LE DESIR 2

DOIT-ON OPPOSER LE DESIR ET LE BESOIN ?

F.DOLTO

1- le variant et l’invariant

Dolto propose la distinction entre le variant et l’invariant. Le premier est du côté du corps qui vieillit et meurt c’est à dire du vivant et le second du côté des besoins qui sont invariants.

L’invariant nous renvoie plutôt au mortifère, à la répétition, aux habitudes, aux pulsions de mort.

Le variant renvoie plutôt à la vie , à la découverte de nouveauté, la créativité.

Définies par Freud dans Au delà du principe de plaisir comme éros et thanatos, ils constituent les deux faces du désir: pulsion de vie et pulsion de mort.

L’équilibre entre les deux dépend de l’éducation.

Comment favoriser et soutenir le désir vers la nouveauté, l’élan de vie qu’il manifeste et en même temps éviter de satisfaire trop vite ces désirs car la satisfaction devient une habitude et un besoin ?

2- l’éducation des désirs: apprendre à différer la satisfaction immédiate

F.Dolot, propose aux parents de parler avec leurs enfants de leurs désirs plutôt que de les satisfaire immédiatement par l’achat d’objets. Contre la tendance à la consommation aveugle, différer la satisfaction par la parole permet à l’enfant de se situer dans un acte de communication avec les autres. Alors que la satisfaction immédiate par l’achat d’objets fait croire aux enfants que ce qui est de l’ordre des besoins qui varient ( variants) est en fait un besoin vital (invariant) puisque les parents y répondent immédiatement. Les enfants font une confusion entre les besoins vitaux (invariants) et les besoins de la vie ( variants). Pour eux les seconds ne sont plus de l’ordre du choix ils deviennent nécessaires et ils éprouvent une grande angoisse lorsqu’ils ne sont pas satisfaits. Nous disons alors que les enfants font des « caprices », en fait ce ne sont pas des caprices. Les enfants soufrent véritablement.

Ce que l’on doit comprendre est que les parents ont la responsabilité d’éduquer leurs enfants c’est à dire de leur parler pour leur faire comprendre ce qui est nécessaire et ce qui mérite de faire l’objet d’une frustration parce que l’enfant n’en a pas un besoin vital.

Car parler entraîne, la représentation par le dessin, ou la créativité et la pensée.

Cela ouvre la possibilité de développer la culture.

Donc non pas renier les désirs mais en faire l’objet d’une relation au sein de la quelle les enfants mais aussi les parents expriment leurs désirs et leurs craintes réciproques. L’enjeu de cette éducation du désir est l’autonomie loin de la soumission aux besoins. Du coup les parents subviennent aux besoins et favorisent l’épanouissement des désirs en les justifiant mais aussi en s’y dérobant. Car comme le dit F.Dolto, les parents peuvent avoir le désir que leur enfant devienne quelqu’un de bien.

La recherche de cette autonomie est-elle de l’ordre de la maîtrise des désirs ?

3- Le calcul des plaisirs : Epicure

a- la première distinction des désirs : naturels et vides

Naturels : nécessaires et naturels.

Nécessaires : trois types de nécessité : 1- nécessaires au bonheur ; 2- nécessaires à l’absence de perturbation du corps ; 3- Nécessaires à la vie.

b- la thèse hédoniste

L’idée ou thèse est la suivante: on doit choisir parmi ces désirs ceux qui favoriseront la santé d u corps et l’ataraxie de l’âme. Car le but de l’existence est le bonheur et il n’est possible que par le sentiment de plaisir et non celui de la souffrance.

c- le conséquentialisme

Aussi on nedoit pas rechercher indistinctement tous les plaisirs, car certains d’entre eux peuvent se transformer en maux. Il vaut mieux hiérarchiser les plaisirs en fonction de ce qu’on y gagne et de ce qu’on perd à les satisfaire. C’est à dire qu’on calculera les conséquences de nos actions en fonction de notre intérêt. C’est donc une maîtrise des désirs que nous propose Epicure car ils déterminenent une éthique de vie, c’est à dire une échelle pratique des valeurs ou un certain pragmatisme.

On voit bien comment Epicure et F. Dolto se rapprochent. On peut dire que les deux penseurs vont dans la même direction même s’ils n’ont pas la même pensée, puisque pour F. Dolto il n’est pas question de son intérêt propre mais de celui de développer une culture et une autonomie.

