LE TRAVAIL 2

Définition du travail

C’est une activité qui correspond au processus biologique du corps humain  selon H. Arendt. Croissance, métabolisme et corruption sont liés aux productions du travail. La condition humaine du travail est la vie elle même. Dans ce sens le travail est labeur on parle d’homo laborans mais on peut aussi parler de travail comme production d’œuvre et on désigne alors l’homo faber.

La définition étymologique du travail est la suivante : tripalium, instrument de torture. C’est un effort qui occasionne la souffrance, liée à la contrainte dans laquelle nous sommes de transformer la nature pour la rendre propre à la satisfaction des besoins humains. Mais c’est une activité de production, dont le premier produit est l’outil ou instrument du travail. Le problème que pose le travail est le suivant :

Le travail est il une activité qui libère l’homme des nécessités de la nature ou bien est une activité qui aliène l’homme ? Problème entre le travail comme labeur ou  œuvre.

1-   Le travail comme aliénation  ou labeur: Marx p 168 texte 1

Dans ce texte, Marx soutient la thèse selon laquelle : le travail dépossède l’ouvrier de son être, de sa vie. Pour expliquer cela il donne trois raisons :

a-Le travail reste extérieur à lui. Il ne lui permet pas l’expression de ses pleines potentialités intellectuelles et physiques, il n’y développe pas ses facultés , il ne prend aucun plaisir au travail car cette activité est seulement un moyen pour survivre. C’est une contrainte, une aliénation.

b-De plus, le travail ne lui appartient pas mais il appartient au propriétaire des moyens de production et des capitaux, à celui qui paie son salaire.

c-L’ouvrier dessaisi de son humanité :Puis l’auteur nous fait part d’un retournement auquel donne lieu cette situation. En effet alors que l’être générique de l’homme c’est à dire le sens de son existence est de produire un ensemble d’objets qui composent le monde des hommes et au sein duquel il reconnaît son humanité. L’homme a seulement le sentiment d’exister pleinement lorsqu’il réalise ses fonctions biologiques et non lorsqu’il travaille. Le travail salarié transfère la valeur de l’existence humaine au sein des fonctions animales. Ce qui fait que l’ouvrier est ravalé au rang de l’animalité.C’est sur cette théorie qu’H. Arendt fonde son analyse du travail.

Cependant elle s’associe avec une autre manière de penser le travail.

2-   Le travail comme oubli de soi et oeuvre

Kant dans Réflexions sur l’éducation, nous explique que nous devons apprendre aux enfants à travailler car ainsi ils évitent le tourment. Les hommes ont besoin d’occupation pour s’oublier eux mêmes c’est à dire pour se décentrer de leurs désirs égoïstes qui les torturent et les poussent à la violence envers leurs proches. Le travail est donc bénéfique, il est le résultat des exigences de la raison qui pousse les hommes à développer leurs facultés et les empêche de retourner à leurs instincts primitifs. Le travail est donc plutôt ce qui libère les hommes de la soumission à leurs instincts, aux nécessités de la vie qu’une activité qui aliène les hommes qui le rend étranger à lui même, au contraire c’est l’activité qui lui donne son identité d’homme.

3-   L’originalité de la position d’H. Arendt

a-Une critique de Marx et de l’homme comme «  animal laborans »:

