LE TRAVAIL ET LES ECHANGES

INTRODUCTION

Les notions de travail et d’échange ne prennent pas le même sens selon les époques. De l’antiquité à nos jours, les modes de production ne sont pas les mêmes. Ce qui reste constant à travers l’histoire c’est le fait que le travail est un rapport à la nature soumis à des médiations. L’outil est la première médiation, c’est l’instrument de travail. Aussi d’un côté travailler réfère étymologiquement à Tripalium, espèce de trépieds qui sert d’instrument de torture ; l’activité de travail est associée à l’effort, la souffrance, la contrainte. Mais d’un autre côté travailler est ce qui permet de constituer un monde humain à partir de la transformation de la nature. Le travail donne naissance à l’échange, qui est la deuxième médiation au fondement des sociétés humaines. Autrement dit le travail est le moyen de produire des biens qui pourront être consommés. Pour cela ces biens seront mis sur le marché, échangés. La fin du travail est donc la consommation. Il permet la consommation de la matière première qu’il rend propre aux désirs humains. Le travail permet l’appropriation de la matière première. Il  apprête la nature aux besoins humains. C’est ainsi que le besoin s’humanise et devient désir.

Comment s’opère cette humanisation de la nature ? Le travail dans ce processus est-il le moyen de l’humanisation c’est à dire l’instrument de celle ci ou bien est-il le vecteur de l’échange, possède-t-il en lui même sa propre fin? C’est donc autour de la question de la médiation que s’articulera notre problème. N’y a-t-il pas des époques au sein desquelles le travail produit l’asservissement des hommes et non leur épanouissement ? Lesquelles et sous quelles conditions ?

I-                LA SPECIFICITE DU TRAVAIL

1-     La médiation

Le travail est l’intervention d’une médiation dans le rapport à la nature. Il se différencie de la cueillette ou la chasse qui implique une simple transformation naturelle qui rend les produits propres à la consommation.

2-     L’outil

Cette médiation est l’instrument ou outil fabriqué qui permet d’apprêter la matière pour la rendre propre à la consommation. Aristote dans les politiques I, chap.IX par. 2 «  car de la navette il résulte quelque chose d’autre en dehors de son usage tandis que du vêtement et du lit on se borne à faire usage ». Le travail se définit donc comme la transformation de la nature par l’intermédiaire d’outils.

3-     Une activité consciente

Contrairement à l’usage de nos organes qui est instinctive, l’usage d’intermédiaires ou d’outils nécessite une activité consciente. Il y a une opération intellectuelle à l’origine de toute production. Pour Marx dans le Capital, « Ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche ». C’est la conscience du but à atteindre qui détermine l’action. Le travail exige un effort et s’oppose à la prodigalité de la nature.

II-              LE BESOIN

1-     La résistance de la nature

Rousseau dans Du Contrat social ; dira que «  l’origine du travail est donc l’avarice de la nature et l’insuffisance de ses dons ».C’est pourquoi l’état de nature est celui dans lequel sont satisfaits tous les besoins, par opposition à l’état social. Celui ci  est la conséquence de la résistance de la nature face à laquelle les hommes ont besoin de manifester une force nouvelle pour survivre. Cette force est le travail. Il naît de la coopération des hommes ou société.

2-     La société

Platon dans La république texte 1  , explique comment la cité s’organise autour des besoins fondamentaux. Il y en a quatre : la nourriture ; l’habitation ; le vêtement ; les chaussures. A ces besoins correspondent quatre travailleurs : le laboureur, le maçon, le tisserand, le cordonnier. Il en résulte donc quatre activités. La question se pose alors de savoir comment distribuer ces activités au sein de la cité. Soit chaque travailleur les exerce toutes, soit chacun aura une seule activité. La spécialisation de chaque travailleur dans une activité correspond à la division du travail social.

3-     La division du travail social

D’après Platon, cette division est naturelle, elle correspond à la division des aptitudes naturelles. Pour Platon chacun naît avec une aptitude naturelle, que l’on doit mettre au service de la communauté. De plus elle permet la disponibilité des travailleurs, comme le souligne A. Smith, dans La richesse des nations, « on perd communément du temps à passer d’une espèce de travail à une autre ». Avec la division sociale du travail on « fait l’économie » des pertes de temps occasionnées par la mise en train, le passage d’une activité à l’autre. La division du travail peut être infinie.  Mais pour qu’une communauté de production s’installe véritablement l’échange est nécessaire.

III-            L’ECHANGE

1-     La valeur

Mais pour que les produits du travail deviennent des marchandises, il faut que l’on puisse poser une égalité entre eux. Il faut que l’on puisse comparer une maison et une paire de chaussures par exemple. Comment faire ? La monnaie sera l’intermédiaire. L’argent établit une égalité quantitative entre produits et travaux qui diffèrent qualitativement. Cette valeur est conventionnelle. La question se pose alors de savoir quel est le véritable prix des biens. Est ce que c’est le besoin ? Non ce n’est pas seulement le besoin parce qu’on a un besoin vital d’eau pourtant ce n’est pas aussi cher que le diamant. Le besoin n’est pas la règle universelle de la valeur. Donc ce n’est pas l’utilité qui définit la valeur.

Qu’est ce qui fait que l’on peut comparer des produits qui n’ont rien à voir entre eux par l’intermédiaire de la monnaie ? C’est la quantité de travail qu’ils contiennent.

Adam Smith dira : «  le prix réel de chaque chose, ce que chaque chose coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c’est le travail ou la peine qu’il doit s’imposer pour l’obtenir ».

