solidarité

Solidarité : concepts philosophiques et problèmes

 

Les trois ambivalences qui entravent la solidarité avec les  personnes vulnérables :

1-    L’ambivalence Mimétique : René Girard

2-   L’ambivalence  des émotions : David Hume

3-   L’ambivalence entre altruisme et égoïsme dans la morale : Hutchenson

 

I-        L’ambivalence Mimétique et le Bouc Emissaire selon René Girard dans « Les Origines de la Culture »

Le désir est mimétique, cette idée est confirmée par  la découverte des neurones miroirs produit des travaux du chercheur Giacomo Rizzolatti.

Comment ça marche ?

Nous avons tendance à avoir les mêmes désirs : c’est ce qui nous rapproche mais en même temps cette tendance nous divise nous entrons en rivalité par ces mêmes désirs par égoïsme et par intérêt. Ils menacent la cohésion sociale. La seule manière de se réunir à nouveau est de désigner un  coupable, une personne ou un groupe qui sera la cause du désordre. La collectivité se rassemblera contre celui-ci qui devient l’ennemi de la communauté. René Girard pense que toute culture s’est constituée à partir du sacrifice d’un bouc émissaire. C’est un meurtre collectif qui est à l’origine de celles-ci mais la communauté  ne se sent pas coupable de meurtre, elle considère que la victime a fait un don gratuit de sa personne puisqu’elle est malfaisante. Ce don c’est la réconciliation du groupe qui est le résultat de la haine de tous contre un seul.

Nous devons donc être vigilants à ce que nous entendons par solidarité : si c’est la coalition du groupe contre une minorité, alors nous sommes dans une forme de mimétisme conflictuel. Ce conflit peut mener à des tentatives de destruction des personnes vulnérables.

Comment cela est-il possible ?

II-      L’ambivalence des émotions : Traité de la nature humaine David Hume

A l’origine du lien social, il y a, nous a montré David Hume, une ambivalence de sympathie et d’orgueil qui sont les passions ou émotions qui fondent la communication. Lorsque quelqu’un exprime ses émotions nous entrons immédiatement en sympathie, nous éprouvons celles-ci comme si elles étaient les notre : nous nous les approprions. En même temps, nous comparons, nous cherchons à évaluer la quantité émotionnelle de plaisir et de souffrance de l’autre en comparaison des notre. D.H prend l’exemple d’un bateau en train de sombrer : plus il est près de nous plus nous éprouvons de la sympathie pour les naufragés mais en même temps nous éprouvons un plus grand bonheur d’être au sec.

Nous sommes inextricablement les jouets de l’ambivalence des émotions de terreur et de panique que nous partageons, imitons et celles de la joie d’être hors de danger sur le rivage.

De la même manière lorsque nous sommes confrontés aux personnes vulnérables : nous éprouvons de la peine, celle qu’elles ressentent parce qu’elles ne sont pas dans la même condition que la collectivité, ils envient le bien être collectif qu’elles désirent imiter. Mais en même temps, nous éprouvons un renforcement de notre pouvoir d’appartenir à une communauté basée sur des critères ou normes que nous partageons. Normes auxquelles la personne vulnérable ne correspond pas. Nous sommes ambivalents, en conflit au sein de nos émotions.

Quelle est l’origine de ces conflits ? Est-ce la quête égoïste de notre intérêt ?

III-    L’ambivalence Anthropologique : l’altruisme et l’égoïsme  opposition des thèses de Hutchenson et de Kant

Selon Hutchenson, nous ne pouvons pas dire que l’origine des liens sociaux est l’intérêt car nous n’avons pas intérêt à éprouver la souffrance des autres. C’est plutôt la bienveillance qui est universelle que la rivalité. Cependant, comme l’empathie que nous ressentons pour ceux qui sont vulnérables décroit avec l’éloignement nous nous sentons moins obligés de soutenir, de donner à des personnes dans le besoin qui ne font pas partie de notre famille ou de notre cercle rapproché de connaissances.

Selon Emmanuel Kant, la condition humaine est caractérisée par une insociable-sociabilité. C’est cependant la compétitivité ou insociabilité qui stimule le progrès de la cohésion sociale. C’est donc plutôt l’égoïsme et la recherche  de l’intérêt propre que l’altruisme.

IV-      Le changement de perspective : l’empowerment Guillaume Leblanc

Si  nous nous demandions : que peut donner celui ou celle qui est dans le besoin ? – Qu’il soit au chômage ou qu’il soit handicapé ou  vulnérable-

La personne vulnérable apparaît toujours comme une charge pour sa famille et pour la société. On ne se demande jamais ce qu’elle peut apporter au groupe : Pourquoi ?

L’important est de laisser un espace pour le don, dans la société, dans l’état et de la part de la personne vulnérable. La  reconnaissance réciproque de la capacité de donner permet de raffermir la cohésion sociale. Pour cela il est nécessaire de reconnaître le pouvoir de la personne vulnérable.

Mais ce n’est possible que si la personne vulnérable prend conscience de soi, est éduquée. Alors il lui devient possible de se libérer de la vision du monde de l’autre.

Les personnes vulnérables doivent prendre conscience de leurs désirs mimétiques, leurs désirs d’être comme les autres. Alors elles pourront exprimer leurs désirs et leurs besoins propres. Le problème dans l’organisation de la solidarité à l’échelle d’une société et de l’état est le suivant : ce sont ceux qui n’ont pas de besoins mais qui ressentent avec ambivalence les besoins des personnes vulnérables qui autorisent l’expression de ces besoins. Autrement dit les personnes vulnérables sont asservies aux normes de celles qui ne le sont pas : les travailleurs sociaux.

Cela peut être des relations de domination qui se mettent en place dans la société et non des relations de solidarité comme le fait remarquer Guillaume Le Blanc.  C’est à partir de ce constat que les politiques solidaires du grand Sud se sont fondées sur la notion d’empowerment : « il s’agit du processus par lequel un individu ou un groupe acquiert les moyens de renforcer  sa capacité d’agir lui permettant d’accéder au pouvoir individuel et collectif »

Une société qui veut développer la solidarité doit éduquer ses citoyens à propos de  l’ambivalence de leurs désirs. C’est l’unique façon de penser une société solidaire qui développe une réelle cohésion sociale. Une cohésion sociale qui se fonde non pas sur l’intérêt et la quête de pouvoir des uns et des autres mais sur l’action désintéressée au niveau individuel, social et politique.

Le don doit être une possibilité réelle pour que le désintéressement existe ainsi il solidifie le lien social : on devient solidaire de la personne vulnérable parce qu’on reconnaît ce qu’elle peut apporter dans la communauté. On reconnaît sa puissance, son pouvoir de désirer se joindre au groupe, s’y inclure pour partager la responsabilité de la dette et de l’héritage des anciens.

Tout ceci est bien intangible et pourtant c’est ce à quoi nous devons porter notre attention si nous voulons éviter d’être rattrapés par l’exclusion qui est le produit de la haine collective plutôt que de la bienveillance réciproque.

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Bibliographie :

Michel Téreschenko, Un si fragile vernis d’humanité,  Banalité du mal, banalité du bien Ed de poche La découverte

René Girard Les origines de la culture Ed Hachette Littératures

David Hume Traité de la nature humaine III Ed GF

Guillaume Leblanc Que faire de notre vulnérabilité ? Ed Bayard

Emmanuel Kant Idées pour une histoire d’un point de vue cosmopolitique Ed GF

 

 

 

 

 

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