Y A-T-IL QUELQUE CHOSE QUE L’EXPERIENCE NE PUISSE PAS NOUS APPRENDRE ?

ANALYSE DU SUJET :

Y A-T-IL : existe-t-il, la question porte sur la possibilité de rencontrer une réalité ou rien.

QUELQUE CHOSE : Car cette expression est très vague, elle nous oriente vers la réalité matérielle, une chose, mais peut être pas forcément : il y a quelque chose que je veux te dire… Cela peut être une idée.

Ya-t-il quelque chose ou plutôt rien, le rien renvoie à la possibilité d’un savoir absolu qui proviendrait de l’expérience. Car s’il n’y a rien que l’expérience ne puisse pas nous apprendre alors tout savoir provient de l’expérience, sans limites..

QUE L’EXPERIENCE : ici ce mot peut avoir plusieurs significations. On parle de l’expérience sensible en Philosophie. Platon en parle, Descartes, Kant, Hume, Husserl, M. M. Ponty, on sait que l’on a des éléments pour en parler.

Mais on parle aussi de l’expérience scientifique. Popper en parle, Pavlov, M.M Ponty.

Il y a aussi l’expérience vécue, celle dont on parle dans les romans. Avec les poètes on se rapproche de la notion d’expérience mystique, qui est aussi une forme d’expérience.

A cette notion s’oppose la notion de théorie.

NE PUISSE PAS : ici il est question de puissance, des limites d’un pouvoir mais aussi de possibilité. Est-il possible que … Est ce que l’on peut rencontrer dans la réalité , des domaines pour lesquels l’expérience ne suffit pas  à fonder les apprentissages, il faudra évaluer leur validité, leur cohérence, se demander s’ils peuvent être pris au sérieux.

NOUS APPRENDRE : C’est la notion d’apprentissage, qui renvoie à ce que l’on peut construire concrètement, pour s’en servir par la suite. Ce que l’on peut mémoriser, réutiliser lorsqu’on en a besoin. Ce que l’on peut maîtriser et aussi enseigner.

On met donc en question la puissance et la possibilité pour l’expérience de tout nous enseigner. C’est le fait de penser que l’expérience nous donnerait un savoir absolu, total qui est remis en question, ce sont donc ses limites. Car cela voudrait dire que l’on n’aurait plus rien à apprendre à part ce que nous donne l’expérience. Or il y a toujours quelque chose à apprendre … Car si cela n’était pas ainsi nous saurions tout. Nous serions des dieux peut être.

 

INTRODUCTION

L’expérience est une notion qui a de multiples significations. On peut parler de  l’expérience sensible en philosophie et d’expérience existentielle mais on peut parler dans la vie de tous les jours de l’expérience vécue. Dans un autre registre, ce sont les expériences scientifiques qui fondent la vérité des sciences par la preuve qu’elles apportent. Mais on sait qu’en ce qui concerne la vérité scientifique, les expériences confirment ou contredisent des théories.

De même les expériences sensibles et existentielles n’ont pas de sens si elles ne sont pas écrites ou parlées par une personne. Elles doivent donc passer à un niveau qui dépasse l’expérience à proprement parler pour donner un savoir. Si l’on ne tire pas des leçons de ce  que nous donne l’expérience vécue c’est la même chose. Donc il y a bien quelque chose qui dépasse l’expérience et nous permet d’apprendre.

Problématique :

Mais est ce que cette chose ou les connaissances théoriques, celles qui passent par l’emploi d’un langage qu’il soit parlé ou mathématique proviennent immédiatement de l’expérience ou bien sont elles sans relation avec l’expérience immédiate ? Si les enseignements que nous donnent les théories sont sans lien avec l’expérience immédiate, comment peut-on penser d’un côté les limites de l’expérience et de l’autre celles de la théorie ?

 

DEVELOPPEMENT

I-                l’expérience sensible : L’allégorie de la caverne : Platon République 7

a- les limites de l’expérience

Dans ce texte, l’auteur nous montre que l’expérience sensible ne nous apporte que des connaissances limitées. Elle nous enserre comme les chaînes des prisonniers de la caverne  dans un monde sans perspective. Nous avons des yeux de taupes, qui ne voient que des ombres, nous devons développer un autre regard sur la réalité pour la connaître : le regard de l’âme et pas seulement celui du corps, de l’expérience sensible. Pourquoi ?

b- les changements de l’expérience

Parce que d’abord l’expérience est sans cesse changeante, elle ne peut nous aider à fonder un savoir stable et vrai. Car nos expériences immédiates se déroulent de manière contingente, et non nécessaire et universelle. Pour apprendre nous avons besoin de modèles sur lesquels nous nous appuyons et à partir desquels nous revenons à l’expérience. Nous apprenons par imitation. Pour pouvoir imiter et reproduire il faut une forme stable c’est ce que Platon appelle une idée. L’expérience ne donne pas ces idées, elle donne des sensations et des sentiments.

c- les désirs et l’expérience

Puis, fonder un savoir sur la sensibilité c’est courir le risque de prendre nos désirs pour des réalités. Car ce n’est pas parce qu’une chose est agréable, qu’elle nous procure du plaisir, qu’elle est bonne. Par exemple les drogues peuvent être agréables mais elles ne sont pas bonnes. Or le savoir que nous donne notre sensibilité est orienté vers la recherche de l’agréable et pas vers la vérité. Donc on ne peut pas lui faire totalement confiance, on doit prendre en compte d’autres données pour apprendre. Est-ce l’existence et le vécu qui permettent le mieux de nous apprendre ce dont nous avons besoin pour vivre ?