Mais la valeur du travail est une donnée abstraite, car  « il peut y avoir plus de travail dans une heure de besogne pénible que dans deux heures d’un ouvrage aisé ». On prendra donc une valeur du « travail nécessaire en moyenne ». Le travail est l’origine de la valeur que parce que les rapports entre les hommes dans les sociétés capitalistes sont fondés sur l’égalité. C’est l’abolition de l’esclavage qui a permis de le comprendre d’après Marx. La valeur devrait donc remonter au rapport entre les différents travailleurs or elle s’arrête au rapport entre marchandises. Cela signifie que la valeur d’un marchandise s’exprime d’après la quantité d’autres marchandises qu’elle permet de se procurer. La valeur prend un caractère fétiche.

C’est à dire que les marchandises perdent leur caractère concret elles symbolisent autre chose qu’elles mêmes.

2-     Le travail contre nature

Le travail devrait produire les richesses dans l’état naturel selon Aristote. Par un étrange retournement c’est l’argent qui produit la richesse. Aristote nous montre que si la valeur d’un objet provient de son usage, comme pour la sandale, son prix est défini par le rapport qu’entretient le travail du cordonnier et tous les autres travaux. On doit distinguer valeur d’usage et valeur d’échange. Ces deux formes sont  liées car on n’achète que ce dont on a besoin. Sous sa forme naturelle l’échange se formule comme suit : M-A-M’.  Mais  il y a une autre forme d’acquisition. Elle se formule ainsi : A-M-A’. L’argent devient la fin de l’échange et non plus la marchandise. « l’argent produit de l’argent de telle sorte que cette manière d’acquérir des richesses soit la plus contre nature ». Pourquoi ? Parce que lorsque l’on produit des richesses, l’utilité du travail ne se définit plus dans le résultat mais d’après le gain qu’il procure. On aliène ses  capacités on les vend à autrui. « On fait de ses actes le moyen de gagner de l’argent ». On voit donc comment le travail qui a pour fin de construire un monde humain peut se retourner en aliénation de l’individu car il devient un moyen de gagner de l’argent. Pourquoi ?

3-     Le travail aliéné

L’aspect de médiation qui caractérise le travail, dans le sens ou il est une action qui vise à transformer la nature pour la rendre propre à la vie humaine ; disparaît. Il devient un outil pour acquérir de l’argent. Car c’est l’argent qui permettra de transformer le monde. Le problème deviendra celui  de savoir quel est le prix du travail ou salaire.

 Il faut bien se rendre compte que la notion de salaire est assez récente. Le salaire est la forme générale du paiement du travail dans l’économie capitaliste.

Dans l’ antiquité les esclaves ne sont pas payés et les activités libérales, sont rétribuées sous forme d’honoraires.

Le salaire naturel du travail est le produit, mais comme tous les travailleurs ne sont pas propriétaires de la matière première du travail et des outils nécessaires à la production – des moyens de production- ils ne possèdent que leur force de travail : ils la vendent au propriétaire des moyens de production. Il n’est question de salaire que lorsque propriétaire du capital et travailleur sont distincts.

Le travail ajoute une valeur d’échange à la matière première, quand l’ouvrier travaille, celui ci ne perçoit qu’un infime partie de cette valeur ajoutée. L’autre va au propriétaire : c’est son profit.

Un problème va se poser : comment partager la valeur ajoutée par le travail ?

Ce partage fait l’objet d’un contrat passé entre les deux parties.

Mais ce contrat peut-il être librement discuté ?

Le travailleur n’a pas de capital pour survivre en attendant d’arriver à un accord satisfaisant. Il est obligé de travailler.

Le capitaliste peut attendre plus longtemps.

De plus les institutions répriment les luttes des travailleurs au XIXème siècle.

Aussi le prix du travail sera déterminé en fonction de la quantité de biens nécessaires à la reproduction de la force de travail. C’est la valeur réelle du travail.

Le SMIG, par exemple est calculé en fonction des kg de pain, morceaux de savons, chemises, cigarettes, sorties, minimum indispensables au maintient de l’existence à la reproduction et distraction du travailleur. On ne détermine donc plus la valeur du travail mais celle du travailleur.

Marx, (texte 12 livre) « la valeur de la force de travail » . Le secret du salaire est le suivant : la quantité de travail fournie par la force de travail est toujours supérieure à celle qui est nécessaire pour sa production. Aussi le profit a pour origine la différence entre la valeur d’usage de la force de travail ( le travail fournit) et sa valeur d’échange ( le travail qu’elle coûte).

Le problème est que l’on acquiert la force de travail à sa valeur d’échange. Le travail devient une marchandise. Le travail est exploité, c’est même la condition du profit. C’est bien ce que reproche Aristote à la chrématistique en disant qu’on ne travaille plus pour la vertu du travail mais pour l’argent. (chap IX)

CONCLUSION

De l’antiquité à nos jours, la question du travail évolue. De l’esclavage au salariat on retrouve le problème de l’exploitation de l’homme par l’homme. Alors que le travail est un fait humain et qu’il caractérise la survenue d’un monde humain, les êtres humains ont des difficultés à se considérer les uns les autres comme des fins en soi. C’est à dire que les relations sont tissées dans la société humaine autour du profit et de l’intérêt privé. Aussi, alors que le travail devrait  être un vecteur d’humanisation, Karl Marx nous montre qu’il instrumentalise les hommes. Depuis les analyses Marxistes les temps ont changé, mais si dans nos sociétés on ressent moins fortement la pression de l’aliénation aujourd’hui, on ne doit pas oublier que le profit se fait toujours de la même manière. Le problème est l’articulation des actions humaines autour du profit.

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