NATURE ET CULTURE

La nature, c’est le monde, l’homme en fait partie, il est régi par les mêmes lois physico-chimiques que ce monde naturel, elles se transmettent de générations en générations. La nature dans ce sens désigne, les réalités existant indépendamment de l’action de l’homme.

La culture désigne tout ce qu’a produit l’homme par son activité, toutes les réalités matérielles et spirituelles qu’il a créé. Ces réalités se transmettent de génération en génération et fondent une mémoire culturelle ou tradition.

Il y a donc une distinction entre la nature et la culture en ce qui concerne la question de la mémoire, car du point de vue naturel, elle se nomme hérédité et du point de vue culturel, elle est un héritage.

Le patrimoine génétique humain détermine ce qu’est l’homme, mais l’homme est aussi un complexe de coutumes et d’habitudes qui composent comme sa seconde nature.

Comment déterminer ce qui est de l’ordre de sa nature et de sa culture alors qu’on peut nommer nature ce qui est le résultat d’un comportement culturel ?

D’un autre côté peut-on se passer de définir l’humain d’une manière universelle sans courir le risque de présenter un particularisme culturel comme une vérité absolue ?

Comment remettre en question la notion de nature humaine sans sombrer dans cet écueil, et tout en relevant les préjugés qui s’attachent à cette notion ?

L’homme n’est-il pas un être en devenir qui se construit dans une histoire, il est donc libre et pas seulement déterminé par son patrimoine génétique, en lui tout est naturel et culturel.

1-     Le préjugé de la nature

a-exposé de ce préjugé

La nature, telle que nous la voyons est déjà transformée par l’homme, notre manière de développer l’agriculture, transforme les paysages et les écosystèmes. Nos genres de vie perturbent les climats. Se référer aujourd’hui à une nature naturelle c’est à dire vierge de toute intervention humaine n’est –ce pas une illusion ?

De même chercher en l’homme ce qui est naturel, c’est chercher en lui ce qui serait vierge de toute transformation culturelle. Ce contre quoi il ne pourrait pas lutter, qui dirigerait ses actions, malgré sa volonté ; car ce serait sa nature.

b- les risques de ce préjugé

Tout comme on entend dire si souvent, que la nature veut que les femmes restent au foyer ou que c’est elle encore qui fait les hommes inégaux en force et en intelligence. Alors que l’idée de nature permet ici de justifier les inégalités sociales et les injustices parmi les hommes. C’est bien ce que fait Calliclés dans le Gorgias de Platon, lorsqu’il expose sa thèse sur l’origine véritable de la justice selon lui. Si est juste ce qui est imposé par le plus fort, la justice repose sur une manifestation de puissance physique, elle n’est pas une donnée rationnelle. La justice c’est donc la nature et on se demande bien pourquoi les hommes vivent ensembles et constituent des communautés culturelles.

   c- extension de ce préjugé

Chercher la nature de l’homme, c’est chercher son essence, sa réalité profonde et immuable, ayant une valeur universelle c’est à dire valable pour tous les hommes. Mais supposons que la nature de l’homme ait été définie par le fait d’avoir une âme comme c’était le cas au moment de la découverte de l’Amérique, au 16ème siècle. Or à ce moment de notre histoire, nous sommes en présence de personnes dont nous ne comprenons pas le fonctionnement  spirituel, la controverse de valladolid, témoigne de cette époque. La question qui se pose aux tenants du savoir est la suivante : sont-ils des hommes ?

Dans le même temps, les populations indigènes se demandaient si ces étrangers étaient des dieux.

La réponse à ces deux questions est connue puisque le destin des habitants du nouveau monde fut de devenir esclaves de ceux de l’ancien monde.

Comment après cette expérience, conserver la notion de nature pour définir l’humain sans sombrer dans l’injustice et l’irresponsabilité ?

2-     L’inné et l’acquis

a-     Définitions

Le naturel renvoie à l’inné ; du latin : ( in-natus ; né-dans) ; c’est l’ensemble des caractères que l’homme possède en naissant. Ces caractères sont déterminés par son patrimoine génétique. La couleur de sa peau, de ses yeux, de ses cheveux, sa hauteur etc…A l’inné en chaque homme, se mêle ce qu’il acquiert, les caractères acquis. C’est ce que l’éducation et les circonstances de notre vie nous enseignent et nous permettent de développer, les savoirs scientifiques, littéraires, religieux, les conduites sociales et morales etc…

L’inné est ce qui est transmis d’homme à homme par l’hérédité biologique, il est de l’ordre de l’universel.