H. A, dénonce la supercherie de la théorie de Marx qui d’un côté dénonce le travail comme ce qui aliène l’homme et de l’autre affirme qu’il est une nécessité naturelle. Or s’il est vraiment nécessaire à l’épanouissement des hommes comment se fait-il que dans « le manifeste du parti communiste » il propose un monde sans travail comme le but de la révolution prolétarienne ? L’émancipation du travail est donc une utopie. Car on ne peut émanciper l’homme de la nécessité ou de la consommation ou métabolisme naturel qui est la condition de la vie humaine. L’illusion repose sur le fait que Marx croit que les hommes ne travaillant plus se consacreraient à des activités plus hautes. Ce qui signifie que les outils et les instruments soulagent le travail mais n’abolissent pas la nécessité de survivre.De plus la production de machines, automatisant le travail, produit un accroissement de la consommation : « il nous faut consommer, dévorer, pour ainsi dire, nos maisons, nos meubles, nos voitures comme s’il s’agissait de « bonnes choses » de la nature qui se gâtent sans profit à moins d’entrer rapidement dans le cycle incessant du métabolisme humain » Il est pervers de substituer aux idéaux de permanence, de durée, de stabilité de l’homo faber, ceux de l’animal laborans. Car on substitue le travail à l’œuvre.  « Une consommation sans peine ne changerait rien au caractère dévorant de la vie biologique, elle ne ferait que l’accentuer : finalement, une humanité totalement libérée des entraves de l’effort et du labeur serait libre de consommer le monde entier et de reproduire chaque jour tout ce qu’elle voudrait consommer »Au fond que propose-t-elle : Elle veut réhabiliter l’homme d’action.« tant que l’animal laborans demeure propriétaire du domaine public, il ne peut pas y avoir de véritable domaine public mais seulement des activités privées étalées au grand jour » p. 173

b-Une critique de la société :

La forme du travail social est à l’origine de la société de masse. Or pour elle l’avènement de cette forme de société est aussi l’avènement du « ménage » qui s’installe au grand jour du domaine public. Cela exclut la possibilité de l’action car les membres de cette société doivent avoir un comportement uniforme, interchangeable, conformiste, qui exclut toute spontanéité, tout exploit et tout héroïsme. « la société de masse où règne l’animal social menace d’anéantir l’humanité. En un temps relativement court, la domination sociale a transformé toutes les collectivités modernes en sociétés de travailleurs et d’employés » L’animal laborans ne peut pas accéder au monde, son travail l’en expulse- comme les esclaves dans l’antiquité- « il est enfermé dans le privé de son corps, captif de la satisfaction de ses besoins » Elle propose d’humaniser la vie « car si nous n’étions installés au milieu d’objets qui par leur durée peuvent servir et permettre d’édifier un monde dont la permanence s’oppose à la vie, cette vie ne serait pas humaine » Il faut donc restaurer l’équilibre rompu par la démesure de la science, du machinisme, de la bureaucratie, les statistiques, la centralisation à outrance, et restituer à l’individu son sens au sein de la collectivité qui le dévore. Car ce qui le menace c’est l’absence de pensée qui mène aux régimes totalitaires comme l’a découvert H. A en suivant le procès d’Eichmann à Jérusalem en 1963.

c- Les distinctions nécessaires : le travail et l’œuvre

Donc il faut distinguer : le travail indexé à la survie, l’œuvre qui permet de créer un environnement humain et l’action. La raison de cette distinction nécessaire que produit H.Arendt est à relier avec les évènements qui ont eu lieu a u 20 ème siècle au niveau politique. C’est à dire que l’on a vu se développer une nouvelle forme de régime politique : le totalitarisme. L’auteur dans La crise de la culture , réfléchit sur l’histoire et remarque que lorsque l’on congédie la tradition comme l’ont fait les Nazis ou les Staliniens, tout est permis. On peut impunément assassiner les hommes car il n’y a plus d’institution pour les protéger et les valeurs comme le respect de la vie ne sont plus incarnées dans aucune administration ou organisation sociale. C’est parce qu’il n’y a plus de filiation du passé au présent vers l’avenir mais un regard qui se tourne résolument vers l’avenir sans passé. Se met en place une attitude qui se dessaisi de la responsabilité. L’homme et l’œuvre : Il s’affirme librement dans sa production alors que l’animal laborans dépend des nécessités de la vie et l’homme d’action de ses semblables. Il est caractérisé par l’anthropocentrisme, il instrumentalise tout en simple moyens au service de l’homme. Pour les Grecs les artisans, sculpteurs et architectes représentaient une menace de dégradation de la nature. Le travail privé/ l’œuvre publique : l’homo faber peut avoir un domaine public, le marché dans lequel les objets passent de leur valeur d’usage à une valeur d’échange.L’art : Il stabilise le mouvant, l’incertain et renvoie à la faculté de penser et non d’utiliser.

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