HEGEL

EXPLIQUEZ LE TEXTE SUIVANT :

Dans ce texte Hegel, philosophe du XIXème siècle, réfléchit sur les thèmes de la conscience.

Sa thèse est la suivante : l’homme est un être conscient, il dépasse ainsi la nature par l’apprentissage de techniques et des arts.

Les grandes lignes de l’argumentation de sa thèse  se déroulent en trois parties : l’auteur commence par expliquer comment les hommes deviennent conscients de soi. Il propose deux moments : un moment théorique qui définit la prise de conscience intérieure et un moment pratique qui définit la prise de conscience de son impact sur la nature.

Puis dans un deuxième temps, il donne deux exemples : celui de l’enfant qui joue et celui de l’artiste pour illustrer la prise de conscience pratique.

Dans une troisième phase argumentative, il relie la conscience pratique et intérieure pour en conclure que l’art est un besoin lié à l’état de conscience qui caractérise l’homme et le pousse à dépasser son état naturel.

Le problème qui pourrait nous permettre de mettre en valeur le sens , son intérêt philosophique est le suivant : L’action pratique dont nous parle Hegel  nous permet-elle de penser l’homme concrètement dans le monde ou bien reste- elle toute théorique ?

I LE SENS DU TEXTE

a- explication de la thèse

Si Hegel se demande comment l’home acquiert la conscience de soi, c’est parce qu’il cherche à éclaircir la position adoptée par la philosophie classique au sujet de la conscience. C’est donc la position Cartésienne de la conscience de soi qui est visée ici. Les connaissances humaines sont fondées sur la certitude du Cogito comme sur un socle inébranlable et qui assure la légitimité de tous les autres savoirs. C’est cette certitude qu’ Hegel questionne.

Pour lui, nous n’accédons pas seulement à la conscience de soi à partir d’une certitude intérieure, par la pensée qui nous permet de nous représenter nous mêmes pensants. Mais aussi par les rapports que nous établissons avec le monde extérieur. Ces rapports sont déterminés comme pratiques qu’est ce que cela peut bien vouloir dire ?

Dans la signification courante, le mot « pratique » s’oppose à « théorique », comme le concret s’oppose à l’abstrait. Nous comprenons qu’Hegel va introduire une prise en compte de la relation concrète que nous établissons avec les choses du monde dans la conscience de soi.

b- Etude des procédés de l’argumentation

Le premier moment du texte, expose l’association de la conscience et de la pensée.

Nous comprenons que la position de Hegel rejoint celle de Descartes. Prendre conscience de ce que l’on est intérieurement ne peut se faire en dehors de la pensée.

D’ailleurs Hegel pour définir cette conscience intérieure, parle de « mouvements de l’âme ». Or l’âme est ce qui désigne l’activité spirituelle. Les religions nous ont habitués à penser que c’est par l’âme immortelle que nous sommes reliés à l’infini par opposition à notre condition corporelle qui nous relie à la finitude. Par exemple, même Don Juan  frémit devant la condamnation à la damnation éternelle. On peut penser que les mouvements ici font allusion aux interrogations que suscitent cette  condition, aux doutes qu’elle génère et aux incertitudes qui l’accompagnent.

Mais il signale aussi « les nuances des sentiments », Descartes le disait aussi, penser c’est aussi sentir. Nous devons comprendre ici : ressentir ce qui se passe à l’intérieur de nous, dans notre psychique.

La conscience de soi est donc non seulement métaphysique et religieuse mais aussi psychologique.

C’est l’aspect théorique de la conscience de soi car elle procède par idées et produit un ensemble d’hypothèses qui sont la marque de l’inquiétude humaine et de sa recherche. En effet comme le dit l’auteur cette conscience de soi s’acquiert, elle n’est pas innée. Elle renvoie à l’exigence de se  connaître soi même qui est à la fois le chemin philosophique et le chemin du devenir humain.

Comment procède donc l’activité  théorique ?

Elle procède de deux manières, d’abord par la représentation et par la reconnaissance. Produire une représentation de soi, c’est constituer une image de soi avec un certain recul par rapport à notre vécu. Cette image peut très bien être une certaine définition que l’on se donne de soi même, pas forcément une peinture colorée de nous mêmes mais cela peut très bien être le cas.

Mais il ne suffit pas de produire cette unification de soi par le biais de notre imagination pour être conscient de soi, il faut aussi se reconnaître soi même dans cette image. C’est à dire que les caractères de cette image doivent ressembler au flot de mouvements de notre âme et aux nuances de nos sentiments. Il semble difficile à priori de faire coïncider ce qui se donne comme mobile et fluide et ce qui est fixe : l’image.

Mais la conscience de soi n’est pas seulement théorique, elle est aussi pratique.

C’est la nouveauté hégélienne par rapport à Descartes. Pour celui ci on n’est assuré d’exister que par la pensée, l’expérience d’un monde auquel nous avons affaire est assurée par Dieu mais pas par nous mêmes. Pour Hegel, ce n’est pas le cas. Les rapports de l’homme avec la réalité concrète permettent de mieux le comprendre.

Ils se déroulent comme précédemment, par la représentation et par la reconnaissance.

Car c’est à partir de ces rapports que se constitue un monde humain comme se constitue l’humain lui même.

