PLATON – LE BANQUET

 1-   Présentation du thème :

Le thème du banquet est l’amour. Dans ce livre Platon soutient une position originale : l’amour permet d’accéder à la science, à l’être et à la vérité. Ce sera le discours de Diotime qui défendra cette position.

2-   Présentation des protagonistes :

La mise en scène de ce dialogue consiste à confronter des personnages plutôt que des opinions sur l’amour. Ils sont six dont : Phèdre, Pausanias, Eryximaque, Agathon, Aristophane, Alcibiade  et Socrate.

Phèdre : Il inspire le thème de la discussion : l’amour. C’est un vieil ami de Socrate, il est déjà le protagoniste d’un dialogue qui porte son nom et sur le même thème. C’est un personnage très spirituel et enthousiaste, mais il est naïf et souvent dupe des sophistes qui maîtrisent la rhétorique.

Pausanias : Il est l’amant d’Agathon. C’est un homme cultivé, imbu de lui-même.

Eryximaque : Il est médecin et passionné par son métier parfois jusqu’au ridicule.

Agathon : C’est en l’honneur de sa victoire au  concours dramatique que les convives se réunissent pour la seconde nuit consécutive. Aristophane le présente comme très efféminé et pédant. Platon le présente comme un jeune et beau rhéteur.

Aristophane : Grand auteur comique de l’antiquité, il a ridiculisé Socrate dans la pièce qui s’intitule : les nuées. On dit que le procès  de Socrate en est la conséquence. Le ridicule a généré l’impopularité et Socrate a été condamné pour impiété à boire la cigüe.

Alcibiade : C’est un homme politique dont les décisions n’ont pas favorisé l’essor d’Athène. Il est fantasque, séduisant, sur de lui et démesuré dans ses propos. C’est un ami et un admirateur de Socrate, mais il n’a pas su s’élever vers la vérité par cet amour.

Socrate : Il rapporte le discours de Diotime, dont le métier de sage femme se rapproche de la maïeutique. Le premier aide à la naissance  des êtres vivants et le deuxième à la conscience de la vérité et donc à la philosophie.

3-   Résumé du Banquet :

Préambule : 174a-178a Apolodore fait le récit du banquet donné en l’honneur d’Agathon le poète tragique. Socrate y a participé et les amis d’Apolodore veulent savoir ce qui s’est dit sur l’amour.

 

Le discours de Phèdre : 178a-180b : l’amour est le plus ancien des dieux et celui qu’on doit vénérer le plus car il engendre les nobles actions, les actions contées dans les épopées d’Homère. Phèdre donne les exemples d’Alceste qui meurt à la place de son époux et d’Achille qui se sacrifie par amour pour son ami Patrocle.

Le discours de Pausanias : 180c-185c : L’amour est double, cette duplicité est représentée par celle de la déesse  Aphrodite qui peut être céleste ou vulgaire. Il fait allusion à l’amour pédérastique qui est controversé à cette époque à Athènes. Selon lui, si l’amour porté au jeune homme est tourné vers le développement de la vertu, il est louable.

Intermède 1 : 185c-185e : le hoquet d’Aristophane. Elément comique qui est un clin d’œil vers son métier.

Le discours d’Eryximaque : 186b-188d : Il reprend la nature double de l’amour pour expliquer comment l’amour régit les contraires aux niveaux physiologique, astronomique, musical et religieux.

Le discours d’Aristophane : 189a-192c : Le mythe de l’androgyne. (voir le cours sur le désir)

Intermède2 : 193e-194e : Propos ironiques de Socrate qui a peur de ne pas être à la hauteur de ces beaux discours.

Discours d’Agathon : 195a- 197e : Il propose un éloge des qualités du dieu de  l’amour qui favorise par ses vertus : ( justice, tempérance, courage) la créativité.

Intermède 3 : 198a-199b : Socrate critique les discours précédents sur l’amour car ils ne cherchent pas à savoir qui il est.

Socrate et le discours de Diotime : 199b-209e :

Tout d’abord avec Agathon, ils conviennent de la définition de l’amour comme manque.

Puis il est défini par Diotime comme un intermédiaire entre le divin et l’humain : c’est un démon.

Mythe de la naissance d’Eros, fils de Poros et Pénia.( voir le cours sur le désir)

Eros est aussi entre  science et ignorance, il est désir du beau et du bien : désir d’immortalité.