L’acquis est ce qui est transmis par la société des hommes, il est de l’ordre du particulier car chaque groupement social possède ses coutumes et ses croyances.

b-     Difficulté de la distinction

Mais il est difficile de distinguer entre ce qui est inné et acquis chez l’humain car nous vivons selon des paramètres spatiaux et temporels, qui nous sont inculqués.

Nous évoluons entre l’espace de nos vies privées, nos maisons et celui de nos vies publiques, l’école et le travail qui n’est pas un espace naturel au contraire c’est un espace fabriqué de main d’homme. Nos rythmes de vie sont scandés par l’horloge et le calendrier, à tel point que cela nous semble naturel. Notre culture devient une seconde nature et nous prenons pour spontanées des conduites qui sont le résultat d’une éducation. Bergson dans « Les deux sources de la religion et de la morale » ; remarque comme  est délicate la quête du naturel en l’homme. Seule l’interférence réciproque de plusieurs méthodes d’approche, nous permettra d’aboutir. Les résultats des recherches ethnologiques, ceux de l’observation des enfants et l’introspection. L’introspection joue un grand rôle dans la prise de conscience de notre naturalité pour Bergson. Elle nous permet de prendre conscience par delà «  ce fond de sociabilité, et aussi d’insociabilité », comme en une « révélation », de notre nature. Nous ne pouvons donc accéder à notre nature que par fragments, Bergson parle d’éclairs de conscience. Cette nature est préfigurée en nous, comme un schéma qui rappelle beaucoup la chaîne ADN, qui forme la signature de chaque être vivant. Est-ce que ce schéma détermine les fonctions de l’organisme comme l’ADN ?

c-     Ambiguïté de cette distinction

Ce schéma révèle à l’homme un fond de sociabilité et d’insociabilité qui le renvoie  la vie en commun. A sa façon de respecter les autres ou à sa façon de leur faire violence. Autrement dit la notion de nature selon Bergson est à rapprocher de celle de Rousseau. Pour lui, se connaître soi même est le plus difficile. Car c’est revenir à une origine perdue dans la nuit des temps. Mais c’est la seule façon de comprendre l’homme d’aujourd’hui, car on peut alors comparer l’homme originel et l’homme actuel et constater ce qui chez celui ci a été dévoyé par la vie en société. Mais on ne pourra jamais prouver que l’homme originel dont on trace le portrait a vraiment existé, c’est une simple hypothèse. C’est une hypothèse de travail qui peut être fructueuse, mais elle peut aussi donner lieu aux définitions de l’Aryen qui au 20ème siècle ont provoqué l’assassinat de millions de personnes. La notion de nature est à prendre avec circonspection si elle n’est pas clairement renvoyée à la question de la science. L’homme est un être naturel, il appartient à la nature, comme ce monde dans lequel il naît. Maintenant si on replace le débat sur le plan de la science, on peut se demander s’il y a dans l’homme des caractères universels qui permettraient de le définir, tout comme on définit la composition de l’élément « eau » ou tout autre élément naturel.

3-     Tout est naturel et culturel en l’homme

a-     La règle est le critère de la culture

On doit trouver dans l’humain, dans n’importe quelle région du monde des traits communs qui permettent de le connaître d’une manière universelle. En attendant de les connaître pourquoi ne pas s’intéresser comme le fait Claude Lévi Strauss dans « les structures élémentaires de la parenté » à la manière de vivre des hommes dans toutes les régions du monde, les comparer et chercher à les comprendre. Ce philosophe est à l’origine de l’Ethnologie, de l’étude des peuples de la planète. Il fait une première remarque : la présence de règles est la marque de la culture. Toute communauté culturelle s’élabore autour de normes, elles sont constantes et régulières elles permettent la pérennité des communautés. On trouve constance et régularité biologique en l’homme, mais c’est d’une manière universelle, tandis que ces normes changent d’un peuple à l’autre. Elles sont particulières et relatives à chaque peuple à un moment de son histoire. Pourtant C.L.S, rencontre un scandale, la prohibition de l’inceste se retrouve dans tous les peuples du monde, elle possède donc les deux caractères de la norme et de l’universel.

b-     la synthèse dynamique

La seule manière de comprendre cette découverte est de l’intégrer à une analyse dynamique de l’homme. Celui ci est un être historique, il change, il évolue donc on doit prendre en considération cette évolution lorsqu’on parle de nature humaine. Ici on peut dire avec C.L.S, que la prohibition de l’inceste est la démarche en laquelle s’accomplit ce passage de la nature à la culture. C’est le lien entre les deux. Autrement nature et culture se retrouvent compris comme une structure au sein de laquelle ils sont inextricablement liés. La prohibition de l’inceste est la condition de la culture en ce sens, elle a un caractère formel, universel, car tout homme appartient à un groupe qui est régi par des normes.

