante du Stoïcisme est la suivante :

Les choses sont

Bonnes ou mauvaises                                             ni bonnes ni mauvaises

Moralement                                                           indifférentes

Selon Epictète

Choses qui dépendent de nous                               Choses qui ne dépendent pas de nous

2-  Toute l’activité humaine se fonde sur le jugement

Epictète distingue trois moments de l’activité intellectuelle : la représentation, le jugement et l’assentiment. Ce sont nos jugements qui nous font souffrir. La raison peut être tordue : la rationalité ne garantit pas contre l’erreur et l’ignorance. Ce qui compte est un savoir non pas théorique mais droit : libéré de l’égoïsme et l’intérêt. L’axiome Socratique : «  nul n’est méchant volontairement » illustre cette position car les hommes désirent bien faire  mais ils se trompent sur le sens, la définition de ce qui est bien.

3-   La nature est cohérente avec elle-même.

Pour les Stoïciens tout être vivant tend à conserver son existence. C’est cette tendance qui est rationnelle, logique. L’univers entier est organisé pour se conserver soi même : c’est en cela qu’il y a de la rationalité dans la nature, de la cohérence. Les Stoïciens parlent d’un programme interne (raison séminale) qui organise le développement de tout ce qui existe (la nature). Il y a donc un destin. Cette idée fonde celle de l’éternel retour. Il y a création éternelle et tout revient éternellement identique à soi même puisque tout est parfait. Sénèque dira «  toujours vouloir la même chose, toujours refuser la même chose ».

 

I-        Le plan du Manuel

On y trouve quatre thèmes fondamentaux :

1-    La distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous : chap 1 et 2

Elle va organiser tous les autres chapitres du Manuel. En appliquant cette distinction à toutes nos actions et désirs, nous pourrons reconnaître ce qui dépend de nous et savoir ce dont nous sommes  responsables. C’est-à-dire de nos jugements et de l’usage de nos représentations.

2-   La discipline du jugement : L’usage de nos représentations détermine nos actions et nos désirs : désir : chap 3 à 6

Les chap 3 et 4 proposent de définir ce que représente exactement l’objet du désir ou de l’action «  souviens-toi de te dire quelle est sa vraie nature ». Nous sommes responsables de nos jugements et de nos représentations ( exple de la baignade à la piscine) « ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses ». Puis il parle de la mort qui n’est rien pour nous, c’est l’idée : la représentation que nous en avons qui nous terrorise.

3-   La discipline du désir et de l’action : Exercer les trois activités de l’âme conformément à la raison et à la nature dépend de nous : assentiment aux jugements ; désir et tendance à agir) chap 7 à 11 ; 14 à 21 ; 26 à 28 ; action : 30 à 45

4-   Les conseils aux progressants : chap 12 et 13 ; 22 à 25 ; 46 à 53

 

II-        Les exercices philosophiques, les trois domaines à exercer :

Ce qui est remarquable dans le Manuel, est qu’il propose tout au long des chapitres des exercices qui permettent de devenir philosophe. Il y a trois domaines à exercer pour cela :

1-    Le domaine des désirs et aversions : il vaut mieux distinguer clairement ce qui dépend de nous dans les deux cas sinon nous serons malheureux, frustrés si nous n’avons pas ce que nous désirons ou si nous avons ce que nous voulions éviter. Ce domaine correspond à la physique, puisque l’apprenti philosophe doit accorder sa volonté  avec la nature.

2-   Le domaine de la tendance, l’impulsion à l’action : savoir ce qu’il faut faire, ce qui est le mieux étant donné les circonstances permet d’agir rationnellement, de manière ordonnée et sans négliger ce qui est important pour soi. Ce domaine correspond à celui de l’éthique et la morale, car il s’agit de mettre en œuvre les « devoirs » être.

3-   Le domaine de l’assentiment à nos jugements : pourvoir remettre en question nos opinions nous permet d’éviter les erreurs dans la vie et dans nos raisonnements. Ce domaine correspond à celui de la logique puisqu’il s’agit d’être sur de ses jugements.