Cependant si les désirs ne concernent que nos intérêts ils sont égoîstes comment expliquer l’amour et sa réciprocité

II – L’ACCOMPLISSEMENT DE SOI

1- la spiritualité du désir

a- La totalité perdue

Lorsque l’on est amoureux on ne voudrait jamais avoir à se séparer de l’être aimé, on aspire à une unité absolue.

Platon, dans Le Banquet, met en scène une discussion autour de l’amour.  Les convives du banquet organisé par Agathon, acteur célèbre à cette époque, font à tour de rôle une apologie de l’amour. Aristophane, compose un discours allégorique sur l’origine de l’humanité. A  l’origine l’être humain est une totalité, il est androgyne, à la fois mâle et femelle. Mais il est trop présomptueux, les dieux décident de séparer en deux parties cet être qui est trop parfait donc menaçant. A partir de ce moment, chaque moitié d’homme recherche désespérément à reconstituer l’unité perdue. L’allégorie de l’androgynie met en scène une explication de la manière avec laquelle nous vivons l’amour. La condition du désir est donc selon le mythe d’Aristophane, un manque, un manque entaché de culpabilité puisque c’est pour punir l’homme de son audace que Zeus le partagea en deux. Mais la réaction des hommes surprend les dieux, ils préfèrent se laisser mourir, désespérés, que continuer à vivre. Quel est le sens de ce mythe pour l’humanité ?

b- Pôros et Pénia

Nos désirs désignent nos manques et les révèlent à notre conscience. Ils nous permettent d’en prendre conscience en ce sens ils sont révélateurs de notre ignorance.

Platon dans le Banquet, montre comment Eros est fils de Pôros et Pénia,  le premier est riche et savant et la deuxième est mendiante. C’est la misère et l’abondance qui le composent. Cela signifie que ce qui détermine le désir est une quête qui peut apporter beaucoup mais qui met en danger de perdre tout autant. Le désir est une situation intermédiaire entre le savoir et l’ignorance. Il n’est donc pas seulement une recherche de satisfaction, qui peut être comblée par l’acquisition d’un objet ou la possession d’une personne, c’est avant tout une recherche pure, un mouvement qui pousse l’homme à se remettre en question, c’est pourquoi pour Platon il caractérise le philosophe.

Le désir mène à la morale, au savoir et il repose sur l’ignorance et le besoin comment à partir de cette position complexe  s’élever à la dignité humaine ?

c- Le désir est un milieu

Le désir est le caractère propre de l’homme, il manifeste sa position intermédiaire entre le ciel et la terre, entre les dieux et les bêtes et la  possibilité de vivre ensemble.

Le désir ou Eros est pour Diotime, dans le Banquet un démon, intermédiaire entre les dieux et les hommes. Ce qui signifie que l’amour ne se termine pas à la satisfaction d’une pulsion sexuelle mais il est aussi amour des âmes.

Pour Diotime, l’amour est contemplation, initiation à la beauté.

Le désir sensuel est un élan qui pousse les être à aller jusqu’au bout d’eux-mêmes.

C’est à cette condition seulement qu’il permet l’élévation spirituelle.

En ce sens le philosophe est celui qui incarne la figure d’éros car il cherche à se rapprocher de la beauté qui est une voie d’accès à la vérité. Il cherche le savoir. Aussi Platon nous montre que c’est l’amour de la beauté corporelle qui mène à celui de l’âme et permettra au philosophe d’enfanter le savoir. L’amour  permet de se connaître et de connaître les hommes.

2- la recherche de reconnaissance: Hegel et Lévinas

a- Le risque

Hegel distingue le désir humain et le désir animal. Du coup nous pouvons savoir qu’est ce qui définit l’humanité pour Hegel. L’être humain est un individu libre , historique et conscient de son historicité. Qu’est ce que cela veut dire ?

Cela signifie que le premier caractère du désir est d’être un projet vers l’avenir auquel on tient fortement. Un projet que l’on va essayer de réaliser. Mais cette réalisation prend du temps. Elle s’inscrit dans le temps d’une vie qui est temporelle aussi c’est à dire finie. Nous sommes mortels. Il y a donc toujours un risque dans le désir celui de ne pas le voir se réaliser ou encore de ne pas pouvoir le réaliser.