Lorsque Hegel signale « le besoin de transformer le monde », il parle de ce monde au sein duquel s’entretissent les relations humaines. Or celui ci est fondé sur le monde comme nature. Cette nature n’est pas le foyer des civilisations humaines, comme tel il ne permet pas à l’homme de survivre. Il doit être adapté aux besoins de l’homme.

L’homme est donc obligé de s’adapter au monde pour survivre et il doit transformer celui pour l’adapter en retour à sa propre survie. On pourrait voir ici se profiler une justification de l’activité du travail qui fonde la société moderne.

Donc la nature elle même devient humaine, dans le sens ou elle aussi représente plus de valeur du point de vue de ses richesses naturelles par exemple. C’est un point de vue humain sur la nature qui détermine sa mise en valeur. C’est en ce sens que l’homme lui « imprime son cachet personnel ». Il constitue une représentation de la nature qui lui donne la signification de monde humain. C’est à dire qui lui donne une valeur qui est fonction de ses intérêts.

Mais cela ne suffit pas à constituer une conscience de soi pratique il faut comme pour la conscience de soi théorique, que l’homme se reconnaisse dans ce qu’il fait.

Les objets qui jalonnent le monde qu’il a créé doivent lui parler de lui même. C’est à dire qu’ils lui permettent de constituer une histoire de l’évolution de son savoir par exemple pour les techniques : de la gravure sur pierre à l’imprimerie inventée par Gutemberg, cette évolution signale les progrès des sciences et des techniques depuis les balbutiements de l’humanité jusqu’à son existence présente.

Pour mieux se faire comprendre Hegel prend l’exemple de l’enfant.

Il lance des pierres dans l’eau avant tout pour évaluer sa capacité d’intervention dans le cours de la nature, pour agir sur celle ci et ainsi affirmer son existence présente.

Son degré d’habileté par exemple qui lui permettra de dire : je suis un bon tireur. Il peut ainsi évaluer sa force et progresser dans la précision de ses gestes.

Cela signifie qu’il peut ainsi préciser cette représentation ou reflet de soi même qui lui permet de se connaître. Il peut évaluer la distance qui le sépare de l’image de soi qu’il projette pour l’avenir. Il peut mettre en place des stratégies pour se dépasser soi même.

Puis Hegel évoque l’analogie à l’artiste qui a pour fonction d’insister sur cette action de représentation de soi par l’intermédiaire de la création mais il s’agit ici non de travail mais d’œuvre. On comprend que c’est l’activité de toute une vie que celle de l’artiste qui cherche à produire le reflet de soi même et l’on comprend que cette activité prend tout son sens dans la communauté des hommes parce que cette reproduction de soi est aussi celle de tous les humains de son époque. Autrement dit l’artiste ici a une fonction bien précise il synthétise l’action humaine, il la cristallise, il en est en quelque sorte l’exemple ultime. Il y a donc une progression de l’enfant à l’artiste car l’enfant représente l’homme dans sa généralité : tout homme s’éprouve soi même et cherche à se dépasser et se connaître mais seulement quelques uns ont le pouvoir de matérialiser cet effort par une œuvre qui restera sur la surface de la terre pour  témoigner d’une époque.

c- Transition

Les deux activités aussi bien théoriques que pratiques, sont indexée à la représentation et à la reconnaissance, l’action pratique, dans ce sens là a-t-elle toujours le sens de relation concrète avec le monde ou bien est-elle toute théorique ?

 d- Explication du problème :

Hegel reprend les acquis Cartésien qui déterminent une pensée de l’homme pour les relier à la vision d’un homme en train d’agir.

Pourtant l’action dont il s’agit reste toute théorique puisqu’elle est définie par les termes de représentation et de reconnaissance. Ceux ci désignent des activités intellectuelles et non concrètes. A moins que l’on comprenne le sens de rapport pratique à la manière Kantienne. C’est à dire que les relations pratiques que l’humain établit désignent les rapports moraux et esthétiques. Or la morale est constituée de maximes et de règles d’action théoriques et même si elle a des effets sur le monde concret des relations humaines, sa puissance vient de son pouvoir sur l’esprit.

De  même pour l’art, par la création esthétique ce que cherche l’humain c’est la réalisation de soi comme esprit puisque ce qu’il crée ne sert à rien. La fonction de l’œuvre d’art comme le signale Hegel est la reconnaissance de notre pouvoir d’agir sur la matière et de créer avec notre esprit. C’est donc de montrer notre élévation spirituelle.

Le rapport pratique que décrit Hegel est donc théorique comme le lui reproche Marx. Car le présupposé Hégélien est le suivant : ce sont les idées qui permettent de fonder la  réalité humaine. Il ne prend pas sen compte les conditions concrètes de réalisation des actions humaines comme le feront les sciences humaines au 2Oème siècle.

Hegel nous montre en quoi les humains cherchent à se connaître soi même par l’intermédiaire de la pensée et de l’action. Il nous montre l’égoïsme qui fonde son existence et son désir de puissance sur la nature et sur les autres. Mais il ne critique pas ce désir, il le met en valeur au contraire, faisant de cette façon d’être le fondement de son évolution et du progrès.

CONCLUSION

Ce texte introduit l’importance des actions humaines dans la question de la conscience. Connaître et se connaître soi même se donne non seulement dans une représentation intérieure mais aussi extérieure produite par l’homme et dans laquelle il se reconnaît. Mais cette pensée ne questionne pas la volonté de puissance humaine et ses conséquences.

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