ARISTOTE AMITIE

Aristote, philosophe de l’antiquité, nous pose ici une question fondamentale : Peut-on se connaître soi même sans l’aide d’autrui ?

Il y répond en disant que nous avons besoin du rapport à un ami pour nous connaître. Les grandes lignes de son argumentation se présentent ainsi :

Tout d’abord il met en avant un paradoxe, se connaître est un plaisir et c’est difficile, puis pour sortir de ce paradoxe, il propose une analogie entre l’action de se contempler dans un miroir et celle de regarder un ami ; pour conclure, il réfère à l’homme autosuffisant et le convoque à procéder de la même façon s’il tient à apprendre à se connaître.

Le problème philosophique de ce texte provient de la contradiction apparente entre la question de se connaître soi même et la référence à autrui pour mener à bien cet apprentissage mais plus profondément, on peut se poser la question suivante : est ce que la conscience de soi par l’intermédiaire d’autrui au sein d’une relation en miroir signifie que la connaissance de soi est dépendante de l’autre ? Dans ce cas l’injonction à se connaître soi même n’aurait plus de sens. Ou plutôt qu’est ce qui se noue dans la relation d’amitié qui nous nous permet de revenir vers soi et de mieux se connaître ?

Se connaître soi même est l’injonction de l’oracle de Delphes à Socrate, elle caractérise ce que le philosophe doit chercher avant tout. C’est donc la question fondamentale de la philosophie, pourtant cette question semble tellement anodine, ne nous connaissons pas nous même depuis notre venue au monde sans avoir besoin d’y penser ?

Aristote poursuit, il est à la fois difficile et c’est un très grand plaisir que de se connaître. En quoi consiste donc la difficulté à se connaître soi même ? Et pourquoi mettre en place ce paradoxe ?

Il est vrai que si nous y pensons à deux fois, si nous y réfléchissons, nous pouvons nous apercevoir que nous avons des opinions sur nous mêmes. Par exemple nous nous croyons courageux et lorsque la vie nous met face au danger : nous fuyons. Nous sommes peureux. Il peut y avoir une contradiction entre ce que  nous pensons que nous sommes  et nos actions. Se connaître soi même est difficile. Mais lorsqu’il arrive que nous soyons confirmés dans notre pensée sur nous même par nos actions, alors nous éprouvons le plaisir qui naît de la confiance en soi et en notre jugement.

Mais, et Aristote fait ici une objection, se connaître n’est pas la même chose que se contempler soi même. Quelle est la signification de cette opposition entre contempler et connaître ?

Se contempler est se regarder dans un miroir, ce mot implique une certaine satisfaction mais aussi une admiration de soi même. C’est donc un plaisir de se regarder comme dans un miroir. Dans la contemplation on est dans l’autosatisfaction. On ne trouve que des raisons de continuer à s’aimer soi même. C’est à dire qu’au fond on est dans la situation de Narcisse qui est tellement repris dans cet amour de soi qu’il s’y noie. Autrement dit, la contemplation ne nous apporte pas la connaissance mais l’autosuffisance et l’orgueil. On ne peut arriver à partir de là à la connaissance de soi, qui demande l’épreuve de la réalité. Mais elle est toujours facteur de désordre, de contradiction, par le fait qu’elle apporte de quoi surprendre toutes nos prévisions.

La preuve nous dit Aristote, on peut l’apercevoir dans la manière avec laquelle nous adressons à autrui des reproches. Qu’est ce que reprocher quelque chose à quelqu’un ? Dans quelles conditions naissent les reproches ?