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2 réflexions au sujet de « NATURE ET CULTURE »

  1. Ci-joint, le compte rendu de notre discussion du 25.01.13.
    Discussion : Réflexion sur la culture

    Présidente : Séphora
    Secrétaire : Alix
    Reformulatrice : Mélie
    Animatrice : Mme Sanchez-Oliver
    Discussion : Réflexion sur la culture

    La notion de nature humaine peut-elle être dangereuse ?

    Nature : notion des sens d’une chose, l’essence de l’humain. Quelle est la définition que l’on pourrait donner de l’humain ? Quels sont les caractères universels, pourquoi ? Dans quel contexte ?
    -Oui, cela peut être dangereux car cela met tous les êtres humains au même niveau.
    -Non, ça ne l’est pas, car ils sont tous pareils.
    -C’est trop réducteur, les mentalités sont toutes différentes, chaque être a ses propres facteurs, nous sommes tous uniques. Il y a différentes cultures, différentes époques, différents passés.
    -On ne peut pas les classer, ils sont tous différents.
    -Notre instinct n’est pas défini, mais notre raison a évolué, et elle contre balance notre instinct.
    -Notre différence dépend du point de vue. Scientifiquement et biologiquement, on est tous pareil.
    -Nous sommes tous pareils, il n’y a pas de changement, ce sont des évolutions.
    -Il ne faut pas confondre nature humaine et culture.
    -Il y a plusieurs niveaux de la nature humaine, on est tous constitué de la même manière.
    -L’homme a une part identique à tous les hommes, mais il est à part.
    -La nature humaine est universelle à tous les hommes, c’est un point commun, ce qui nous définit. C’est l’âme, une morale, des sentiments identiques. Mais cela peut varier selon chaque homme, ce n’est alors plus la nature humaine, mais la personnalité. Il faut savoir différencier l’homme de son entourage (animaux, nature), il a une intelligence plus évoluée.

    En quoi est-ce dangereux ?
    -Cela donne trop d’importance et d’intelligence à l’homme, que celui-ci utilise contre la nature. L’homme créé pour détruire les autres. Il utilise son intelligence à mauvais escient.
    -Cela anéantit l’identité de chacun et nous ramène au rang d’animal.
    -Ils surestiment leur pouvoir sur la Terre. Le danger est de croire que les hommes ont un rôle plus important.

    En quoi faire la différence c’est bien ?
    -Il ne faut pas établir de normes au niveau humain.
    -Tous ceux qui n’ont pas d’âme sont considérés comme des animaux (hommes de couleurs  ségrégation, guerres de religions, handicapés…)
    -Les hommes sont inconscients de créer des armes contre nature.
    -La nature humaine donne trop d’excuses à l’homme, c’est dangereux.
    -Nous ne sommes pas une espèce à part entière, nous descendons des singes. Cependant, il ne faut pas avoir honte de se sentir supérieurs aux animaux.
    -Si l’on considère que c’est dans la nature humaine de détruire et tuer, cela peut excuser nos actes.
    -Tout le monde à sa propre définition de la nature humaine, c’est une réelle excuse. La vraie ignorance c’est de ne pas en connaître la définition.
    -La nature humaine, c’est d’être tous égaux et de faire partie d’une même espèce. La supériorité est dans la mentalité. Les classes sociales s’opposent à la nature, elles sont dues aux sociétés, aux civilisations et aux cultures.

    Comment on utilise cette notion de nature humaine ?
    -C’est le besoin de créer une harmonie.
    -L’homme a besoin de pouvoir penser, de savoir qui il est, d’une universalité.
    -Les gens différents (ex : attardée mentale) sont humains et pensent comme nous, ils ont des émotions, mais pas sous la même forme. Ils ont une âme.

    A-t-on une âme ?
    -C’est une hypothèse, fondée sur un présupposé.

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