II – L’expérience existentielle et l’expérience vécue

a- l’expérience vécue

L’expérience vécue renvoie aux récits que font ces voyageurs de la vie qui ont toujours quelque chose à nous raconter, des anecdotes et des aventures que l’on se plaît à écouter. Elle renvoie aussi aux récits que l’on tisse pour soi même, pour raconter sa propre histoire. Mais on se demande quelle est la part de vérité dans ce que nous disons aux autres de nous même. Lorsque nous exposons nos actions comme si elles étaient héroïques sommes nous honnêtes avec nous mêmes ? Est ce que dans la plupart des moments de notre vie nous ne sommes pas le jouet des évènements et des personnes qui nous entourent ? Comment savoir si nous avons agit librement ? Le vécu est une donnée psychologique, il renvoie à nos désirs de donner de nous une image qui produira l’admiration ou la pitié.

b- l’expérience de l’existence :

Par contre comme nous le dit. M M Ponty dans Phénoménologie de la perception nous existons. Nous sommes en relation intersubjective. Nous vivons sur la terre avec d’autres humains et de l’ensemble des désirs et des projets que nous tissons ensembles naît un monde qui nous dépasse mais dans lequel nous avons une action à mener.

Que l’on parle d’expérience sensible, vécue ou existentielle, on est obligé de définir un ensemble théorique qui nous permet de penser l’humain. On dépasse l’expérience première ou immédiate pour l’expliciter, la théoriser. Et on revient à l’expérience pour discuter la véracité de nos dires. La pensée de Platon consiste en un ensemble d’idées qui définissent la manière avec laquelle justement l’homme peut espérer dépasser l’expérience immédiate pour apprendre à produire des connaissances vraies, c’est à dire un ensemble théorique qui corresponde à la réalité. Il y a donc bien quelque chose que l’expérience ne nous donne pas et que l’on ne peut pas trouver si l’on reste dans cette expérience première. De la même façon on ne peut comprendre la pensée de  M.M Ponty si on s’arrête au vécu immédiat. Par contre on peut y revenir après avoir étudié l’ensemble théorique que ces auteurs nous proposent pour discuter la signification de  la réalité. La science ne procède-t-elle pas de manière similaire ?

III-         L’expérience scientifique

a-     L’expérience première

Dans cet ordre d’idée, on dit que la science a progressé à partir du moment ou on est revenu à l’expérience. On donne même l’histoire de Newton selon laquelle ce serait parce qu’une pomme lui était tombée sur la tête qu’il aurait découvert la théorie de la gravitation universelle. Mais est ce possible ? Comment peut-on croire une chose pareille après avoir essayé de résoudre des problèmes en sciences physiques qui impliquent l’utilisation de ces  lois ? On comprend alors immédiatement que la compréhension et l’apprentissage de ces lois demande un degré d’abstraction par rapport à l’expérience première qui est phénoménal. Les sciences modernes reposent sur des théories complexes. Le rapport entre la réalité et les lois qui la décrivent n’est pas un rapport immédiat. On doit passer par un travail de réflexion pour apprendre à les utiliser. Ce travail est-il une expérience ?

b-     la théorie et l’expérience

Si c’en est une elle est une expérience de pensée. L’expérience dans les sciences est expérimentation, elle est toujours une construction théorique. De plus elle ne nous apprend pas ce qu’est la réalité du vécu mais elle est au service de la théorie dont elle permet comme nous le dit Popper Karl dans Conjectures et réfutation ; d’évaluer le degré de validité, la résistance à l’épreuve des tentatives qui sont élaborées pour la réfuter. Cette évaluation procède par une remise en question ou discussion des hypothèses.  C’est donc aussi la théorie et le dialogue entre l’expérience et la théorie qui nous apprend ce qu’est le réel et pas seulement  l’expérience. On peut donc rapprocher cette pensée de celle de Platon pour lequel le savoir se construit à partir d’hypothèses sur lesquelles on prend appui pour élaborer des modèles de compréhension du réel.

CONCLUSION

L’expérience comme donnée immédiate nous donne un réel, mais elle ne nous permet pas de la connaître si l’on entend par là : énoncer un savoir universel. Par contre la théorie le permet et l’expérience est alors ce à quoi on retourne pour évaluer le degré de résistance des théories à l’épreuve de celle ci que ce soit dans les sciences ou dans la philosophie.

 

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