Reprocher quelque chose à quelqu’un, c’est tout d’abord avoir éprouvé un sentiment de colère ou de mécontentement à partir de ce qu’autrui a fait ou justement n’a pas fait. Ce reproche naît de l’insatisfaction par rapport à autrui, dans la relation que l’on tisse avec lui. Or nous dit Aristote, si nous faisons des reproches c’est parce que nous ne prenons pas conscience du fait que ce sont nos erreurs qui provoquent notre insatisfaction. C’est à dire que c’est  parce que nous n’avons pas agi de la manière avec laquelle nous aurions aimé agir que lorsque nous voyons en l’autre la même action nous la mettons en avant à ses yeux, nous la lui faisons apprendre de manière à le faire culpabiliser de nous avoir offensé. Comme nous nous sentons coupables vis à vis de nous mêmes. Mais nous ne voyons jamais cela clairement, nous sommes aveuglés continue Aristote. Notre auto contemplation par le plaisir qui s’en dégage illumine notre regard de plaisir et d’amour de soi, nous devenons indulgents. Nous oublions de noter la distance entre nos idées et nos actions. Ou bien nous sommes durs avec nous mêmes, exigeants et avons s la passion de la vérité et de la rectitude, nous essayons d’établir une adéquation entre l’image que nous avons de nous mêmes et nos actions. Aussi nous sommes essentiellement mécontents de nous mêmes et transportons ce mécontentement dans la relation à autrui. En somme nous ne pouvons dans l’attitude de la contemplation de soi, déborder sur une faculté de juger qui soit droite et juste. En conséquence d’une manière analogue à celle décrite en ce qui concerne l’attitude narcissique, la meilleure chose que nous avons à faire est de détourner nos regards du miroir dans lequel nous nous contemplons pour les tourner vers notre ami.

C’est à dire que nous devons nous décentrer, quitter l’attitude égocentrique pour chercher dans le rapport à autrui ce que nous sommes. Pourquoi procéder de cette manière ?

Est ce que la conscience de soi par l’intermédiaire d’autrui au sein d’une relation en miroir signifie que la connaissance de soi est dépendante de l’autre ? Dans ce cas l’injonction à se connaître soi même n’aurait plus de sens. Ou plutôt qu’est ce qui se noue dans la relation d’amitié qui nous nous permet de revenir vers soi et de mieux se connaître ?

Parce que cet ami est un autre soi même. C’est à dire qu’il est le même que soi mais à distance de soi, comme soi il est un humain. C’est pourquoi on peut aussi le contempler avec le même amour dont nous sommes capables pour nous mêmes mais la distance qu’il existe entre l’ami et soi même, permet de faire naître le recul nécessaire à la réflexion parce que dans ce trajet de la réflexion de soi à l’ami en miroir, il y a un troisième terme et c’est notre ami. C’est à dire que l’on peut mettre nos opinions sur nous mêmes à l’épreuve de la réalité.

Nous ne pouvons donc éprouver le plaisir de nous connaître nous mêmes que lorsque nous procédons à cette recherche par l’intermédiaire d’un tiers. Sinon nous sombrons dans la difficulté c’est à dire dans les contradictions insurmontables car elles se noient dans l’indifférenciation de la passion et de l’aveuglement. Nous ne pouvons produire aucun savoir sur nous mêmes, seulement des opinions, des croyances. Nous restons seul avec nous même, autosuffisants mais leurrés par nous mêmes, par notre attitude narcissique.

C’est un point qui vaut la peine d’être soulevé, car au fond l’ami est quelqu’un en qui on peut avoir confiance mais il est un autre soi même. Il est différent de moi, mais comme moi il est humain, il peut se tromper. Mais nous répondrait sans doutes Aristote, cette erreur provient de notre regard et ne peut donc être corrigé que par notre jugement.

La relation de transfert qui correspond à la relation en miroir décrite par Aristote, permet la distance nécessaire à l’analyse et la faculté d’exercer son jugement. La faculté de prendre ses propres décisions en retrouvant la confiance en soi qui naît de ce que l’on se connaît mieux soi même.

Apprendre à se connaître soi même est la suprême difficulté soulevée pas la philosophie mais c’est aussi le plus grand plaisir qui nous soit donné, car cela donne la confiance nécessaire à l’action et la prise de décision. Mais paradoxalement se connaître si même n’est possible que dans l’amitié qui permet de se décentrer, de mettre une distance entre no croyances sur nous mêmes et la réalité de nos actions, par l’intermédiaire de l’admiration que l’on porte à un ami.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s