Le désir humain diffère du désir animal qui lui est un simple sentiment de vivre et non une conscience de la mort comme une possibilité concrète.

Mais la conscience de la finitude de l’homme n’est pas le seul caractère du désir humain.

b- La reconnaissnace et l’humanité

Le second caractère est la lutte pour la reconnaissance qui permet de dépasser la simple lutte pour la survie vers l’affirmation de soi. Aussi chacun essaiera d’asservir l’autre à son propre désir et les relations entre les hommes pourront se comprendre à partir d’un rapport de force comparable à celui du maître et de l’esclave. Cependant au sein de cette relation le perdant n’est pas toujours celui qu’on croit, puisque c’est par le travail que s’affirme vraiment la conscience de soi et par lequel l’esclave passe de l’état de chose au service d’un maître à producteur des choses ou objets dont le même maître ne peut se passer : dont il a besoin. Le monde humain commence avec la conscience de soi et son affirmation par la lutte pour se construirez une vie bonne.

c- L’intersubjectivité :Merleau Ponty

Cependant, Les êtres humains sont liés les uns les autres au sein d’une histoire qui les dépasse et qui d’un côté se manifeste comme un mode de vie sociale et  qui se raconte d’un autre côté dans une culture littéraire et philosophique qui est la pour renvoyer chacun à la réalité de cette existence en commun et aux problèmes qu’elle soulève.

Le problème ici soulevé est celui de l’illusion dans  laquelle nous sommes de croire que nous pouvons décider de tout dans notre vie. Elle renvoie à Descartes et à la croyance dans le fait que nous sommes tout puissants à décider et à choisir notre existence : à la croyance dans le cogito.

La conclusion en est : nous ne sommes pas tout seuls lorsque nous pensons nous sommes toujours accompagnés par les mots et les réactions des autres. Nous existons au sein d’une intersubjectivité qui nous dépasse et qui définit le sens de nos désirs.

Mais en même temps nous avons le choix au sein de celle ci de conduire nos vies à partir d’une réflexion sur ce qui est le mieux pour nous.

Nous pouvons choisir une vie bonne, encore faut-il la désirer !

Intersubjectivité  incarnée par l’histoire de notre famille et plus largement celle de notre siècle . Celle ci est aussi l’histoire des modes de production qui organisent les relations entre les personnes est c’est aussi l’histoire de l’expression culturelle et artistique du passage de chacun sur le monde : les œuvres de l’art , de l’architecture, de la littérature, des sciences et de la philosophie. Or nous nous situons au sein de cette histoire quoique nous en disions et même lorsque nous ignorons la culture de notre temps, pour choisir la consommation d’objets qui ont pour destinée de satisfaire immédiatement nos désirs et d’être remplacés tout aussi rapidement par les nouveaux objets qui ont pour destinée de satisfaire immédiatement nos désirs etc …. Alors nos sommes soumis à la répétition, l’habitude mortifère …

Conclusion

Nous sommes donc conditionnés par cette histoire. Et la plupart du temps nous nous positionnons comme des victimes de celle ci alors que nous avons le pouvoir de comprendre et de nous libérer nous sommes plutôt enclins à accepter et à subir la réalité qu’à essayer de la transformer.

Et nous accusons le destin : nous sommes de mauvaise foi face à nos responsabilités. Nous préférons avoir honte de nous mêmes que d’affirmer nos désirs singuliers.

Non seulement nous ne pouvons pas vivre seuls,  nous ne pouvons vivre qu’en communauté mais en plus nous sommes soumis à ce que les autres disent de nous. Le poids le plus lourd pour l’homme dira Sartre et avec lui Camus c’est sa liberté qu’il porte comme une croix. C’est pour cela que Sartre a dit que nous n’avions jamais été aussi libres que pendant l’occupation de la deuxième guerre mondiale. La liberté était supprimée ils pouvaient l’éprouver et la construire, en prendre conscience  dans le rapport de force avec la puissance de l’occupant.

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Une réflexion au sujet de « LE DESIR 2 »

  1. Bonjours Madame Sanchez,

    Je voulais vous demandez si c’est possible de vous rendre la Dissertation que mardi? Car je voit mon Professeur particulier Lundi soir et je voudrait le travail avant de vous le donner avec lui…

    Merci d’avance, et j’espère que vous verrez ce message!
    A demains

    Sarah Personne

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