A-  Le lien avec Platon :

Dans la république, il propose une tripartition du corps et des besoins, de l’âme et des vertus,  et des métiers. Cette division ternaire fonde une hiérarchie sociale et une  division du travail au sein de la quelle, pour Platon la raison est toujours bonne, elle  impose la loi aux désirs et aux émotions car ils peuvent être responsables du mal.

La tête : la raison sa discipline ou vertu donnera la sagesse du jugement ; les gouvernants et philosophes

Le cœur : la colère sa discipline ou vertu donnera le courage d’agir ; les guerriers

Le sexe : le désir sa discipline ou vertu donnera la tempérance des désirs ; les artisans et commerçants

Pour Epictète, c’est la raison qui est divisée en trois parties : le jugement, l’impulsion et le désir. Elle peut donc être bonne ou mauvaise selon son choix de vie.

B-  Le choix de vie :

Prohairesis en grec, c’est la liberté fondamentale qui caractérise les êtres humains. C’est «  ce qui dépend de nous » pour les Stoïciens, ce dont nous sommes responsables, nous sommes libres de nos jugements, nos désirs, nos actions. Nous pouvons choisir notre attitude morale, le sens de notre vie et les buts que nous poursuivons. Même dieu ne peut nous obliger à agir encore moins les despotes ou les autres. Mais ce choix peut être perverti, mauvais, la raison ou principe directeur peut se tromper dans l’usage des représentations.

C-  Le bonheur :

La distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas fonde une règle de vie pratique, concrète. Car selon nos choix, nous serons heureux ou malheureux.

Cette distinction permet celle du moi et du non moi. Elle permet de définir deux causalités : intérieure et extérieure, du coup cet exercice apporte le bien moral. Parce qu’on passe du moi individuel confondu avec son corps et les choses extérieures à la prise de conscience du moi transcendant, conscient de sa liberté. Le moi s’oppose à tout ce qu’il n’est pas et accède à un point de vue universel : raisonnable. C’est ce que les Stoïciens appellent : logos ou la cohérence avec le tout du Cosmos. Tout ce que le philosophe pense est mis en perspective avec cette totalité dont il est une partie. Cette partie est le choix qu’il fait de son orientation morale celui-ci est identique à la raison universelle qu’il accepte. «  Voulant que les choses arrivent comme elles arrivent ». Ces exercices sont  une ascèse car ils impliquent des renonciations. Pour être philosophe on doit renoncer à l’ambition et aux possessions matérielles on choisit entre la pureté morale et le tourment des désirs c’est la condition du bonheur car il consiste dans la paix émotionnelle, la liberté, et l’invulnérabilité. Le bonheur réside dans le pouvoir  que nous avons sur nos représentations.

D-  La clause de réserve et la prévision des maux

La clause de réserve ou hupexhairesis, est un exercice de la discipline de l’action. Il s’agit de se dire dans un discours intérieur avec soi même qu’il est possible que l’on rencontre des obstacles au cours de nos actions. Ceux-ci pourront peut être même l’empêcher. Le Stoïcien prévoit ces obstacles tout en s’efforçant d’atteindre son but. Cela lui permet de rester calme lorsqu’il rencontre des obstacles car il ne cherche pas à s’approprier quoi que ce soit mais à vivre en conformité avec la nature autrement dit c’est l’intention de bien agir qui compte ou la fin qui est aussi le choix de vie et non le but.

De même, il peut prévoir à l’avance les évènements  qui peuvent arriver et le blesser affectivement. Il doit distinguer à propos des objets et des personnes qu’il aime ce qu’ils sont objectivement et subjectivement. Il se détachera ainsi intérieurement de ce à quoi il est attaché : il se préparera au malheur. On trouve les exemples de la poterie  et de la famille. Aphorisme 3 p 9 «  savoir user des représentations «  dis-toi « c’est un être humain que j’embrasse » ainsi, quand cet être sera mort, tu n’auras pas l’âme troublée ». C’est un exercice progressif qui en passant des objets aux personnes habitue le moi à se détacher de tout pour se préparer à la mort et être libre.

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