Puis Diotime propose l’analogie à l’enfantement pour symboliser la naissance à la connaissance de soi que permet le désir. Du désir pour le corps à l’élévation de l’âme.

Eloge de Socrate par Alcibiade : 212c-272c : Il fait un portrait complexe de  Socrate qui est à la fois un séducteur et en même temps très distant. Il est endurant et  courageux. Il feint l’ignorance et  c’est un savant. En fait il incarne parfaitement l’amour lui-même et sa duplicité.

 

Epilogue : 223b-223d : Arrivée de nouveaux convives passablement éméchés, la discussion cesse.

 

4-   Le discours de Diotime : un écho des cinq premiers discours.

Les protagonistes du Banquet décident de faire l’éloge de l’amour plutôt que de s’adonner à la boisson. C’est l’occasion de faire preuve d’érudition pour chacun et Platon se moque par l’intermédiaire de ces personnages des discours Sophistiques  de son époque. Diotime reprendra les thèmes des discours pour les placer dans une perspective philosophique.

A partir de la valeur éducative de l’amour défendu par Phèdre, Diotime montre que l’amour est à l’origine des actions héroïques qui marquent l’histoire des hommes et sont immortalisées par les récits.

Du discours de Pausanias, elle retient la progression de l’amour physique à l’amour spirituel ou amour en soi. Car l’idée du beau est le but de l’enseignement du maître à l’élève ou maïeutique.

Du discours d’Eryximaque, elle révèle le point commun entre  la puissance universelle de l’amour et le désir d’immortalité qu’il exprime.

Partant du niveau inconscient du désir souligné par Aristophane, elle montre que le désir n’est pas un retour vers le passé mais un dépassement de soi.

Elle reprend l’aspect méthodique du discours d’Agathon pour montrer non pas qu’éros est parfait mais qu’il est un intermédiaire entre les hommes et les dieux, un moyen de nous élever de l’humain vers le divin, du sensible à l’intelligible.

5-   La maïeutique : Etude des trois textes

Le discours de Diotime, met en scène le processus dialectique ascendant et descendant. Dans le banquet, la dsicussion s’élève progressivement de considérations anodines ( phèdre, Pausanias) à des considérations plus profondes ( Eryximaque, Aristophane, Agathon) sur l’amour. Diotime nous mène jusqu’au principe de l’amour : le beau. Elle pousse Socrate à s’élever de la considération pour les beautés sensibles à celle des beautés intelligibles ou idée du beau. Les effets de l’idée du beau sur la réalité sensible sont ensuite décrits à travers la beauté physique : c’est l’âme qui donne son charme au corps. La beauté morale d’une action, d’une loi, d’une science, ne vient pas d’elles même en particulier mais de l’universalité de la beauté qui les traverse. C’est le désir d’éternité en nous qui produit l’élan vers la beauté. C’est le désir qui ramène à la mémoire cette idée et donne à chacun l’inspiration, l’élan qui nous pousse à sortir de l’état de manque pour trouver en soi les ressources et chercher à s’élever, s’épanouir. Mais la conscience du manque est nécessaire pour s’améliorer si l’on se contente du plaisir de la satisfaction du désir, l’élan amoureux s’éteint et se perd. Il ne peut y avoir maïeutique et découverte de soi.

Le discours de Diotime est donc opposé à celui d’Aristophane.

 

CONCLUSION

Les théologiens ont repris le thème de l’amour qui conduit au divin avec l’avertissement d’éviter le péché qui consiste à céder à la tentation des beautés terrestres.

Le banquet n’est pas un récit mystique mais il propose une démarche rationnelle, une dialectique qui permet de différencier la philosophie de la rhétorique et de la poésie.

On apprend ainsi que la philosophie  est «  amour de la sagesse » c’est-à-dire quête, recherche de la vérité. Mais cette quête a deux aspects : elle est animée par une passion, une soif de savoir qui dépasse la raison et l’exigence d’une démarche rationnelle et méthodique.

On trouve déjà dans le Banquet de Platon l’idée d’un désir inconscient ou libido que reprendra Freud dans son œuvre.

On trouve dans ce livre la source de l’idée selon laquelle les beautés de l’art élèvent l’humain des réalités du monde vers celles de l’esprit. Il stimule le désir d’éternité et de se perfectionner : de se cultiver.

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