DISSERTATION – LE VIVANT EST-IL UNE MACHINE ?

DISSERTATION

LE VIVANT EST-IL UNE MACHINE ?

INTRODUCTION

Le mécanique et le vivant sont souvent opposés. L’un est rigide et l’autre est souple ; capable d’improvisation alors que le premier ne peut que répéter automatiquement son fonctionnement.

Il paraît donc paradoxal de vouloir expliquer mécaniquement les phénomènes biologiques. Pourtant c’est le projet de la biologie et cela pose le problème de la liberté de l’homme car il semble impossible de lui attribuer plus de liberté qu’au pédalier d’une bicyclette. Le mécanisme pose donc des problèmes éthiques mais aussi il soulève celui de la réduction du vivant à n’être qu’une production de type humain.

On se demandera donc : Est ce que le modèle mécaniciste d’explication du vivant est pertinent pour rendre compte de la nature des organismes ou bien est-il insuffisant ?

I –                LE MECANISME

a –     Le modèle mécanique

Depuis l’antiquité et selon Aristote, la science a une vocation explicative. Elle doit montrer selon  un lien de cause à effet les conditions d’apparition des faits observés. Cela présuppose que ceux ci, sont déterminés naturellement : à telle cause répond tel effet. Par exemple le pommier donne des pommes et le feu ne peut pas congeler. Le déterminisme naturel s’oppose à l’indétermination du hasard.

Aristote juge que c’est à partir de son expérience de la production technique que l’explication scientifique se met en place. L’homme ne formule le lien entre le frottement et la production de chaleur sous forme de loi physique que des millénaires après avoir fait du feu. Il est d’abord homo faber avant d’être homo sapiens.

Le modèle mécanique est considéré comme suffisant pour décrire le vivant par Descartes au niveau macroscopique. Au niveau microscopique, la biologie, parle de « mécanismes physico-chimiques » . L’étymologie du mot organe est : « outil ». Les organes sont des outils naturels.

Que signifie la notion de causalité mécanique ?

b –     Signification épistémologique du mécanisme

L’idée de causalité mécanique est celle d’une séquence nécessaire entre un phénomène antécédent et un autre phénomène qui en résulte dès lors que le premier est donné. La cause précède l’effet dans le temps. Ce principe du déterminisme que Kant énonce comme l’un des a priori majeurs de la science de la nature : «  tout ce qui arrive suppose un état antérieur auquel il succède infailliblement d’après un règle » permet de considérer la nature comme un système dont on peut expliciter le devenir à tout moment et en tout point. Freud lui même évoque un « principe du déterminisme psychique » qui justifie le recours à des causes psychiques inconscientes et utilise les termes mécanistes de force, pulsion et refoulement.

La science moderne à partir de Galilée, comprend la nature de manière mécaniste et s’oppose à la physique d’Aristote elle en  rejette le finalisme. Le finalisme ou téléologie consiste à expliquer un processus par le résultat qu’il est censé devoir réaliser. Par exemple : un arbre fait pousser des feuilles pour protéger ses fruits. Le mécanisme prend ce finalisme pour un anthropomorphisme car on attribue une intention aux êtres vivants. Or l’intentionnalité est proprement humaine.

Le mécanisme reproche au finalisme de raisonner à l’envers, de mettre l’effet avant la cause ce qui est une faute de logique selon Kant. La raison en est que la science étant expérimentale, l’observation d’un phénomène expérimental ne peut se faire que suivant un  ordre de succession temporelle. C’est le critère à priori de la causalité. Une explication scientifique ne peut invoquer d’une cause qui précède chronologiquement son effet..

Comment ce qui n’existe pas encore peut-il exercer une causalité ?

La science objective ne peut connaître que des nécessités et non pas des fins. Le raisonnement par la finalité est considéré comme métaphysique et invérifiable. La théorie Darwinienne est une explication mécaniste qui réfute toute téléologie métaphysique. Il élimine les  notions de création biblique, de production ex nihilo et de l’organisation du monde par une Sagesse divine. Ce mécanisme renoue avec le matérialisme de Lucrèce et l’atomisme de Démocrite.

Le mécanisme n’est-il pas réducteur ?

c-     Le mécanisme comme réductionnisme

Le fonctionnement d’un mécanisme est un  déplacement dans l’espace de ses parties. Prenons l’exemple d’un pédalier de bicyclette, il entraîne la roue par l’intermédiaire de la chaîne.

Le mécanicisme universalise ce modèle mécanique et présuppose que tous les mouvements peuvent se réduire à un déplacement dans l’espace des parties des corps qu’il considère. C’est la notion de transport qui caractérise celle de mouvement pour Descartes : «  le mouvement selon la vérité est le transport d’une partie de la matière, du voisinage de ceux qui le touchent dans le voisinage de quelques autres » Du coup toute altération d’un organisme et génération de celui ci seront expliqués par la notion de déplacement de parties. C’est bien ce qui se passe en chimie ou l’on explique la composition des molécules par la position occupée par certains radicaux. L’organisme n’est qu’un cas particulier du mécanisme naturel et le changement est compris et expliqué comme processus d’agrégation ou de désagrégation des éléments qui le constituent.

Cette réduction en suppose une autre : le mécanisme devient un atomisme. C’est à dire que les êtres sont réduits à leurs éléments constituants. La biologie étend le principe du matérialisme atomiste à l’explication de l’ensemble des propriétés que l’on réunit sous le terme de vie et les décrit comme l’effet de processus physico-chimiques élémentaires. La pharmacopée nous a appris que telle molécule supprime la douleur comme la morphine ou empêche l’organisme de produire certains enzymes et calme l’angoisse. C’est pourquoi la neurobiologie tend à réduire le psychisme à la chimie des neurones.

Mais cela veut dire que l’on produit une troisième réduction celle de la finalité à un hasard. Selon le Néodarwinisme, l’adaptation externe et interne des organismes est l’effet fortuit de la rencontre entre des mutations aléatoires et les conditions préexistentes du milieu extérieur, et la répétition d’un très grand nombre de tels hasards sur de très longues périodes.

Peut-on faire du hasard un principe scientifique ?

II-              DISCUSSION DU MECANISME

a-     Hasard et explication

Le mécanisme fait du hasard un principe car il n’admet pas qu’il existe dans la nature en dehors de l’action humaine d’autre causalité que mécanique. Mais il y a une difficulté épistémologique ici : la science repose sur le déterminisme : l’explication scientifique est rendue possible par une relation déterminée de cause à effet. Or le hasard comme le souligne Jacques Monod dans Le hasard et la nécessité, est « l’intersection de deux chaînes causales totalement indépendantes l’une de l’autre ». Par exemple un passant assommé par la chute d’une tuile. Cet événement peut être expliqué par le hasard. Par contre l’effet produit par la chute est explicable par les lois de la physiques qui montrent dans les phénomènes l’occurrence d’une loi générale qui fonde sa régularité. Cet événement est à la fois causé et inexplicable.

Cela ne pose pas de difficultés lorsqu’il s’agit d’expliquer un accident exceptionnel mais comment expliciter des régularités naturelles ?

L’évolution par exemple apparaît comme un processus hautement improbable. Non seulement ce processus s’est déroulé dans le sens d’une complexification progressive mais de plus il s’est déroulé dans un temps trop court pour que l’on puisse en rendre compte comme d’un phénomène purement aléatoire suivant des lois probabilistes.

La biologie nous étonne car elle montre la survenue du plus improbable : la vie.

Nous sommes face à un dilemme :

Ou bien on maintient que seule la causalité mécanique peut être connue de manière scientifiquement objective et alors on ne peut rendre compte des phénomènes aussi réguliers que ceux de la régulation d’un organisme qui sont plus complexes que les réactions physico-chimiques qu’elle met en œuvre.

Ou bien, on ne s’en tient pas au mécanisme et on réintroduit la notion de finalité dans l’explication scientifique sinon une biologie scientifique est-elle possible ?

b-     Les limites de l’explication mécanique en biologie.

On ne peut expliquer la naissance de monstres à partir du mécanisme. En effet pour cela il faudrait que l’on puisse rendre compte d’incidents survenus au cours du développement de l’embryon. On cherche alors la cause de la monstruosité. Mais en même temps on présuppose que c’est arrivé par hasard, tout comme l’orthognèse.

La biologie contemporaine a découvert que la genèse et le fonctionnement de l’être vivant sont commandés par la structure de son génome présent dès sa conception en chacune de ses cellules. Le développement de l’individu est à la fois le maintient de la structure qui en fait un organisme de telle espèce et en même temps ce processus implique le renouvellement permanent de ses éléments constituants.

Henri Laborit  neurologue a dit : «  on comprend maintenant que dans un organisme vivant il y a une structure qui n’est ni masse , ni énergie, qui réunit les éléments massiques, énergétiques, les atomes, les molécules. Finalement ce qui en sort est un individu qui se prolonge dans le temps. Cet individu est fait d’informations qui ne se pèsent pas, qui ne sont pas matière, qui ne sont pas énergie et de matière et d’énergie »

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